[ÉDITO] Zapper Bolloré : la meilleure comédie française depuis longtemps

Après l'emballement, retour vers le réel...
Moment de solitude pour Arthur Harari en conférence de presse. Capture d’écran © www.festival-cannes.com/
Moment de solitude pour Arthur Harari en conférence de presse. Capture d’écran © www.festival-cannes.com/

« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort/Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port » : tel est le sort de la tribune « Zapper Bolloré ». Ils étaient 600 signataires ; ils frôlent, désormais, les 2.800 ! Mais alors qu’une deuxième et troisième vague d'intermittents du spectacle se précipitent pour la signer en regrettant de ne pas appartenir aux ouvriers de la première heure, parmi ceux-ci, certains font marche arrière…

Arthur Harari dans le rôle de l’opportuniste

Ainsi du réalisateur Arthur Harari, connu comme coscénariste d’Anatomie d’une chute. Il est à Cannes pour présenter son nouveau film avec Léa Seydoux, L’Inconnue. Lors de la conférence de presse, ce 19 mai, une journaliste de l’agence Reuters l’a interrogé sur la tribune et les menaces de Saadé. Sa réponse dure trois minutes, mais si on enlève force circonvolutions qui témoignent d’un énorme embarras, assaisonnés de moult euh et hum destinés à s’éclaircir les idées, sa réponse est simple :

La tribune ? Elle est « questionnable à plein d’endroits ». Canal+ ? Le groupe est « fondamental dans le financement du cinéma français », c'est même « un des poumons du cinéma européen ». L’élocution du réalisateur se fait plus assurée : « Les équipes de Canal+, la direction de Canal+, la politique éditoriale de Canal+ qui est en faveur de la diversité a plus que mon respect. » De nouveau quelques phrases embarrassées, et Harari de conclure : « Je crois que les choses sont claires. » Le cinéma français nous livre rarement des moments aussi comiques.

Une tribune des poids légers

Réalisant, sans filet ni trucage, la grande figure de la volte-face, Arthur Harari démontre l’imposture de la tribune qu’il a signée. Il ramène à ses justes proportions l’emballement médiatique qui l’a accompagnée et qui faisait croire que 600 de nos acteurs et réalisateurs des plus talentueux et des plus fameux ruaient dans les brancards. La réalité est que dans ces 2.800 signataires, on glane à grand-peine des noms connus. Charles Berling, Juliette Binoche, Anne Consigny, Raymond Depardon, Adèle Haenel, Yolande Moreau, Anna Mouglalis, Bruno Solo, Jean-Pascal Zadi, Jacques Audiard… Le reste ? Des anonymes, méritants certainement, doués peut-être, mais qui donnent peu de poids à la démarche.

Frontal, la newsletter de Libération (dont le site héberge la tribune), le reconnaît implicitement en regrettant que les syndicats du secteur « refusent de s’exprimer sur le sujet » et que « les gros producteurs » soient « aux abonnés absents ». Elégante façon d’admettre que tout ce qui compte dans l’industrie du cinéma s’est abstenu de signer une tribune dont le caractère principal — sous prétexte de s’inquiéter « des projets politiques du magnat d’extrême droite » — est d’être irrationnel.

Farrugia rend hommage à Canal

Dans ce concert d’irrationnalité, les témoignages équilibrés émanent justement de personnalités qui n’ont pas signé la tribune. Sara Giraudeau appelle chacun à faire des compromis… ne serait que parce que « Canal+ finance une grande partie du cinéma et des films qui ne vont peut-être pas forcément dans leur ligne de pensée ». Dominique Farrugia y va sans ambiguïté : « J’apporte tout mon soutien à Maxime Saada et aux équipes cinéma de Canal. J’ai longtemps travaillé avec eux et je sais ce que le cinéma français leur doit. » Cela lui vaut d’être traité (pour les commentaires les plus polis) de « bourgeois réac ».

Maxime Saada mettra-t-il sa menace à exécution ? Si oui, les signataires de la tribune devront se trouver un financeur selon leurs idées politiques, et ça n’est pas gagné. Si non, ils reviendront lui manger le pain de Bolloré dans la main. Autrement dit, avec cette tribune tonitruante, comme des petites souris fabriquant une souricière et s'y précipitant d'elles-mêmes, 2.800 intermittents du spectacle ont d’ores et déjà perdu soit leur boulot soit leur dignité, voire les deux.

Picture of Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

76 commentaires

  1. Charles Berling, Juliette Binoche, Anne Consigny, Raymond Depardon, Adèle Haenel et Yolande Moreau – que des électeurs de Mélanchon !!
    Que des acteurs qui passent leur temps à faire de la politique et à signer des pétitions à longueur de journée.
    Juliette Binoche est une spécialiste pour faire signer des pétitions à tout le monde !

  2. C’est vraiment des charlots ils signent une pétitions contre Bolloré alors qu’il verse des millions pour leurs films sans canal et Bolloré plus de cinéma en France

  3. Le club des « Tireurs-dans-les-pieds » comporte de nombreux membres…souvent intermittents et à géométrie variable. Monsieur Bolloré est aujourd’hui leur cible….une cible qui, doivent-ils le reconnaitre, leur donne du travail. Si Bolloré leur déplait, ils peuvent effectivement aller chercher du boulot ailleurs et, éventuellement, créer un Groupe concurrent…Un Pigasse, un Niel, sans doute n’attendent que cela.

