Armées - Editoriaux - Histoire - Justice - 19 septembre 2014

Excusez-moi d’être Français !

Récemment, un lecteur me reprochait gentiment d’être trop bien élevé. Je suis désolé mais je vais récidiver en demandant aujourd’hui que l’on m’excuse d’être Français ! Le récit de trois souvenirs personnels expliquera peut-être cette faiblesse.

Le premier remonte à mon enfance. Mon grand-père maternel était italien. Né en 1892, après avoir travaillé en France, il était retourné vivre sa retraite dans son Piémont natal. Chaque année à Noël, il venait nous rendre visite en France. Parlant et lisant parfaitement le français, il me fit découvrir et aimer à 12 ans Alexandre Dumas, qu’il se plaisait à relire. Ce grand-père étranger, admirateur de Napoléon, me transmit son amour pour la France et son histoire. Il mourut malheureusement avant que je ne coiffe le casoar de Saint-Cyr, mais j’ai la conviction qu’il aurait été fier de son petit-fils.

Bien plus tard, en 2000, je commandais par intérim un régiment en région parisienne. Nous incorporions à l’époque les derniers appelés soumis au service national. Un jour se présente un « jeune de banlieue » affublé d’un costume folklorique qui n’avait rien de provençal ou de breton. Barbu, tout de blanc vêtu et portant un nom qui, lui non plus, n’avait rien de provençal ou breton, il refusa d’endosser l’uniforme des armées de la République. Je le reçu pour lui ordonner de se conformer à la loi. J’essayai en vain de le raisonner et lui dis : « Vous êtes Français, vous devez obéir à la loi. » Il me répondit tout de go : « Non, je ne suis pas Français. » Je lui rétorquai alors : « Vous avez raison, vous n’êtes pas Français, mais citoyen français en tout cas. » J’aurais peut-être dû m’excuser d’être Français…

L’année suivante, je fus muté à Marseille, modèle de ville où, paraît-il, l’intégration fonctionne à merveille. Un soir, j’eus le malheur de griller par étourderie un feu. Une jeune piétonne qui voulait traverser la rue, portant un costume folklorique qui n’avait, là aussi, rien de provençal et encore moins de breton, m’insulta – en français, soyons précis. « Sale Français de m…e », me dit-elle. Elle m’aurait traité d’« enc… » ou d’un autre nom d’oiseau bien de chez nous, je me serais dit que je l’avais bien mérité et me serais peut-être même félicité de l’intégration réussie de cette délicate personne. Là aussi, j’aurais peut-être dû m’excuser d’être Français.

Ces souvenirs me sont revenus en lisant les propos d’Alain Juppé qui ratiocine actuellement sur l’« identité heureuse » et l’immigration, chance pour la France. Il est vrai qu’il possède une certaine expérience de l’immigration : la sienne au Canada lorsque, repris de justice, il partit s’y réfugier un temps. Excusons-nous d’être Français, semble-t-il nous dire en regrettant notamment qu’on ne lui ait jamais parlé du Coran durant ses études. C’est vrai pour ma part qu’une école de la République d’un autre âge me parla – la vilaine – de Charles Martel. Et je lui en sais gré.

Finalement, j’avoue avoir de moins en moins envie d’être bien élevé et de m’excuser d’être Français !

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