Il est masqué et respecte à peu près la distanciation physique, mais est-il à bonne distance politique et présidentielle ?

Je rends grâce à – et c’est encore un point commun avec Nicolas Sarkozy – qui, sans le savoir, constitue une inspiration constante pour ce blog. Que ce soit pour du dérisoire apparent ou du sérieux indiscutable. Pour le léger comme pour le grave.

Quand il était ministre puis candidat à la présidence de la République, on a pu dénier à Emmanuel Macron un certain nombre de qualités – il n’a jamais eu celle de la modestie – mais jamais la vertu du courage physique, de l’affrontement direct.

Je me souviens de scènes où, alors que tant de ses collègues auraient décampé, il n’hésitait pas, souvent face à une forte hostilité, à aller au contact, à dialoguer même vigoureusement, à être si proche de ses interlocuteurs parfois en colère qu’on pouvait craindre pour lui. Mais sans doute était-il protégé par son audace même : jamais aucune conséquence fâcheuse pour son intégrité.

Je n’ai pas pu m’empêcher de me remettre en mémoire ces épisodes alors que, président de la République, il s’est rendu à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, qu’il a eu des échanges intenses avec des infirmières et qu’à l’extérieur, il a été pris à partie par un syndicaliste. À aucun moment il ne s’est dérobé. Il est allé jusqu’à se justifier au point de proférer, avec un certain culot, que « lui, quand il faisait des promesses, il les tenait » !

Interdiction de rire, ce n’est pas mon sujet.

Mon interrogation se rapporte à autre chose. Ce qui était permis et même souhaité de la part du ministre ne devient-il pas choquant, presque vulgaire, de la part du Président ? Non pas que ses interlocuteurs aient été indignes de lui mais parce qu’il ne relevait peut-être pas de sa fonction et de l’allure à lui conserver de s’empoigner ainsi, de tenter de convaincre sur un trottoir. Il m’est apparu que ce type d’attitude, paradoxalement, ne favorisait pas la démocratie mais, au contraire, avec un Président de son plein gré en première ligne, la réduisait en faisant se téléscoper des niveaux qui auraient dû demeurer distincts.

Emmanuel Macron acharné à défendre sa cause dans la rue allait forcément rendre moins légitime le Président arbitre à l’Élysée. Il y a là une forme de démagogie, aussi sincère que soit le comportement, qui, au prétexte de se rapprocher des citoyens, les éloigne et crée comme une désorganisation soft de l’État.

C’est une profonde erreur que de s’imaginer une société désireuse que le pouvoir lui colle intimement, prosaïquement aux basques. Elle a seulement besoin de le savoir en empathie avec elle et d’être considérée par lui.

Faut-il admettre que ce pouvoir si familier, engagé dans des querelles, menacé, presque insulté ne serait que la conséquence bénéfique d’une modernité où l’exigence d’égalité est devenue le critère exclusif ? Il conviendrait de féliciter un Président s’adonnant à ces péripéties houleuses du quotidien plutôt qu’aux devoirs plus discrets de sa charge ?

Je ne le crois pas. Pour ma part, j’ai regretté que le Président ait aussi vite abandonné le rêve du nouveau monde que l’aspiration à une parole rare. Servir le peuple, ce n’est pas forcément aller physiquement vers lui ou se faire photographier par lui ou avec lui. Il peut se sentir respecté de plus loin grâce à une politique qui l’en persuade.

Il reste deux ans au Président pour trouver la bonne distance. Qu’il prenne garde, toutefois, à ce qu’à force de s’ébrouer à l’extérieur, dans des joutes dont les médias raffolent parce qu’il y a souvent des clashs, il ne donne pas envie à notre pays d’un Président demeurant à l’intérieur.

Il y a mille manières de vérifier si on est aimé ou détesté par le peuple. La pire est de se colleter avec lui pour « faire » peuple !

Extrait de : Justice au Singulier

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