Les députés refusent d’étendre la mention « Morts pour le service de la nation »

Le député IDL Thibaut Monnier a défendu un amendement visant à « rendre justice à nos soldats ».
Camerone dans un régiment Légion - @Jean Bexon
Camerone dans un régiment Légion - @Jean Bexon

La mort de deux militaires en plein exercice, dans la nuit du 4 au 5 mai, n’y aura rien changé. Le drame angevin n’a pas incité les députés à étendre la mention « Mort pour le service de la nation » à tous les militaires qui disparaissent sur le sol national en entraînement. Une initiative portée par le député IDL Thibaut Monnier, qui était examinée à travers un amendement lors de l’examen, ce mardi 5 mai à l’Assemblée nationale, du projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030. Rejeté par 58 votes contre, 47 pour et 14 abstentions, le texte avait reçu un avis défavorable du ministre des Armées et des Anciens Combattants. « Le gouvernement est attaché à ce que la reconnaissance soit différenciée en fonction des circonstances dans lesquelles le décès a pu intervenir », a expliqué Catherine Vautrin. « Aussi malheureux soient-ils, des décès en préparation opérationnelle ne peuvent pas être assimilés à des décès au combat – morts pour la France – ni ceux relevant de la volonté d’un tiers – qui est mort pour le service de la nation. »

« Comme l’illustre l’exercice interarmées et interalliés baptisé "Orion", le retour de la guerre de haute intensité commande à nos militaires un surcroît de combativité, de rusticité et d’exposition au risque de blessure voire de mort. » Lorsqu’il défend son amendement dans l’Hémicycle, Thibaut Monnier veut réparer une injustice. « Chacun peut constater que désormais, les exercices, entraînements et missions intérieures s’inscrivent dans un continuum de préparation à un engagement de grande ampleur et de haute intensité », constate le député de la Drôme. Ce qui justifie, pour lui, que la mention « Mort pour le service de la nation » soit étendue « à tous les militaires qui décèdent par accident sur le territoire national pendant un exercice ou un entraînement qui présente une dangerosité particulière ».

« Tout le monde semble pourtant d’accord »

Le rejet de sa proposition laisse le parlementaire perplexe. Sa motivation provient notamment de ce que cette mention « ouvre l’accès à des compensations financières et matérielles, comme le versement d’une pension de réversion à taux plein ou l’octroi du statut de "pupille de la nation" aux enfants du militaire décédé ». Il y a un an, l’élu déposait une proposition de loi visant à « réparer un manque de reconnaissance de la nation ». Contacté par BV, Thibaut Monnier exprime sa déception et sa frustration, alors que son initiative semble, selon lui, « faire l’unanimité ». « Ce qui me blesse, c’est la différence de discours des ministres lorsque je les rencontre, eux ou leurs cabinets, et les décisions prises dans l’Hémicycle. Tout le monde semble pourtant d’accord. »

Une mesure peu coûteuse mais très symbolique, pour ce proche de Marion Maréchal, d’autant que ce sont 36 milliards supplémentaires qui sont prévus dans l’actualisation de la loi de programmation militaire. Une situation actuelle qui lui semble d’autant plus incompréhensible qu’un officier CRS, décédé en 2020 dans un accident d’hélicoptère en Savoie, s’est vu attribuer par le ministère de l’Intérieur la mention « mort pour le service de la nation ». « Cela ne change rien à l’échelle des mentions honorifiques, cela permet seulement aux familles d’être couvertes », défend le parlementaire, qui désire simplement « rendre justice à nos soldats ».

Il existe, aujourd’hui, 130 « oubliés de la nation », selon le nom de l’association de Jean-Pierre Woignier. Son fils, sous-officier parachutiste au 3e RPIMa, a trouvé la mort en 2017, en plein entraînement, dans un accident de véhicule, et n’aura pas le droit à la mention « mort pour le service de la nation ». Thibaut Monnier ne désespère pas de convaincre et reprend son bâton de pèlerin. L’ancien réserviste n’est pas de ceux qui baissent les bras.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

62 commentaires

  1. Même un mort c’est déjà un de trop!
    Je pense aux familles, aux femmes et enfants qui vont vivre sans cet être cher. Si tu meurs dans ton travail et surtout à l’armée, oui la reconnaissance de mort pour la patrie devrait être un droit inaliénable. La famille de fait se retrouverait aussi entièrement pris en charge par l’état, c’est aussi ça la paix et le respect des morts.

  2. Personnellement « appelé » du contingent du 01/09/1957 AU 15/01/1960 ayant séjourné en Afrique pendant plus de 24 mois sans aucune permission… Je suis consterné de lire de tels appréciations de « civils Politiques » bien installés n’ayant jamais fait aucun Don à notre Pays bien qu’en profitant largement avec tous leurs avantages présents et futurs … Certes ces valeureux Militaires sont Morts à l’entrainement mais pour être en condition extrême lors des futurs combats possibles. De mon temps étant incorporé à ma demande dans un régiment de grande valeurs de RPC, dont nous étions les premiers appelés à nous joindre aux anciens qui « revenaient » d’Indochine; lors d’entrainements je me souviens toujours lorsqu’un certain caporal Chef nous lançaient en plein visage « qu’ils » avaient une tolérance de 5 % de « pertes » aux entrainements afin que nous soyons vraiment aptes au futur…
    Donc politiciens gardez vos Honneurs et vos Médailles pour les « artistes et chanteurs gauchisés » mais surtout arrêtez de « vous croire » délégués pour représenter les vrais PATRIOTES… Y compris ceux Morts pour la France en voulant êtres plus Performants.

    • @claudelouis : la mentalité d’un(e) « Politique » s’est avant tout de se sentir au dessus des autres. De leur point de vue la défense des droits du peuple est possible à condition que cela ne touche pas à leurs privilèges et n’atteigne pas leur sentiment de supériorité. La défense de la NATION est autorisée dès que des événements touchent leur petit monde de privilégiés, étant entendu que ceux qui défendent la Nation, donc leurs privilèges, c’est à leurs risques et périls car ce sont eux qui ont choisi de le faire. Des remerciements??…mais enfin pour quelles raisons ils ne font même pas partie du petit monde « Privilégiés ». Rare sont les politiques qui ont le respect du peuples et de ses problème, et plus rare encore ceux qui le font par devoir, et non par combine afin de rester dans le monde « Privilégiés ». Ces phénomènes du devoir sont les purs qu’ils faut soutenir, d’autant plus qu’ils ne sont pas légion car que difficile à détecter.

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