Méli-mélo au Mali… Mourir pour Bamako ?

Quelle puissance aurait en même temps la capacité et la volonté de venir, comme en 2013, sauver du désastre le fragile État malien ?
IL20240409190919-jamet-dominique-929x522

Kidal tombée presque sans coup férir aux mains du Front de libération de l’Azawad (FLA), bras armé du mouvement indépendantiste touareg, et de son allié de circonstance, le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), filiale locale d’Al-Qaïda… Gao et Tombouctou dans leur ligne de mire… Bamako, avec ses quatre millions d’habitants menacés de blocus, à l’instar d’un second détroit d’Ormuz par où ne transite malheureusement pas un cinquième du pétrole mondial…

Serions-nous, sous l’effet de je ne sais quelle fantasmagorie, revenus en 2013, lorsque le chef d’État démocratiquement élu du Mali, Ibrahim Boubacar Keita (« IBK »), confronté à une situation analogue, avait appelé au secours la République française et que la France, alors présidée par François Hollande, et très concrètement l’armée française, s’était aussitôt portée à son secours, mettant en déroute la coalition islamo-targuie, et préservant à la fois le régime et l’intégrité territoriale du Mali ?
Mais non, bien sûr. Nous ne sommes pas prisonniers d’un caprice du temps qui, comme dans le scénario du film Un jour sans fin, nous ferait revivre indéfiniment, avec les mêmes acteurs, à travers les mêmes péripéties, le même scénario et la même fin heureuse. L’Histoire nous donne fréquemment l’impression de bégayer. Elle ne se reproduit jamais à l’identique et l’actualité sanglante que vit à nouveau le Mali nous en donne une nouvelle preuve.

Le risque de la contagion

Car ce ne sont pas seulement le Mali et sa fragile démocratie qui, en 2026 comme en 2013, seraient menacés de subversion et de démembrement. Les juntes militaires qui, ces dernières années, ont usurpé le pouvoir à Bamako, à Niamey et à Ouagadougou, ont prétendu substituer à des institutions démocratiques affaiblies, impuissantes et corrompues des régimes forts, capables de faire face à tous les défis. Ces régimes, issus de coups d’État perpétrés par des quarterons d’officiers, comme aurait dit de Gaulle, parfois subalternes à tous points de vue, ne sont pas seulement illégitimes dans leur principe et leur fonctionnement, mais aussi viciés et aussi fragilisés que ceux qu’ils ont remplacés. Si le Mali venait à tomber aux mains de la rébellion, il n’est pas absurde d’imaginer que la contagion gagne sans tarder le Niger, puis le Burkina Faso, et entraîne, avec la chute des généraux fantoches et des capitaines abusivement étoilés qui siègent provisoirement sur des trônes en carton-pâte, la mise en place progressive, au cœur de l’Afrique francophone, pour le malheur de millions d’êtres humains, d’un califat de même nature et de même nocivité que celui que Daech avait institué entre la Syrie et l’Irak et qu’il a été si difficile et si coûteux, à tout point de vue, d’éradiquer au Moyen-Orient.

Si l’ambition et l’objectif du FLA targui se bornent à fonder dans les sables du désert un État qui mettrait un peuple en possession de sa terre promise puisque natale, il n’en est pas de même du GISM qui, fort des succès remportés ces dernières semaines, vient d’afficher sa volonté de faire régner la charia sur le Mali dès que cet immense pays sera tombé sous sa coupe. Absurde. L’occasion n’a qu’une mèche, une mèche de cheveux, écrivait Giraudoux. Jamais le moment n’a été aussi favorable à la réalisation du rêve cauchemardesque des islamistes africains. Alors que ceux-ci croient voir se dessiner dans un horizon proche leur victoire, le monde a les yeux ailleurs.

La France ? Elle a déjà donné

Qui, à l’heure actuelle, quelle puissance, quel État auraient en même temps la capacité et la volonté de venir, comme en 2013, sauver du désastre le fragile État malien ?

Pour prix de son assistance, coûteuse, efficace et désintéressée, du seul fait que ses troupes libératrices, occupant le terrain, ont été accusées de néocolonialisme et proprement mises à la porte à grands coups de pied dans le… train, non seulement du Mali, mais du Niger, du Burkina, du Tchad, etc. On ne l’y reprendra pas, et d’autant moins que, sous l’impulsion d’un Président proche de sa fin (politique), tous nos moyens, militaires et financiers sont mobilisés pour nous préparer à la guerre qui, à en croire les augures menteurs, doit nous opposer, dans les années qui viennent, à la Russie de Vladimir Poutine.

