est engraissé par nos deniers, autant les rentabiliser en usant de toute la bonne volonté nécessaire pour rire des chroniques humoristiques proposées, comme l’une des dernières en date, celle de Constance, à l’occasion de la Journée mondiale du scoutisme, mouvement dont la vocation est de faire grandir les jeunes dans la vie dans la nature et par la responsabilisation.

Commençons. La chroniqueuse contrefait une voix aiguë pour imiter, semble-t-il, une scoute naïve et très fleur bleue. On est prié de se marrer. Le plateau, autour d’elle, s’exécute. C’est un peu forcé, mais c’est censé motiver les auditeurs.

La famille fleurdelisée a produit 11 des 12 astronautes qui ont posé le pied sur la lune. Mais Constance, chroniqueuse, a décidé d’utiliser le sempiternel cliché du scoutisme, guitare-chamallow, en cette Journée mondiale du scoutisme instituée par Baden-Powell. Pourquoi pas.

« Moi, j’ai la pêche, comme on dit dans le verger », commence-t-elle, suivie d’un rire, l’image est sympathiquement poétique. S’ensuit une ribambelle de jeux de mots dans le même ton, bon enfant : « Le scoutisme n’est pas la passion du scooter ! »

Puis apparaît le principal registre humoristique employé, celui du contraste entre le personnage candide et les insanités qu’il énonce (« Mon surnom, belette espiègle, car l’année dernière, j’ai attaché Paul-Édouard à un arbre et je l’ai violé », « Qui n’a jamais un petit peu torturé son petit frère en le fouettant tout nu avec des orties fraîches ? », « Plus nous grandissons et moins nous intéressons M. le curé », etc. Procédé tellement éculé, sur ce plateau rouge vif, depuis la chronique d’untel étalant sans vergogne ses fantasmes sur une journaliste catholique ou les ritournelles répétées de Frédéric Fromet « Elle a cramé, la cathédrale », « Du haut de la croix pourquoi l’avoir cloué, pourquoi pas l’enculer ». De fait, ce qui devrait provoquer un effet d’humour subversif en choquant ne marche plus trop.

Mais restons positif, nous en avons pour notre argent ; malgré cette insipidité, un moment de la chronique vise plutôt juste.

« Nous apprenons à vivre avec les autres, peu importe notre niveau social, que nous nous appelions Marie-Élizabeth, Jeanne-Albane, Jean-Emmanuel. » Voilà saisi, avec finesse, le fait que malgré la volonté affirmée de Baden-Powell de former une élite morale plutôt que sociale, il n’en demeure pas moins que le scoutisme s’est aujourd’hui gentrifié. Les annuaires d’unités scoutes de certains secteurs, dont les listes de prénoms semblent sorties de la dernière éditions du Bottin mondain, peuvent en témoigner.

On pourrait seulement relever que ceux qui en rient sur le plateau de France Inter pourraient faire l’objet des mêmes railleries. Constance, Nicole, Charline et Guillaume sont payés par vos impôts.

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