Vous croyiez que le Conseil des ministres extraordinaire de ce samedi avait pour but de préparer les mesures contre l’expansion du coronavirus ? Pas seulement. Vous aviez oublié le « en même temps ». en a profité pour confirmer aux membres du gouvernement, et à tous les Français, qu’il utiliserait l’article 49-3 pour faire passer son texte sur la réforme des retraites. Il est allé l’annoncer ensuite aux députés :

« Conformément à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution de 1958, et après en avoir obtenu l’autorisation du Conseil des ministres du 29 février, j’ai décidé d’engager la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi instituant un système universel de retraites. »

L’heure est à l’urgence et aux annulations de réunions confinées. Les Français ont la tête ailleurs, derrière leurs masques, suspendus aux conférences de presse du ministre de la Santé. Et la Macronie n’a pas perdu son sens du kairos. Ou de l’opportunisme. Nicolas Dupont-Aignan parlait, ce soir, d’« instrumentalisation » de la crise du coronavirus. Même son de cloche du côté d’Emmanuelle Ménard : « Il passe donc en force : ni la pénibilité, ni le financement ne seront finalement abordés par l’Assemblée nationale. C’est non seulement regrettable mais aussi condamnable, d’abord pour les Français, et plus encore pour la démocratie. » Pour Damien Abad, « c’est un passage en force et un déni de démocratie sans précédent sur une réforme des retraites ».

Et puis, si on annule les semi-marathons, on pourra bien annuler les manifestations, non ? Plus de 5.000 personnes. La jauge a été bien calibrée. C’est sur cette ligne qu’a d’ailleurs réagi Marine Le Pen : « Chacun connaît maintenant le cynisme du gouvernement, qui se sert de l’aggravation de la crise du coronavirus en le précédant d’une interdiction de rassemblement de plus de 5 000 personnes. C’est à se demander si c’est pour protéger les Français ou empêcher les manifestations, a pour sa part réagi la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen. Il n’y avait pas urgence folle, on pouvait terminer les débats sur deux ou trois mois. »

Dans l’immédiat, les oppositions disposent de 24 heures pour déposer une motion de censure qui doit être portée par au moins 58 députés. Mais qui n’ont pas de chances d’aboutir et de renverser le gouvernement qui dispose d’une large majorité à l’Assemblée.

Si c’est la première fois que le gouvernement issu des élections de 2017 utilise le 49-3, ce ne serait pas la première motion de censure du quinquennat Macron. En effet, fin juillet 2018, après le scandale de l’affaire Benalla, le gouvernement avait dû affronter deux motions de censure, l’une déposée par LR, l’autre défendue par la gauche. Puis il y en eut une autre, le 13 décembre 2018, toujours déposée par la gauche, pour protester contre l’attitude du gouvernement face aux gilets jaunes. Cette fois encore, la gauche devrait prendre l’initiative. « Nous en proposerons une », a annoncé Valérie Rabault, députée de Tarn-et-Garonne et présidente du groupe Socialistes & apparentés à l’Assemblée. Le Monde indiquait que d’autres groupes de gauche devraient s’y joindre. Samedi soir, le président Damien Abad déclarait au Figaro que le groupe LR allait bien déposer une motion de censure.

Si les motions de censure ont toujours été rejetées sous la Ve République, elles ont un avantage, surtout sous ce quinquennat : celui de pointer les erreurs, les ratages ou les mépris d’un Président et d’un gouvernement, et les mécontentements populaires qu’il provoque : affaire Benalla, gilets jaunes, réforme des retraites. Oui, c’est un bon résumé de deux ans et demi de macronisme.

Ce nouveau « coup » du 29 février 2020 laissera certainement des traces.

À lire aussi

Jean Castex dans les pas de Christophe Castaner : « Nous allons intensifier les contrôles »

Les contrôles et les amendes à 135 euros pour défaut de port du masque vont être renforcés…