Editoriaux - International - 7 août 2019

Fin de l’organisation terroriste État islamique : Emmanuel Macron se serait-il trompé ?

Emmanuel Macron a salué, en mars 2019, devant le Conseil européen, la chute du califat autoproclamé du groupe djihadiste État islamique en jugeant qu’un « danger majeur pour notre pays » avait été « éliminé ». Or, début août 2019, le Pentagone a indiqué que le groupe État islamique est en train de « resurgir » en Syrie alors même que les États-Unis retirent leurs troupes du pays et que les forces armées syriennes ont repris les opérations militaires dans la province d’Idleb, suite aux multiples attaques rebelles. D’autres signent inquiétants apparaissent.

Début août, un rapport de l’ONU qui s’appuie sur les services de renseignement de ses États membres alerte sur une possible nouvelle vague d’attaques terroristes, notamment en Europe. Le rapport nous dit que « lorsqu’il aura le temps et l’espace nécessaires pour réinvestir dans une capacité d’opérations extérieures, Daech dirigera et facilitera les attaques internationales ». Il en a les moyens financiers puisque ses ressources financières seraient toujours importantes, le trésor de guerre est estimé entre 50 et 300 millions de dollars. D’autre part, parmi les quelque 30.000 étrangers ayant rejoint Daech pour combattre en Irak et en Syrie, nombreux sont ceux qui pourraient encore être en vie. « Leurs perspectives d’avenir seront une préoccupation internationale dans un avenir proche. » Ou encore : « Certains peuvent rejoindre Al-Qaïda ou d’autres marques terroristes qui pourraient émerger. Certains deviendront des leaders ou des radicalisateurs. »

L’ONU pointe également la radicalisation en prison. Environ 6.000 Européens se seraient rendus en Irak et en Syrie pour combattre pour l’État islamique. Plus ou moins 2.000 d’entre eux auraient péri, une proportion équivalente serait emprisonnée et le dernier tiers aurait repris le chemin de l’Europe, selon le rapport.

Pour sa part, la note d’actualité de juillet 2019 du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) est consacré à l’expansion de l’État islamique, qui accroît progressivement son influence dans les provinces (wilayas) extérieures, situées hors de son berceau syro-irakien. En Afrique en général, et particulièrement en Afrique de l’Ouest, mais aussi en Afrique centrale, où une nouvelle wilaya est apparue qui couvrirait les opérations en République démocratique du Congo, au Mozambique et, vraisemblablement, en Tanzanie. L’expansion se poursuit également au Sinaï, en Asie de l’Est, dans le Caucase, l’Asie centrale et l’Asie du Sud (AfPak), Iran, Cachemire, Extrême-Orient (Chine, Indonésie, Malaisie, Birmanie) mais aussi en Libye, Turquie et, pour la première fois, en Azerbaïdjan et en Tunisie. « Seules exceptions, bien que présente ponctuellement, l’organisation terroriste ne paraît pas progresser significativement en Arabie saoudite, au Yémen et en Iran. »

Dans la zone sahélienne, que la France soutient à bout de bras avec l’opération Barkhane, l’Émirat islamique du Grand Sahara (EIGS), qui couvre le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso, semble avoir été absorbé par l’État islamique. Contrairement aux autres régions citées plus haut, les relations entre l’État islamique et Al-Qaïda ne sont pas aussi conflictuelles au Sahel et pourraient même s’étendre à un rapprochement avec Boko Haram, comme le laisse à penser l’incursion de l’EIGS jusqu’au Bénin, où deux touristes français ont été enlevés en mai de cette année.

Emmanuel Macron serait-il donc un piètre visionnaire de l’évolution du risque terroriste et de la politique internationale, comme tend aussi à le prouver sa proposition décalée d’armée européenne ou encore de soutien incantatoire à la force militaire conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) lancée en juillet 2017, qui est toujours dans les limbes et à laquelle personne ne croit vraiment ? L’été aura été chaud, souhaitons que l’hiver ne le soit pas davantage.

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