Souvenir de vacances dans le midi de la France où, en juillet, nous passions par Avignon. Réflexion de mon fils, alors âgé de dix ans, arpentant les rues post-festival : « Ici, c’est très peace and love, mais ça sent surtout la pisse. » La vérité, dit-on, sort de la bouche des enfants…

Au grand bonheur des amateurs de théâtre et de culture, le Festival se tiendra bien cette année. À plein. Dans des odeurs de désinfectant. Généreux, le préfet autorise une jauge à 100 % pour les représentations. Il faudra, néanmoins, s’armer de patience et d’un bon coussin à mettre sous les fesses car le directeur, Olivier Py, se lance dans les spectacles à épisodes.

L’œuvre phare de l’été : « Hamlet à l’impératif », feuilletonné en dix épisodes. Shakespeare, c’est surfait, alors Olivier Py l’a réécrit à sa sauce : « J’ai retraduit le texte de Shakespeare et je le fais dialoguer avec les grands penseurs que sont Heidegger, Wittgenstein, Derrida ou Deleuze […] nous feuilletonnerons les choses. Chaque jour, nous jouerons ce texte avec une troupe mélangeant des comédiens de tous âges et de tous horizons, y compris des amateurs et des anciens détenus de la maison d’arrêt du Pontet où j’ai travaillé. Nous résumerons, à chaque représentation, l’épisode précédent et attaquerons un nouveau thème », confie-t-il dans un long entretien au Point.

Pour ceux qui n’aiment pas les feuilletons mais n’ont pas peur des escarres aux fesses, il y a aussi Des territoires, de Baptiste Amann, qui dure 7 heures, ou Le Ciel, la Nuit et la Fête, seulement 6 h 30. Si les spectacles ont bien lieu, hein, parce qu’il va falloir compter quand même avec les intermittents du « pestacle » qui occupent toujours la FabricA, siège du Festival. Des braves gens qui demandent « l’abrogation de la réforme de l’assurance chômage, la prolongation de l’année blanche au-delà du 31 décembre 2021 et un engagement financier de l’État en soutien à la profession ». Monsieur Py est « solidaire », il veut « que chacun puisse se nourrir à la fois matériellement et intellectuellement ». C’est généreux, mais il a « un discours clair sur le sujet. Seuls les fascistes empêchent les spectacles de se jouer », dit-il. « Il faut donc rendre compatibles ces droits fondamentaux que sont le droit de pétition, le droit de et la d’expression. »

Toutefois, il semble nettement moins sourcilleux sur le respect de la démocratie.

Ce monsieur ne transige pas. Il incarne le bien, lui : « Si la ville d’ devient RN, le festival ne pourra pas y rester, sauf à donner à cette formation une vitrine que je ne me résous pas à lui offrir. On voit bien ce que ce parti porte : il ne respecte pas les valeurs républicaines, il met en péril le « vivre ensemble », il appuie chez les individus sur des leviers pulsionnels et flatte les instincts les plus sombres. Son discours est empli d’une violence non dite que je ne peux que combattre. J’appelle les électeurs de tous bords à faire absolument barrage à l’extrême droite ! » Idem pour la région : « Si le prend la région, il faudra que nous refusions sa subvention. » Chiche !

Ils me font bien rire, tous ces gens de théâtre qui ne marchent qu’à la subvention et seraient depuis longtemps morts de faim s’ils ne devaient compter que sur l’adhésion du public à leurs spectacles trop souvent fumeux. C’est facile, les leçons de morale et les pudeurs de rosière, quand on biberonne toute sa vie aux fonds publics.

« Je vous l’ai dit, je suis résolument opposé à toute forme de censure », dit Olivier Py. « L’idée du théâtre est de favoriser le dialogue. Par contre, débaptiser les boulevards Thiers pour les renommer boulevards Joséphine-Baker, là, je suis pour… » Et interdire aux électeurs du RN la juste représentation que leur offre la démocratie, il est pour aussi !

9 juin 2021

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