Chantal Nobel (1948-2026), star des années 80 arrêtée en plein vol
La mort de Chantal Nobel risque de trouver la jeune génération dans une indifférence totale. On n’entendait plus parler de l’actrice depuis des années – depuis le terrible accident qu’elle avait eu dans la Porsche de Sacha Distel, en rentrant d’une émission de Michel Drucker, en 1985. Sa carrière avait été arrêtée en plein vol alors qu’elle commençait à devenir une star du petit écran, grâce à la série Châteauvallon. Par une triste ironie, son décès nous la rend de nouveau familière et nous offre l’occasion de revenir sur la période dorée de la télévision française.
En 1985, Chantal Nobel a commencé à devenir une figure, sur le marché – alors florissant - des séries françaises diffusées à la télévision. Née Chantal Bonneau, en 1948, dans une famille de la bourgeoisie rouennaise, elle étudie le théâtre au conservatoire de sa ville natale avant de remporter un premier succès, à vingt ans, dans une pièce de boulevard devenue un classique : Boeing Boeing. Elle tient ensuite divers petits rôles dans des films plus ou moins bien ficelés, notamment La Main noire, de Max Pécas – immortel auteur de nanars français qui firent les beaux jours des deuxièmes parties de soirée sur M6.
En 1979, la télévision lui offre un rôle principal dans la série La Lumière des justes, adaptée du livre d’Henri Troyat – lui aussi tombé dans l’oubli, assez injustement. Elle y crève l’écran dans le rôle de Sophie Ozareff, plongée dans la tourmente du Premier Empire finissant.
Un Dallas à la française
Et puis, en 1984, on lui propose le rôle principal de la série Châteauvallon. Le vrai Châteauvallon, à la sortie de Toulon, n’a pas grand-chose à voir avec les bords de Loire où se situe l’action, pas plus que le château de Mauvières, dans les Yvelines. Qu’importe : pour complaire à Pierre Desgraupes, alors patron d’Antenne 2, une équipe de talentueux scénaristes a planché sur un Dallas à la française afin de concurrencer la « patrie des dollars, du pétrole », comme la décrit le générique des aventures de JR et Sue Ellen. Franc succès : les intrigues provinciales et familiales qui mettent Florence Berg (Chantal Nobel) aux prises avec des histoires de meurtres et de rivalité passionnent les Français. 11 millions de téléspectateurs pour le premier épisode, 17 millions pour le deuxième. Un triomphe. Il faut dire que côté musique, entre autres, on a pris du lourd : Vladimir Cosma signe la bande-son, dans une ambiance fataliste et rêveuse comme il sait les faire, bande-son surmontée d’un générique kitsch également composé par lui, plein de réverbérations et de synthétiseurs (Puissance et Gloire), tout à fait dans le goût de l’époque, qu’interprète Herbert Léonard. Femmes en permanente, costumes un peu grands, couleurs un peu saturées et lentilles floues sur les caméras : pas de doute, on est dans les eighties. Et ça fonctionne parfaitement. C’était l’époque où le service public considérait le divertissement comme un service noble, pas comme une alternance de jeux pour demeurés et de documentaires de propagande. Autant dire il y a une éternité…
Un an plus tard, alors que la carrière de Chantal Nobel est sur une trajectoire ascendante, la jeune femme est donc passagère de la Porsche de Sacha Distel, qui s’emplafonne bêtement, à trois heures du matin, sur la route de Nevers. Un accident digne des années 60, qui aurait pu avoir lieu en Aston (comme ce fut le cas pour Françoise Sagan ou Roger Nimier, lequel eut l’élégance de mourir avec sa passagère, la fascinante Sunsiaré de Larcône). Sacha Distel s’en tire sans dommage, mais Chantal Nobel passe des semaines dans le coma et sera gravement handicapée. Sa carrière est terminée. Elle reviendra, sans rancune, sur le plateau de Drucker, avec sa canne, mais n’exercera plus son métier de comédienne.
Elle s’était retirée à Ramatuelle, avec son deuxième mari, pour y vivre une vie simple et douce, sous un soleil, non pas artificiel, comme on le chante dans le générique de Châteauvallon, mais sans doute bien plus sain et naturel que celui des spots auxquels la vie la fit renoncer. Que la terre lui soit légère.
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7 commentaires
Bien que plus tout jeune (comme Province du Berry) j’étais alors occupé et n’ai pas pu voir « Chateauvallon ». Pour autant, je m’émerveille (ironie) de la capacité du service public à recycler: il y a eu sur la 2 « un si grand soleil » et ils sont en train de le re fourguer sur la 3…Est-ce que la 2 ou le producteur re-facture?
Nostalgie d’un autre temps que fait naître l’évocation de ce feuilleton des années 80 et de son actrice principale. Le monde et la France ont bien changé depuis et pas forcément en bien. Oui, oui, je fais partie des vieuxc et j’en suis fier.
Que Chantal Nobel repose en paix.
Hâte de revoir toute la série. Ras le bol de tous ces navets qui n’ont pas d’âme mais que du sexe et de la violence…
Non, ceux qui ont pu connaItre Chateauvallon ne l’ont pas oubliée. Elle avait tout pour elle. Qu’elle repose en paix désormais. Une pensée aussi pour Sacha Distel. Nul ne sait vraiment ce qui s’est exactement passé dans l’accident. Bien que meurtri par ce drame il a tant bien que mal continué sa vie et sa carrière. Mais, aujourd’hui disparu, lui aussi est regretté par beaucoup.
Ma chère Chantal , que tu étais belle dans la lumière des Justes….souvenir merveilleux de 1979 où je venais de terminer mes études de droit…ouf !!….Chateau Vallon , je n ‘ais pas pu voir….cela déplaisait à ma chère et tendre….jalousie peut-être…..
Il fallait rappeler cette figure un peu oubliée du spectacle, arrêtée dans son élan par cet accident de la route alors que Sacha Distel était au volant. Une procédure avait été entamée par Chantal Nobel, puis suspendue, mais sa carrière, elle, fortement entamée en dehors de quelques apparitions. Elle a toujours été très prévenante et simple. C’est vrai qu’alors le service public avait des ambitions culturelles, nanti d’un devoir de séduire une France en diapason avec lui. La France allait alors d’un même pas, diverse mais unie.
Bien d’accord