  4. Cette claque financière salutaire sera-t-elle la première d’une série , qui devrait atteindre son paroxysme au cours de l’automne 2027 voire plus loin ?

  5. Il aurait été vraiment intéressant qu’un journaliste effectue un travail d’investigation et nous informe, par exemple, du nombre de films financés par Canal+ dans lesquels des acteurs comme Charles Berling, Juliette Binoche, Anne Consigny, Raymond Depardon, Adèle Haenel et Yolande Moreau ont joué.
    Il aurait également été intéressant de connaître ce que ces films leur ont apporté en terme de notoriété, les prix reçus, mais aussi le montant de leur cachet. Tout ce qui n’aurait pu être sans le financement par Canal.
    Parce que depuis quelques jours, on parle, on débat, mais comme trop souvent en France, aucun chiffre ne vient mettre en perspective la profondeur des sujets.
    Ça éviterait, factuellement, de parler dans le vide.

    • Charles Berling, Juliette Binoche, Anne Consigny, Raymond Depardon, Adèle Haenel et Yolande Moreau – que des électeurs de Mélanchon !!
      Que des acteurs qui passent leur temps à faire de la politique et à signer des pétitions à longueur de journée.
      Juliette Binoche est une spécialiste pour faire signer des pétitions à tout le monde !

    • Là, vous demandez « TROP » ! …
      La capacité d’information des « journaleux » n’est plus qu’un vague précepte largement en putréfaction dans cette « facho-sphère » de nantis pour beaucoup d’entre eux …
      En ce qui concerne les « intermittents », ils iraient vite vraiment travailler si le privilège culturel français était mis au même niveau que la profession paysanne ! …
      Le tableau du bilan financier et tous les détails que vous évoquez mettraient en évidence TOUT DE SUITE une réalité difficile à avaler par ces « précieuses ridicules » ! …

      • Bien sur, et c’est le but de ma demande.
        Un journaliste de BV par exemple, pourrait très bien se charger de ce travail… non ?

  6. Jusqu’où ira la bêtise de ces gauchistes dans la négation du réel ? Tirer sur la main qui vous nourrit ? Tous ces soi-disant signataires sont-ils influençables à ce point, ou subissent-ils des pressions ? En tous cas, ils vont apprendre, j’espère, que leurs actes, et leur idéologie insensée, ont des conséquences… M. Bollore est généreux avec le cinéma, mais faut pas pousser !

  7. Pourvu que Mr SAADA tienne sa parole ! et ne vienne pas nous servir des excuses pour retravailler avec ceux qui l’auront trahi

  8. Molière ne saurait où donner de la tête. Tartuffe, Diafoirus, Trissotin, Philaminte et Armande etc.

  9. Toujours plus étrangers au monde dans lequel vivent les Français, les comédiens.
    On se souviendra toujours des premiers militants de cette cause égocentriste. Comme feu Yves Montant, multimillionnaire en francs, invité à la télé pour demander aux pauvres de donner 2% de leurs maigres ressources, pour « aider » l’état!
    Saltimbanques, parias au moyen âge, les « comédiens » sont devenus au fil des siècles, une nomenklatura de nantis. Certains, pas tous, donnent désormais des leçons de civisme citoyen au petit peuple des HLM, ces « braves gens » qui n’ont que de maigres salaires, indemnités ou retraites. Ces pauvres là sont leur cible, puisque c’est grâce à eux, cette masse de « clients », que les comédiens sont devenus riches. Là encore, pas tous.
    Car il y a les « intermittents », ces éternels assistés, eux aussi par les cotisations de la masse des Français.
    Le show business, associé au sport business, aide le 4ème pouvoir, celui des médias, à la manipulation des opinions de masse. Le festival de Cannes, cet entre-soi d’extravertis sûrs d’eux et de leurs talents, est une anthologie de ces dérives du « spectacle ».

  10. soutien total à Vincent Bolloré et mr Saada
    que ces hystériques gauchistes se fassent financer par Mèlenchon and co

  11. Parmi tous ces signataires il y a une bande de « traine savates » pas très courageux qui ne vivent que du chômage et de petits boulots souvent au noir et qui se débrouillent pour avoir le nombre d’heures nécessaires pour toucher à nouveau le chômage, ils envient ceux qui travaillent régulièrement et gagnent bien leur vie, mais eux se prennent pour des artistes, certains préfèrent comédiens et ils se montent tous la tête, j’ai même entendu certains à qui on parlait de tourner pour la publicité dire : « jamais je suis comédien, puis travailler pour les capitalistes, non merci » moi je ne pouvais que sourire car le même 10mn plus tard allait taper son copain de 10€ parce qu’il n’avait plus d’argent. Fort heureusement je ne fais pas partie de ce milieu, mais je l’ ai fréquenté. Sinon pour faire la fête ils sont sympas.

    • Pour en connaître quelques uns et que ma famille à rallonge en comporte, j’allais écrire quelque chose de similaire, en y ajoutant l’absence totale de fiabilité de ces derniers.

  12. C’est là que l’on va voir si Maxime Saada en a une paire pour acter ce qu’il a dit, ou s’il n’est qu’un aboyeur…

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Que les familles des victimes parlent est très compliqué pour le gouvernement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois