Se présentant comme la « première des fondations politiques françaises […] à la fois un think tank, un acteur de terrain et un centre d’histoire au service de tous ceux qui défendent le progrès et la démocratie dans le monde », la fondation Jaurès vient de publier un dossier intitulé : « Le dossier Zemmour. Idéologie, Image, Électorat. » Quarante pages dans lesquelles des experts ne cachent pas leur crainte : « Prendre la percée d’Éric Zemmour au sérieux, c’est-à-dire de la comprendre pour pouvoir mieux la combattre. »

Confirmant que la meilleure défense, c’est l’attaque, ils publient ainsi un dossier à charge avec une sémantique proche de la reductio ad hitlerum. « Il agite le spectre de la guerre civile et de la « campagne à mort » » ; « l’utilisation à outrance d’un discours xénophobe » ; « glorifier les persécutions d’hier pour justifier celles de demain » ; projet reposant sur des « persécutions » ; « des mots » (il dénonce le djihad) et « des images » (cf. son passage à Milipol). « Éric Zemmour s’est saisi d’un sniper à pleines mains, qu’il a dirigé vers la presse. » Ajoutez à cela une bonne dose de paranoïa et de complotisme (« stade suprême du populisme, trouve l’une de ses plus évidentes déclinaisons dans la thèse du « Grand Remplacement » – glissant de l’islamophobie à l’islamo-paranoïa ») et voilà le polémiste rhabillé pour l’hiver. Avant de s’interroger sur un « sombre printemps », ces experts s’érigeant en Cassandre nous auront prévenus : « À cette aune, le danger n’a donc rien de virtuel. »

L’inquiétude qui les ronge ne vient pas uniquement de la « percée inédite par sa rapidité et par son ampleur » du polémiste qui se trouve en capacité d’être qualifié au second tour. Ils sont obligés d’admettre que la déflagration Zemmour dépasse la simple bulle médiatique et que ses soutiens se répartissent « dans l’ensemble des segments de l’électorat ». Ils lui accordent une modernité dans sa communication (la comparant à Netflix quand les autres candidats sont restés au stade TF1) et un indéniable talent d’orateur : « Éric Zemmour est capable, dans une même émission, à l’intérieur d’un même discours, d’alterner des passages « didactiques » au cours desquels, sur un ton professoral, il disserte sur l’Histoire de France, et des passages clash où il lâche, en uppercut, un propos qui fera polémique. »

Las, aveuglés dans leur idéologie, ils n’y voient que « l’inquiétante pathologie de notre dépolitisation ». Pas de projet politique chez le potentiel candidat mais de la démagogie : Éric Zemmour « ne comprend pas les problèmes touchant les citoyens », il est, selon eux, « déconnecté du réel de la population ». Sa progression constante dans les sondages indiquerait pourtant le contraire.

In fine, ce n’est pas l’actualité et son lot de ou d’agressions, de tirs de mortier ou de décapitations qui pourraient conduire les Français à se poser des questions, mais la fabrique de l’opinion par cette commande permanente de sondages. Et les persécutions à venir ne sont pas à mettre sur le compte de l’ensauvagement d’une partie de la population mais sur « les futures persécutions que Zemmour annonce », autrement dit « sa volonté de mettre dans des avions et des bateaux des millions de musulmans français ».

En réalité, Éric Zemmour ne fait que reprendre une politique déjà appliquée par le passé, renvoyer des immigrés « qui ne s’assimilent pas ». Et le journaliste de rappeler (dans « Face à l’info », sur CNews, le 27 janvier) que « dans les années 1930, on a renvoyé des immigrés polonais et italiens parce qu’ils étaient au chômage et on estimait qu’ils ne s’assimilaient pas » […] « C’est la gauche qui a fait ça, c’est Léon Blum, des gens à gauche et à la Ligue des droits de l’homme. »

Enfin, ne boudons pas notre plaisir avec cette conclusion de Mathieu Souquière : « Mais sous la menace d’une nationale-populiste à 35 % et avec l’exemple de l’étranger […] une réaction est toujours possible. En démocratie, même lorsqu’il est mince, l’espoir demeure. » À en lire les craintes et l’acharnement de ces experts progressistes, caressons cet espoir, il serait permis aux conservateurs et amoureux de la France de rêver à une victoire.

28 octobre 2021

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