a présidé, mercredi, au musée du Quai Branly, une cérémonie que Le Point qualifie de « hautement symbolique ». Il s’agissait de donner un caractère solennel à la restitution, par la France, de vingt-six œuvres d’art appartenant à l’ancien royaume du Dahomey. Remontons un peu le fil du temps. En 1892, une colonne expéditionnaire française, appelée à la rescousse par le royaume de Porto-Novo, entre dans Abomey, capitale du Dahomey. Le roi Béhanzin ordonne que les palais royaux soient brûlés avant la fuite de sa cour. Les militaires français saisissent les objets d’art locaux et les envoient en France. Ils affranchissent également tous les esclaves yorubas qui étaient sous le joug du Dahomey.
Aujourd’hui, le Bénin, création française, englobe Porto-Novo ainsi que l’ancien royaume du Dahomey. Comme l’a opportunément rappelé, sur France 24, Me Debie, avocat spécialisé en droit du marché de l’art, la ville de Kétou possède notamment une place de la Renaissance qui commémore le centenaire (1894-1994) de la libération des esclaves par les troupes françaises, à la demande du royaume de Porto-Novo. On est loin des massacres coloniaux, des vols d’œuvres d’art et de tout le folklore misérabiliste, porté avec constance par notre Président.
S’il ne m’est pas permis de me prononcer sur la qualité intrinsèque de ces sculptures d’homme-oiseau en bois, de ces calebasses sculptées ou de ces portes de palais, et si l’air du temps semble les mettre sur un pied d’égalité avec la Pietà de -Ange, il est en tout cas possible de se demander à quoi servent ces restitutions spectaculaires, si ce n’est à nourrir le masochisme morbide de l’Occident. Que penser, également, du comportement de M. Emmanuel Kasarhérou, directeur du musée du Quai Branly, visiblement ravi – « ému », nous dit l’hebdomadaire – que son établissement se vide progressivement de sa substance pour aller alimenter les musées africains ?
Ajoutons que la France finance, aujourd’hui, 90 % des actions culturelles du Bénin. Oui, aujourd’hui, vous avez bien lu. N’est-ce pas un vestige de notre passé colonial, que de financer ainsi un pays indépendant ? Ne devrions-nous pas, là aussi, restituer aux États africains (et aux contribuables français) l’indépendance à laquelle ils ont droit ?
On voit bien ce qui est à l’œuvre derrière cela. Il ne s’agit pas tant de rendre des œuvres d’art au Bénin que de donner bonne conscience à l’intelligentsia française, tout en apaisant – croit sans doute notre Président – la vindicte des associations communautaristes. À ce petit jeu, le musée du Quai Branly risque fort, après avoir « restitué » à tous les pays « premiers » leurs « œuvres d’art », d’être vide d’ici quelques années. Il trouverait ainsi une autre fonction : lieu de réception, habitation de prestige, que sais-je. Ce serait une autre forme de restitution, vous ne croyez pas ?

28 octobre 2021

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