Blog - Cinéma - Culture - Editoriaux - Table - Théâtre - 23 juillet 2016

Festival d’Avignon 2016 : les Damnés du théâtre officiel

Cette année, le Festival In d’Avignon qui s’achève était placé sous le signe des Damnés, adaptation du chef-d’œuvre de Visconti sur le nazisme à laquelle est venu s’ajouter, dans le même registre, le spectacle d’une metteuse en scène belge, Anne-Cécile Vandalem, justement intitulé Tristesses. Là, l’extrême droite actuelle envisage de transformer une île en studio de cinéma pour des films de propagande sur le Grand Remplacement. Il y a longtemps que je ne vais plus voir les pensums culturels du Festival In, fussent-ils belges. Mais un spectateur lucide et courageux, qui l’a vu, écrit sur son blog : “Cette pièce signe la détestation du peuple qui vote FN. Elle incarne la toute-puissance du milieu culturel qui, faute d’être avec le peuple, le fantasme.” Et d’évoquer “des acteurs culturels pour qui le peuple est toujours ignorant de ce qu’il devrait savoir : autant le faire disparaître en ne le conviant plus dans les salles au profit d’un entre-soi éduqué !” (Pascal Bély, Le Tadorne). Tout est dit !

On prend les mêmes, et on recommence… Car pour les tristes et les damnés du théâtre officiel, contraints de rôtir à gauche pour l’éternité, et aujourd’hui de se rapprocher de la droite UMPS pour conserver leurs privilèges en 2017, le plat et la sauce qu’ils nous servent sont toujours les mêmes. À n’en pas douter, le spectacle aura été parfait, pas un poil ni une insolence n’auront dépassé, on aura glosé savamment sur la vidéo, très en vogue, mais qui finit par détruire ce qui est l’essence du théâtre ; les critiques du Monde, libérés par Télérama et France Inter, suivis par Le Figaro, voyageurs aventureux d’un bathyscaphe de l’art océan, auront décrit les profondeurs où ils sont descendus, et ses merveilles ; le spectacle n’en restera pas moins une merveilleuse tarte à la crème, retransmise par France 2, illustrant à elle seule les dérives et travers du théâtre officiel.

Sur la forme : la manie de l’adaptation, car le théâtre ministériel ne sait plus qu’adapter – romans, lettres, essais, tout ce qu’on veut, ici un film de 1969 -, et le culte de la mise en scène car cet « art du spectacle » s’éparpille toujours dans une mise en quelque chose, mise en scène, mise en espace, mise en voix, mise en rue, mise en jeu, mise en tout ce que vous voudrez, quand il n’est pas « dramaturgie plurielle », selon l’appellation des technocrates culturels.

Sur le fond : à travers la résurgence de cette famille allemande emportée par la tourmente hitlérienne, ou dans l’île des tristesses où jaillit un fascisme « moderne », c’est la montée actuelle des populismes et de l’extrême droite qui est dénoncée. L’artiste fonctionnaire se doit avant tout d’être en harmonie avec le mantra de la propagande officielle. Donc de glacer sur leurs chaises cultureux de gauche, pédagogues différenciés et bobos progressistes. Tremblez, niaises gens et gogos, et votez pour la finance mondialisée, l’ennemie de Hollande, bien camouflée sous le manteau des gouvernements alternés, car sinon c’est l’apocalypse !

Pour la création, l’invention, la nouveauté, l’imagination, l’insolence et la liberté d’expression, fondement d’un art authentique, on attendra le Brexit artistique, démocratique.

Alors, pour 2017, au lieu d’un cent millième spectacle sur l’extrême droite, nous servant en filigrane l’ultime justification d’un système à bout de souffle où, loin du peuple populiste, les tenants de la gauche confortable se retrouvent entre soi pour contempler l’élite du théâtre, loin des flonflons nauséabonds du théâtre populaire de Vilar, pour 2017, comme un appel inutile, et pour donner à ce lieu un peu de panache, je propose à Olivier Py, le directeur du festival, une pièce/opéra étonnante, anticonformiste, décapante et burlesque : elle traite de l’esprit qui rôde dans la Cour d’honneur d’Avignon comme dans notre pauvre pays de France, elle s’intitule LE FANTÔME DE LA CITÉ DÉMOCRATIE.

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