Le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, aurait sans doute préféré de meilleures conditions, pour sa prise de fonction, que cette épidémie de coronavirus qui, selon ses propres dires, va sans doute s’étendre à la France.

Il ne peut en être autrement, car si l’on veut limiter efficacement la transmission du virus, il faut arrêter tout transport aérien, maritime, terrestre, interdire les regroupements de population (matches, spectacles, etc.), fermer les crèches et les écoles, interdire les en commun et cantonner les gens à domicile jusqu’à ce que l’épidémie s’éteigne, ce qui est, bien sûr, impossible. Alors, il faudra limiter les dégâts en prenant des mesures pour isoler les populations suspectes et hospitaliser les malades dans des services spécialisés.

Le ministre a annoncé que 70 établissements de soins seraient disponibles pour recevoir des malades si nécessaire, au lieu de 38 actuellement. Par ailleurs, il a déclaré également la généralisation des tests de dépistage et la distribution de masques à grande échelle. On peut espérer que ces mesures seront plus efficaces, en cas d’extension de l’épidémie, que celles prises lors de la grippe aviaire et de la grippe H1N1 de 2009.

Les ministres passent mais les fonctionnaires du ministère demeurent et ce sont eux qui, en réalité, déterminent et mettent en œuvre les politiques de santé à coups de statistiques, de camemberts de pourcentage et de courbes, sans avoir forcément une bonne connaissance des réalités du terrain qu’ils n’ont, d’ailleurs, peut-être jamais eues. Alors, espérons que, dans toutes les mesures que lui proposeront ses zélés serviteurs, le ministre saura faire appel à ses souvenirs de médecin pour trier le bon grain de l’ivraie et ne conserver que les plus faciles à mettre en œuvre et les plus efficaces.

La tâche sera difficile : comment améliorer les performances des hôpitaux ? Comment leur permettre d’absorber ce surcroît de travail en cas d’épidémie massive alors que les services manquent de lits et de personnel ?

En ce qui concerne les hôpitaux, comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, nous vivons sur l’acquis depuis des années déjà et nous n’avons pas su prendre à temps les mesures nécessaires pour conserver cette qualité des soins qui faisait la réputation de nos hôpitaux publics, préférant privilégier la gestion économique de ces établissements au détriment de la bonne gestion technique.

Le nouveau ministre affirme vouloir faire reprendre par l’État 10 milliards d’euros de dettes des hôpitaux, ce qui devrait permettre à ces derniers d’avoir un petit ballon d’oxygène. Espérons qu’il y arrivera car il est, en effet, inadmissible, comme le souligne Olivier Véran lui-même, qu’un malade puisse rester sur un brancard dans un couloir faute de lit disponible et que le personnel paramédical ne soit pas systématiquement remplacé lors des congés ou arrêts de maladie.

Il s’agit là de déclarations qui risquent de demeurer des annonces sans lendemain si des mesures efficaces ne sont pas rapidement prises en amont pour repenser le rôle de l’hôpital public dans la collectivité, en termes de service rendu à la population et non uniquement comme un acteur du marché de la santé.

Cette épidémie met le doigt où ça fait mal. On peut espérer qu’elle ne sera pas trop importante, que les services de santé ne seront pas débordés et que les déclarations ministérielles faites à cette occasion ne restent pas des effets d’annonce et servent à stimuler les réformes en profondeur que nécessite notre système de santé.

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