Flambées épidémiques : qu’est-ce que la psychose ?

Le coronavirus ne cesse de se propager sur l’ensemble de notre planète depuis trois mois : les cas et les décès se multiplient, et ce, en dépit d’un recul en Chine. En effet, le point d’origine du virus, Wuhan, est toujours en quarantaine, qui plus est dans un pays en état d’urgence. L’armée du président Xi Jinping a mis des villes entières à sa botte et fait construire des hôpitaux spéciaux en un temps record. Conséquence : le marché boursier est amplement fissuré, le CAC 40 étant subitement tombé au plus bas depuis août 2019. Des produits ne circulent plus, des ports ferment et des frontières sont rétablies, notamment au Proche-Orient. En France, on a décrété tout et son contraire : on a d’abord confiné des Français rentrés de Chine, tout en maintenant un pont aérien avec l’empire du Milieu. De plus, Japonais, Sud-Coréens et Chinois posent leurs pieds sur le tarmac parisien sans être contrôlés. Pour l’heure, on recense ici 38 cas, dont 2 morts.

Notons que les restaurants chinois sont suspectés et que l’individu aux yeux bridés fait froncer des sourcils (cf. article du Figaro, « La crise du coronavirus ressuscite les clichés autour de la nourriture chinoise », publié le 8 février). Cette fois-ci, le « Pas d’amalgame ! » des bien-pensants n’est plus d’actualité. En l’occurrence, « l’usine du monde » ne peut se féliciter d’avoir provoqué une telle crise sanitaire, le COVID-19 ayant pour origine l’ingestion de viandes de brousse comme la chauve-souris, ceci montrant qu’une minorité de Han (l’ethnie majoritaire) en est encore à prendre des risques inconsidérés. Ou quand les famines passées hantent encore des âmes traumatisées.

Par ailleurs, la population japonaise est inquiète dans la mesure où les Jeux olympiques de Tokyo approchent à grands pas. Le Premier ministre Abe Shinzō a immobilisé un bateau de croisière à Yokohama et a demandé la fermeture temporaire des écoles publiques. Dure épreuve pour un peuple très méticuleux sur l’hygiène, qui se masque souvent le visage par pur civisme, s’interdisant de tousser ou d’éternuer en public.

Pourtant, le taux mondial de létalité du coronavirus est « relativement faible », selon le Nice-Matin du 27 février : seulement 3,3 %, contre 50 % pour Ebola, par exemple. In fine, si psychose il y a, c’est d’abord en vertu d’une angoisse grandissante consubstantielle à la globalisation, système économique selon lequel la production des richesses devrait reposer exclusivement sur la libre circulation exponentielle des biens, des marchandises, des travailleurs et des peuples, mais surtout sur celle des capitaux et des informations (fichiers, data, etc.) : alors que la mondialisation était commerciale et industrielle, la globalisation est financière et numérique.

Les flambées épidémiques ne peuvent donc qu’exacerber les inquiétudes dans la mesure où, d’un bout à l’autre du globe, tout est à tout le monde et rien n’est à personne, ou bien chacun est chez lui chez l’autre. De fait, la nature humaine a évolué en façonnant le cosmos à son image : sa vie reste bactérienne, ses idées à jamais virales. Ses troubles mentaux – à l’instar de la manie, de la paranoïa et de la schizophrénie – se constituent à partir de l’impossibilité de voir la réalité telle qu’elle est. Ainsi, la science aura beau faire des progrès, ses croyances demeureront ancrées dans des indéfinies virtualités. Tel est l’engrenage de l’angoisse : le drame ultime de notre modernité.

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