[ANIMAUX] Rave-parties : la faune dans l’angle mort des associations et des autorités

Bruits et lumières nocifs en ville deviendraient des nuisances anodines à la campagne ? On a du mal à le croire.
© pexel.com https://www.pexels.com/fr-fr/photo/roitelet-huppe-suspendu-a-une-branche-17818775/
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En reportage dans le Cher, sur les lieux de la rave-party, il y a quelques jours, notre journaliste Jean Bexon a recueilli un témoignage troublant : des brebis auraient été droguées par des teufeurs. Des faits qui, s’ils étaient confirmés, relèveraient de la maltraitance. Au-delà de cela, il est frappant de voir que la question des nuisances des rave-parties sur les animaux (mammifères, oiseaux, insectes…) est constamment minimisée.

Tout propriétaire de chat sait combien une fête à la maison, avec des invités, des discussions bruyantes et de la musique, stresse l’animal qui, en général, prend la poudre d’escampette et court se cacher. Alors imaginons l’apeurement, pour ne pas dire l’épouvante, que peut ressentir la faune sauvage, mais aussi les animaux d’élevage, lorsqu’une « teuf » s’installe pendant plusieurs jours et plusieurs nuits.

Trois nuisances indubitables

Trois nuisances sont indubitables. Le bruit continu, tout d’abord, de 100 à 120 dB - sachant qu’un trafic routier engendre 85 dB, un moteur de jet 130 dB. Les lumières, ensuite : spots, stroboscopes, néons de lumière noire. Que bruit et lumière soient une source de stress pour les animaux est un fait établi, étudié dans l’environnement urbain. Ces nuisances deviendraient minimes, dès lors que transposées dans un environnement rural ?

Autre nuisance, le piétinement discontinu. Il abîme « les biotopes et les habitats », témoigne, en Suisse, Laurent Gogniat, chef adjoint à l’Office jurassien de l’environnement. En mai 2025, France Nature Environnement a gagné un procès où a été reconnue (entre autres motifs) « la culpabilité du principal organisateur de la rave-party, pour dégradation illicite de l’habitat de plusieurs espèces végétales et animales fragiles et protégées ». La fête s’était déroulée dans la réserve naturelle nationale de la plaine des Maures !

Mollesse écologique sur le sujet

Les protestations des associations écologistes et animalistes se comptent sur les doigts de la main. En mai 2018, trois associations avaient porté plainte pour « destruction d’habitat », après une teuf à Marigny (Marne), un site classé Natura 2000. En Bretagne, en 2017, l'association Bretagne vivante et la direction départementale des territoires et de la mer avaient convaincu un organisateur d’annuler une rave prévue dans un site classé « zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique ». Encore heureux…

Plus grave : des gens dont l’écologie est le métier se montrent étonnamment compréhensifs. Une écologue du CNRS expliquait cyniquement, à France 3 Bretagne (enquête relayée par France Info) : « Le bruit dérange ces mammifères, mais en général, ils s'en vont avant que leurs tympans n’explosent. » C’est être une fameuse écologue que d’envisager comme anodine la fuite d’un mammifère sous l’effet de la terreur. Et que penser de ce directeur de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Bretagne qui assurait, au même média, que « les free parties sont tellement anecdotiques que personne n’a les moyens de débloquer des fonds pour analyser leur impact sur la biodiversité environnante » ? Voilà un fier défenseur des oiseaux.

La connivence écologique

En 2011, à l’occasion d’une rave dans la réserve naturelle de Crau, une association antispéciste, « La Terre d’abord », rapportait des faits ignobles : 50 brebis pleines « pourchassées par des meutes de chiens (elles ont quasiment toutes fait des fausses couches… magnifiques, les fœtus de mouton par terre…) ». Mais ce n’était pas les teufeurs qui étaient mis en cause. L’association antispéciste rappelait que l’éleveur est, par définition « quelqu’un qui pratique l’exploitation animale » et que « c’est l’État qui, par sa répression, a poussé à cette situation honteuse et criminelle pour la nature ».

Y aurait-il une complicité entre militants de la fête à tout prix et activistes écolos ? Un organisateur de free l’assurait à un média musical« Il ne faut surtout pas entrer dans le face-à-face avec les associations écologistes, parce qu’on défend les mêmes idées. » La connivence idéologique est patente, les débats parlementaires l'ont montré, avec des députés EELV prompts à défendre les raves. Des idées partagées par les médias, très discrets sur le sujet. « Pour ce qui est des free parties, aucune étude ne semble démontrer leurs répercussions sur les animaux », écrivait France 3 Bretagne — forcément, puisque ni les écologistes, ni les animalistes, ni l’État n’ont mené d’étude sur le sujet… Agriculteurs et chasseurs pointés du doigt, teufeurs absous : comme avec les éoliennes, grandes massacreuses d’oiseaux, les animaux ne sont qu’un prétexte, pour certains militants de gauche.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Suite aux nombreux pétards autour de la Saint Sylvestre, mon chien ne voulait plus sortir ou que très peu. Il a développé une agoraphobie. Ce n’est que depuis quelques jours, qu’il a moins peur de l’extérieur.

  2. Il n’y a pas que ce genre d’évènements qui nuit à la biodiversité, mais surtout l’augmentation des zones urbanisées, les éclairages publics partout, les pratiques des citoyens en montagne, en bord de mer….dans la nature en général!
    il ne faut pas oublier non plus l’impact de nos pollutions, visibles et invisibles qui condamnent autant la faune que la flore. Mais c’est certain que ces dérives folles des « tufers » qui s’installent où bon leur semble est une vraie plaie; il n’y a pas besoin de grandes études sur ce sujet pour le comprendre.
    Dans ce domaine, comme dans tant d’autres, l’Etat est mou……et s’en fout.

  3. Vous avez raison ! il faut interdire les « raves » dans la nature. Interdire par une loi nationale,
    et ne pas laisser ce choix aux maires.

  4. Comme certains matchs de foot, les rave-parties sont perçus comme des défouloirs par l’Etat. Et celui-ci, qui n’a plus d’autorité, en a pris son parti. Voilà pourquoi on laisse faire et voilà pourquoi on n’intervient pas à temps. Une sono pour un tel événement ne se transporte pas dans un mouchoir de poche. La volonté de saisir ce matériel n’existe tout simplement pas. Depuis le temps, avec tous ces décibels percutants, ils sont devenus sourds définitivement à toutes plaintes quelles qu’elles soient même justifiées.

  5. Les piafs en ont marre de la techno ! On ne les entend d’ailleurs presque plus…même quand ils sont rescapés des pales des éoliennes…

  6. l’impact de l’humain sur la biodiversité est considérable. Partout. Et le point de non retour déjà dépassé… Les dégradations des écosystèmes, des sols, des eaux, de l’air vont affecter les générations montantes très vite ! ( PFAS, Cadmium, microplastiques, perturbateurs endocriniens, …)

    • Je souscris totalement à votre commentaire, et c’est déjà certain que la vie sur la planète est menacée! de quoi être « furioso »!!

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