“Fake news” : il faut bien faire taire toute alternative au politiquement correct !

Parmi le feu d’artifice des réformes annoncées par Narcisse-Jupiter, celle qui éclaire la duplicité globale de la politique menée est celle qui entend remédier à la dérive supposée de l’information que l’on identifie en l’affublant d’une locution anglaise : “fake news”.

Au Québec, on n’emploie pas cette expression. On lui préfère “fausse nouvelle”. L’air de rien, le fait que la France oublie à ce point les mots de sa langue nationale est très inquiétant, et à plus d’un titre. D’abord, c’est l’indice du triomphe actuel d’une caste qui a porté Macron au pouvoir, et de son idéologie. Les “métropolitains”, tels que les a définis Christophe Guilluy face aux “périphériques”, nomades dans le vent contre sédentaires enracinés. Par un beau paradoxe, ils sont favorables à l’accueil des immigrés et au multiculturalisme, mais parlent anglais comme un seul homme.

Et c’est cette ignorance de ceux qui nous “informent” qui devrait, en second lieu, nous alerter. On a souvent tort d’opposer la forme et le fond. L’atlantisme linguistique va souvent de pair avec un atlantisme culturel et géopolitique. Les Américains se soucient assez peu d’Histoire alors qu’elle passionnait les Français. C’est toute la différence entre un pays centenaire issu de multiples immigrations et une nation millénaire qui n’a connu une immigration importante que récemment.

La Syrie est une mosaïque ethnique et religieuse que les médias “mainstream” ont tendance à réduire à une scène de Western qui pourrait s’appeler “Le Monstre, la Brute et les Gentils”. Le premier serait l’État islamique, qui a pratiquement disparu des écrans. Le second serait Bachar el-Assad, le “méchant” que nos “journalistes” préfèrent, et les “gentils” seraient les autres, les adversaires de la brute. D’un côté, il y aurait un dictateur qui prendrait un soin particulier à exterminer son peuple, avec une prédilection pour les enfants. De l’autre, les rebelles portant l’espoir d’un avenir démocratique radieux. Si on regarde de plus près, les choses sont assez différentes. En observant la Ghouta orientale éclatée en trois morceaux encerclés par l’armée syrienne, on s’aperçoit que les “gentils rebelles” sont à Douma les salafistes de Jaych al-Islam, soutenu par les Saoudiens, à Harasta, les islamistes d’Ahram al-Cham, fondé par des Frères musulmans et favorable, comme par hasard, à l’intervention turque contre les Kurdes d’Afrine. Dans le sud, les “bons”, ce sont d’une part les miliciens de Faylaq al-Rahmane, eux aussi proches des Frères musulmans, et soutenus par le Qatar et la Turquie, et, d’autre part, les djihadistes d’Hayat Tahrir al-Cham, le nom actuel d’Al-Nosra, alias Al-Qaïda, c’est-à-dire des terroristes aux yeux mêmes des Occidentaux. Cette réalité devrait nous inciter à souhaiter au plus vite la victoire de l’armée régulière, mais elle est obscurcie par des “informations” qui grossissent le nombre des habitants pris au piège et additionnent les “victimes du régime”, dont on laisse supposer qu’il utilise des armes inhumaines. Beaucoup “d’informations” proviennent de l’Observatoire syrien des droits de l’homme qui, malgré son nom, est un réseau relié à un homme proche des Frères musulmans et basé à Londres, dont les communiqués sont repris systématiquement par l’AFP ou Reuters. Les pays occidentaux se paient le luxe de demander à la Russie et à la Syrie d’arrêter un “bain de sang” qu’ils ont fomenté, armé, et qu’ils protègent encore en ne dénonçant pas l’imposture rebelle.

Autrement dit, s’il y a “fake news” (“fausse nouvelle”), désinformation, elle est systématique, elle n’est pas le fait de quelques extrémistes présents sur Internet, mais correspond au rouleau compresseur des grands médias occidentaux qui reflètent les préférences du microcosme métropolitain. Par un beau paradoxe, la multiplication des vecteurs d’information, appuyée sur une saine concurrence qui devrait ouvrir l’éventail des opinions et de l’interprétation des événements, aboutit à la voie unique du politiquement correct.

Mais ce n’est pas suffisant, il faut faire taire toute alternative, réduire les dissidents. Et c’est ainsi que Macron a inventé les “fake news”, comme si la démocratie ne devait pas admettre une certaine relativité de la vérité. L’ennui, c’est que cette formulation anglaise n’a qu’un but : faire oublier que le “délit de fausse nouvelle” existe déjà et que l’article 27 de la loi sur la liberté de la presse prévoit une amende de 45.000 euros pour les coupables.

Le délit de “fausse nouvelle” était une arme d’usage rare et proportionné. Celui de “fake news” aura pour but de franchir une limite, celle qui consiste à imposer sournoisement, au nom de la défense de la vérité, le mensonge massif de la pensée unique.

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