[SANTÉ] Comment ne pas devenir « maboul » ?

Hôpital en crise et médecins étrangers mal formés : un système de santé maintenu à flot par des rustines...
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Lors de sa visite à l'hôpital de Lavelanet (Ariège), le Président Macron a semblé découvrir une réalité que neuf ans d'exercice du pouvoir ne lui avaient pas permis d'envisager jusque-là. Nous employons, par force, de nombreux médecins étrangers dans nos hôpitaux et, donc, on exige d’eux un niveau de compétence qu'ils doivent authentifier par un concours. Mais le système fonctionne mal.

Il était temps que le Président Macron s'y mouille les pieds

Ces médecins étrangers, également appelés « PADHUE » (praticiens à diplôme hors Union européenne), doivent satisfaire à un examen de compétence pour pouvoir exercer en France. Mais devant le faible taux de réussite, les autorités ont accepté que les recalés puissent cependant exercer avec des contrats temporaires (et peu rémunérés) pour satisfaire une demande de soins qui ne fait que s’accentuer. Ces solutions ne satisfont personne, ni les utilisateurs qui risquent d'être confrontés à des médecins insuffisamment formés, ni les praticiens qui peuvent se retrouver obligés d'accepter des postes non désirés et sous-payés.

Cependant, Emmanuel Macron a raison : il est temps d'arrêter de mettre des rustines sur une organisation qui n'a su faire la preuve que de son inefficacité à assurer un système de soins fiable, performant et pérenne. En médecine, comme dans beaucoup d'autres domaines, nous avons longtemps vécu sur les acquis, mais maintenant que le « bateau santé » fait eau de toute part, il était temps que le Président Macron s'y mouille les pieds pour se rendre compte de la réalité. Va-t-il pour autant en tirer des leçons ?

Une nouvelle usine à gaz ?

C'est peu probable, car les problèmes du système de santé ne sont pas nouveaux et, malgré les alertes lancées par les professionnels depuis des années, rien n'a changé. Ce n'est sûrement pas à un an de l'élection présidentielle qu'Emmanuel Macron et son administration vont changer le système. Il lui suffit de tenir encore quelques mois, en faisant semblant de découvrir les problèmes, pour ne pas avoir à prendre les mesures qui s'imposent. Elles nécessitent pourtant une remise en question de tout le système de santé hospitalier comme libéral. Vaste chantier qu’il préfère sans doute laisser à son successeur...

En attendant, puisque le Président dénonce cette « folie du système français » (la certification des médecins étrangers) qui le rend « dingue », nous allons donc sans doute, encore, hériter d'une nouvelle usine à gaz au lieu d'entamer des réformes structurelles. Ce n'est pas, non plus, en faisant les yeux doux à l'Algérie, pour éviter d'être pris pour des « mabouls », que nous pourrons résoudre le manque de médecins compétents dans nos hôpitaux et nos campagnes. Car simplifier les procédures de validation, comme il le souhaite, ne résoudra en rien le problème de fond. L’administration accouchera encore d’une rustine. Cela suffira-t-il à calmer les mabouls que nous sommes ?

Picture of Dr. Jacques Michel Lacroix
Dr. Jacques Michel Lacroix
Médecin - Médecin urgentiste et généraliste

Vos commentaires

38 commentaires

  1. votre observation est sans doute juste. Pour ma part, alors que j’étais en très bonne santé, j’ai le souvenir cuisant d’une manipulatrice de mammographie de l’APHP (quI semblait d’origine asiatique) ; celle-ci, excédant volontairement le champ de la radio, me brutalisa de sorte que, prise de malaise, je tombai, le tibia et le péroné cassés sans qu’elle me rattrape. Résultat : la fracture étant avec déplacement, je dus être opérée et un “clou” fut posé à l’intérieur de l’os, interdiction de marcher jusqu’à consolidation, trois semaines d’hôpital, deux mois en maison de convalescence et deux mois de kinésithérapie. Je n’ai reçu aucun mot d’excuse.

  2. Anecdote (!) vécue en 2014 ou 2015: dans ce village il y avait un généraliste, âgé qui prit sa retraite. Dans ce village existaient un EHPAD (géré par le CCAS) et un ESAT avec divers autres services. Le maire prit le problème à bras le corps et fit venir (après bien des recherches) un médecin roumain. Celui-ci se trouva bien dépourvu devant l’impératif statistique de l’ARS. Il commit aussi ce que je crois être une erreur de diagnostic (je ne suis pas médecin, mais j’étais directeur et je connaissais (un peu) mes résidents). J’ai exposé les faits à l’ARS, et le maire m’a fait part de son désagrément. Le médecin, un beau jour, est parti sans laisser d’adresse. Ayant quitté mes responsabilités et les lieux, j’imagine que le maire a trouvé une autre solution. A quoi servent les ARS?

  3. Le numerus clausus proposé en 1971 n’a rien à voir avec sa forme drastique sous Giscard en 1977. Encore une réforme appliquée par un technocrate pur jus ! Aggravé par la suite par des gens qui n’y connaissaient rien ! Et maintenant on colmate les brèches créées par ces incapables en recrutant des médecins diplômés au titre d’un doctorat d’étudiants étrangers. Et voilà que le cinglé de l’Elysée s’en mêle !

    • « une réforme appliquée par un technocrate ». Une réforme décidée par un syndicaliste, administrateur de la Sécu, paniqué devant ses déficits actuels et futurs, et imposée par un énarque gouvernemental ravi d’avoir l’air d’être utile. 55 ans après, le résultat est là.

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