[VU D’ARGENTINE] Après la Coupe du monde, retour à la politique pour Javier Milei
Exit, le championnat mondial de football, et la vie politique argentine reprend son cours. Javier Milei est même décidé à lui donner un rythme des plus vertigineux pour mettre en œuvre hic et nunc le paquet de réformes dont il a un urgent besoin. Rappelons cependant au lecteur que, s’agissant d’un gouvernement de coalition, l’ardeur du président dépendra beaucoup de l’alchimie politique complexe que pourra produire son excellent et nouveau chef de cabinet Diego Santilli.
Sur toile de fond, trois événements méritent notre attention. Par ordre d’importance croissante : l’amélioration de la note de qualification de Moody’s, un conflit diplomatique avec le Brésil et le passage, à Buenos Aires, de Mme Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.
Les marchés restent frileux
Suivant la ligne de Fitch et Standard & Poor’s, l’agence de notation Moody's a élevé le pays au niveau B3. Cette amélioration attendue ne signifie nullement que le nirvana de l'« investment grade » soit à la portée de la main et on estime que la réconciliation définitive avec les marchés se produirait vers la fin d’un probable deuxième mandat de Milei. En effet, en dépit de la constante amélioration des paramètres de l’économie argentine, les blessures des fameux 9 defaults ne sont pas cicatrisées et les marchés sont frileux. En Argentine, on a coutume de dire que « qui s’est brûlé avec du lait se met à sangloter à la vue d’une vache ». Il faudra du temps pour expurger le pays de toutes les vaches fantômes….
Au niveau diplomatique, il est certain que la charge de ministre des Affaires étrangères de Milei ne ressemble en rien à une sinécure. Déjà, en 2024, un conflit avait éclaté avec l’Espagne. Un ministre espagnol ayant insinué que Milei consommait de la drogue, la réponse lors d’un rassemblement organisé par Vox fut fulgurante. Mme Bégonia, épouse du Premier ministre Pedro Sánchez, reçut, en guise de fleurs, l’accusation de « corrompue » et le socialisme fut qualifié « d’idéologie maudite et cancérigène ». Rappel de l’ambassadrice. Les relations sont rétablies aujourd’hui, formellement du moins…
Tensions avec le Brésil
Au Brésil, le 25 juillet, lors d’un rassemblement organisé par Flavio Bolsonaro, candidat de droite à l’élection présidentielle d’octobre prochain, Milei a traité l’actuel président Lula de « voleur » et de « délinquant », réservant au vice-président de la cour suprême l’attribut « d’ordure » pour avoir frustré sa rencontre avec l’ancien président incarcéré Jair Bolsonaro. Itamaraty, équivalent du Quay d’Orsay, a convoqué l’ambassadeur d’Argentine a Brasilia et rappelé son ambassadeur en Argentine. Affaire à suivre…
Le Brésil est le premier partenaire commercial de l’Argentine, mais visiblement, pour Milei, le zèle politique passe avant les considérations économiques. En ceci, il représente presque l’antithèse de la doctrine de Talleyrand, qui conseillait aux diplomates « surtout pas trop de zèle », affirmant aussi que « la parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée ». La biographie du « diable boiteux » ne doit pas figurer parmi les livres de chevet de l’ancien gardien de but. Un peu de trahison, parfois nécessaire en diplomatie, lui est étrangère tant qu’aucun penalty ne vient à affecter le dogme trinitaire du respect de la vie, de la liberté et de la propriété. Cela dit, bien que l’Argentine, en décembre 2023, se soit trouvée en piteux état comme la France en 1814, le congrès de Vienne fut certainement mieux géré par la patience roublarde de l’ancien évêque d’Autun que par l’impétuosité des « forces du ciel ». À chacun sa méthode.
Dialogue avec le FMI
Bien plus importantes et fort heureusement tout autres sont les relations avec Mme Kristalina Georgieva. Rappelons au lecteur que l’Argentine, est, avec près de 50 milliards d’euros, de très loin le débiteur le plus important du FMI, suivi de… l’Ukraine, avec 12 milliards.
Les visites, à ce niveau politique, sont rares et la dernière en date, dans un climat plus tendu, est celle de Christine Lagarde en 2018. Mme Georgieva a pu participer à un Conseil des ministres exceptionnel et a même affronté la froidure patagonique pour visiter le gisement pétrolier de Vaca Muerta. En résumé, les préoccupations de la directrice du FMI ne passent pas par la contrainte de paiement des échéances externes qui sont assurées, sauf événement exceptionnel, ni par une aide de l’organisme, en principe inutile. Ses éloges nombreux se sont concentrés sur la solidité du plan économique et la constance de son exécution. À titre de remarque ou peut-être d’avertissement, elle souhaite que, pour faire court, l’amélioration devienne perceptible pour toutes les couches de la population, ce qui impliquerait une forte probabilité de réélection de Javier Milei et, donc, de continuité des réformes. Tout cela est très raisonnable et constitue le nœud gordien du succès. Il faudra toute l’attention de l’ensemble de l’administration actuelle pour mieux communiquer que par le passé et gérer le timing politique au plus près.
Au-delà de son zèle diplomatique discutable, Javier Milei devra se transformer en un habile chef d’orchestre. Allegro ma non troppo.
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