La Russie ? Monopolisée et mise en échec par sa guerre fratricide, voire suicidaire, avec l’Ukraine, elle enchaîne camouflet sur camouflet, directs ou non, en Syrie, au Venezuela, en Iran, à Cuba. Le volume, les moyens et surtout le comportement de la troupe mercenaire connue sous l’étrange appellation d’Africa Corps donnent à penser, aussi bien sur sa valeur militaire que sur la fiabilité de l’appui proclamé du Kremlin, à ses protégés maliens.

Les États-Unis ? Encore faudrait-il que Donald Trump ait réglé le léger différend qui l’oppose actuellement au régime des mollahs, qu’il localise sur un planisphère le Mali et ses voisins et, surtout, qu’il trouve un intérêt pécuniaire, personnel et géopolitique à une intervention dans ce guêpier qui a tout du bourbier.

Face au risque très réel d’effondrement auquel elle est confrontée, la junte malienne, qui en porte largement la responsabilité, est décidément bien seule.

Mourir pour Dantzig ? Hors de question, écrivait Marcel Déat, dans un article retentissant écrit à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Mourir pour Bamako ? Nul n’y songe, loin de Bamako. Mourir à Bamako ? C’est une question d’actualité. À Bamako.

Picture of Dominique Jamet
Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

48 commentaires

  1. « califat de même nature et de même nocivité que celui que Daech avait institué entre la Syrie et l’Irak ».
    « L’islam [est] le plus lourd boulet qu’ait jamais eu à traîner l’humanité » Ernest Renan

  2. Vu la Reconnaissance c’est Chacun chez soi …
    Militaire appelé dans les années 1958/59 j’y ai passé 2 ans à essayer de les aider mais pour QUOI faire en retour ???… Se faire traiter de Colonialiste alors que nous leur avons TOUT appris … Ce sont EUX qui de nos jours nous colonisent et de plus pas à n’importe quel Prix… En 1958 en maintien de l’ordre en Guinée lorsque Sékou Touré le communiste avait obtenu son indépendance, ce sont les jeunes de l’époque qui de nos jours nous envahissent en nous ruinant … Aussi la Meilleure des politique est le chacun chez soi pour la tranquillité de tous d’autant que s’ils voulaient s’en donner la peine ils pourraient se « coloniser » eux mêmes …

  3. Pour faire de telles conquêtes, il faut non seulement des hommes mais aussi des armes, des munitions, des véhicules, du carburant et autres matériels. D’où tout cela vient-il, dans ces immensités désertiques ? Cette fois on ne peut pas accuser la Russie ni l’Iran de soutenir ces rebelles, alors qui ?

    • Excellent article – ce n’est pas le premier de DJ. On ne sait évidemment pas quoi faire. Rien sans doute sera mieux. Encore que le flux de réfugiés n’a guère de chance de diminuer. Dans les difficultés du Mali le fait qu’il soit constitué de 2 ensembles totalement différents à tous points de vue (héritage colonial) entre pour beaucoup Les militaires prennent souvent le pouvoir en Afrique. Outre la force qu’ils détiennent, passés par des écoles ils sont souvent plus éduqués que la moyenne. Quant à la situation d’ensemble du continent, celui-ci semble revenir à son organisation « avant les Blancs ». Relire les mémoires des chasseurs, explorateurs etc. du 19° siècle.

  4. Pour bien comprendre il faut admettre que l’Afrique subsaharienne colonisée par la France nous a ruinés. Nous avons colonisé des pays sans vraie richesse naturelle. L’arachide au Sénégal ? ça nous a dépanné quelques années à quel prix? Le coton au Sénégal, Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso, RCA ? flop!
    Reste l’uranium du Niger et le fer de Mauritanie et les tirailleurs dits Sénégalais.
    Mais il faut comprendre que la colonisation qui nous a ruinés a stoppé temporairement les conflits ethniques, religieux séculaires . Ce n’est pas terminé car le sud algérien n’est pas encore trop concerné mais ça viendra que Tebboune se rassure, son désert lui sera contesté par les autochtones.
    La France ne doit absolument pas se mêler des affaires africaines elle doit seulement éviter de devenir un territoire africain

    • Notre « aventure africaine » a démarré sous Louis XIV au Sénégal mais s’est considérablement développée avec la III° République en relation avec le traumatisme de la défaite de 1870. Sans ignorer les désirs civilisateurs de certains nos politiques y ont vu une possibilité de ne pas se trouver encore plus distancés par la Grande Bretagne et nos militaires la possibilité de se trouver à égalité de soldats avec l’Allemagne pour la Revanche (La « force noire » de Mangin »). On y a perdu beaucoup d’argent mais ne regrettons pas le passé. Même si nous sommes pour beaucoup dans le déséquilibre des populations mondiales nous avons apporter ce que nous avions de mieux.

  5. A bien y réfléchir, je ne vois pas ce que ça changerait pour nous. Peut être un peu d’immigration en plus? Mais au point où en on est, ça ne changerait pas grand chose et il faudrait que les algériens les laissent passer. L’Islam est une religion conquérante, on le voit bien en France et on laisse faire. Dans Islamisme, il y a Islam, alors qu’avons nous à apporter à ces pays, si ce n’est empêcher une conquête que nous n’arrivons même pas à enrayer chez nous

  6. Arrêtez de prendre Trump pour un inculte fini …! CEn’est pas parce que quelqu’un n’a pas usé ses fonds de culotte sur les bancs de vos universités et grandes écoles qu’il est un incapable majeur …Regardez l’état de la France depuis que le régime républicain a soi-disant promu les plus diplomés d’entre nous au sommet de l’état …Rien ne vous surprend ?
    Qui a empéché la France dexse doter d’avions gros porteurs à longue distance en adoptant cette bouze volante de Transall ? Les incultes américains ? ..Non : un de nos génies nationaux sorti de polytechnique qui choisit ce projet pour complaire à son grand ami Elmut Schmitt …!
    Ça vous revient maintenant ? …
    Quant au Mali …si vous ne comprenez pas qu’en laissant faire cette prise de pouvoir cela garantira une nouvelle vague d’émigration vers la France …retournez à vos chères études ..!

  7. Et Hollande n’est toujours pas décidé à se présenter aux présidentielles au Mali. Cela inciterait probablement des milliers de maliens à rester dans leur pays plutôt que de venir s’installer dans cette « France raciste où la police tue ».

  8. Quand on pense que nous étions les méchants bourreaux colonisateurs… Ils sont bien plus heureux aujourd’hui que nous ne sommes plus là. C’est koffi Yamgnane, Ghanéen ingénieur de haut niveau, dont François Mitterrand avait fait un ministre de l’intégration en 1991, qui racontait qu’au cours d’un voyage dans son pays d’origine, il avait été désolé de rencontrer des anciens qui pleuraient en lui disant : « c’était mieux du temps des blancs… ».

  9. L’islamisme progresse partout, en Afrique donc aussi en France par voie de conséquence puisque nos frontières sont grandes ouvertes et que les immigrés y sont relativement mieux traités qu’ailleurs. Où le péril est-il le plus grand, il serait peut-être temps d’en pendre conscience!

  10. Une chose qui ne cesse de m’interpeller : ces rebelles islamistes traversent la moitié du désert ou des zones très pauvres avec de gros 4×4 qui consomment des tonnes de gasoil.
    Il n’y a pratiquement aucune raffinerie dans la région… et quand bien même il y en aurait une, ça ne devrait pas être très compliqué de tracer les camions qui en sortent pour les voir se diriger vers les bases de ces rebelles, non ??
    Ça m’a toujours échappé qu’on puisse se ravitailler en carburant plus facilement quand on est rebelle (quelque soit le pays) que l’ouvrier ardéchois ou creusois !…
    Ce devrait être plus facile de pister les camions citerne, compte tenu du volume nécessaire, que des armes.

  11. Pendant que la France faisait des leçons de démocratie en Afrique, les Chinois eux pensaient que commerce et se moquaient comment vivait les peuples en faisant les yeux doux a leur président quant aux Russes qui montrait ses gros bras leur garantissait une paix souveraine.
    A présent la réalité est incontournable, nous on a été chassé de notre prés carré comme des minables on a pas fait assez illusion.

  12. On accuse la France de tous les maux, et pourtant ils n’hésitent pas à venir dans notre pays accusé pourtant de méchants colons, de racistes, on est plus à une contradiction près. Cette jeunesse africaine ferait mieux de défendre leur pays tout comme les Français qui se sont battus pour sa France

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Quel est le coût de ce Teknival pour la collectivité ?
Marc Baudriller sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois