Incendies : « Les hauts fonctionnaires devraient nous laisser travailler », lance un maire

Des élus dénoncent les blocages administratifs qui entravent la prévention et la lutte contre les incendies.
Bruno Lafon s'adressant au chef de l'État. Capture d'écran CNews.
Bruno Lafon s'adressant au chef de l'État. Capture d'écran CNews.

Alors que plus de 2.000 sapeurs-pompiers, épaulés par les bénévoles de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI), les agriculteurs et d'importants moyens aériens poursuivent leur lutte contre l'incendie qui ravage la Gironde, plusieurs maires du bassin d'Arcachon estiment qu'un autre combat se joue loin des flammes. Selon eux, les lourdeurs administratives et certaines contraintes réglementaires continuent de retarder des aménagements pourtant essentiels à la protection de la forêt.

Le temps des rapports est terminé

Interrogé par BV, Bruno Lafon, maire de Biganos (commune de 11.000 habitants du bassin d'Arcachon) et président de la DFCI Nouvelle-Aquitaine, estime que l'incendie de 2026 démontre que les enseignements des feux de 2022 n'ont pas tous été tirés. « On a fait des rapports, des contre-rapports », rappelle-t-il. Mais lorsqu'il a fallu « refaire des pistes forestières, des fossés, des points d'eau », les difficultés sont réapparues. « On a commencé à avoir deux problèmes : des personnes qui font de l'écologie de salon [...] et une partie de certaines administrations qui ne sont jamais d'accord avec ce qu'on veut faire », regrette-t-il.

Pour l'élu, ces blocages ont des conséquences bien concrètes. Vendredi dernier, alors que la progression de l'incendie était déjà identifiée, il demande à la préfète l'autorisation de réaliser des coupes tactiques destinées à créer des appuis pour les pompiers. L'accord n'arrivera que dans la nuit de dimanche à lundi. « On aurait pu travailler le dimanche », regrette-t-il. Une fois le feu vert obtenu, près de 200 engins forestiers sont mobilisés et réalisent 128 kilomètres de coupes tactiques en quelques heures.

« Il faut arrêter de parler »

Lundi, lors du déplacement d'Emmanuel Macron en Gironde, Bruno Lafon avait directement interpellé le chef de l'État : « Il faut arrêter de parler. » Une formule destinée à réclamer des décisions concrètes plutôt que de nouveaux diagnostics. Deux jours plus tard, son discours n'a pas changé. « Les hauts fonctionnaires de Paris devraient nous laisser travailler », lance-t-il sur CNews. Il précise à BV qu'« il faudrait qu'ils nous laissent travailler sur le terrain et qu'ils laissent un peu de liberté à des élus locaux [...] qui connaissent le terrain et qui ont le bon sens paysan ».

Le président de la DFCI pointe également un empilement de règles qu'il juge incompatibles avec l'urgence de la prévention : études d'impact, loi sur l'eau, loi Littoral, sans oublier les oppositions d'associations écologistes à certains travaux. « C'est toute cette administration, ces obligations écologiques, tout ce qu'on impose qui nous empêche d'agir », affirme-t-il.

« Je suis le maire, je veux être informée »

Sans reprendre le ton offensif de Bruno Lafon, Nathalie Le Yondre partage une partie du constat. Le maire d'Audenge (commune de moins de 10.000 habitants du bassin d'Arcachon) estime auprès de BV que les élus locaux doivent être davantage associés aux décisions. Au plus fort de la crise, elle nous explique avoir dû rappeler sa place : « Je suis le maire, je veux être informée. J'ai besoin d'avoir les informations. » L'élue insiste néanmoins sur la nécessité de travailler avec les services de l'État. Mais cette coopération suppose, selon elle, une confiance réciproque. « Les maires connaissent parfaitement leurs territoires et leurs partenaires. Faisons-nous confiance, laissons-nous travailler », plaide-t-elle.

Prévenir plutôt que subir

Pour les élus du bassin, l'incendie de 2026 ne relance pas seulement le débat sur les moyens de lutte. Il pose aussi la question de la capacité de la France à préparer les prochains étés. Bruno Lafon nous assure avoir rappelé au président de la République que celui-ci avait su lever rapidement certaines contraintes réglementaires pour Notre-Dame. Pourquoi ne pas faire preuve de la même détermination pour protéger les massifs forestiers ? « Si on recommence avec la même paperasse qu'avant, on n'y arrivera jamais », prévient-il.

À l'heure où les flammes continuent de menacer le bassin d'Arcachon, les maires lancent ainsi un même appel : faire davantage confiance au terrain avant que les incendies ne rendent les décisions administratives inutiles.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

84 commentaires

  1. Des Maires qui réclament toujours plus de pouvoirs. Ils veulent en arriver au système Américain, et se prendre pour les Seigneurs locaux.
    La décentralisation aura été une catastrophe pour notre pays. Les seigneurs locaux ont été multipliés puissance dix . Il serait temps de remettre de l’ordre dans cette organisation qui est un véritable fiasco économique, qui a contribué à augmenter le nombre d’employés dans ces services, sans que l’efficacité soit au rendez-vous.

  2.  » Les grands arrêteront de dominer quand les petits arrêteront de ramper » ( Fredrik Von Schiller ) ….  » La tolérance atteindra un tel niveau que les personnes intelligentes seront interdites de toutes réflexions pour ne pas offenser les imbéciles  » ( Dostoïevski ) ….. Et oui ,nous en sommes là !

  3. Le fléau de ce pays, la bureaucratie poussée à l’extrême, Claude ALLEGRE l’ancien ministre de l’Education Nationale disait au sujet de son ministère qu’il fallait dégraisser le mammouth, maintenant les années passant, ce n’est plus un mammouth qu’il faut dégraisser mais le troupeau en entier .Les mamouth ,eux ,ont gonflé pendant que c’est de plus en plus l’époque des vaches maigres pour bon nombre de français, Il est temps de réduire le nombre d’espèces de fonctionnaires .C’est une question de vie ou de mort pour le pays.

  4. La préfète de Gironde demande aux agriculteurs de ne pas aider les pompiers « de manière spontanée » Les agriculteurs qui souhaiteraient se mobiliser sont appelés à s’inscrire sur le site de la chambre d’agriculture de la Gironde. Aaaah ! Centralisme quand tu nous tiens !
    Au delà du cas particulier et tragique des incendies catastrophiques en Gironde, cette dame a, très involontairement, révèlé ce que la haute administration (l’état profond Français) pense dans son forintérieur ! Nous, nous savons ! Et vous (les ploucs de citoyens) devez nous obéir. Les incendies ont forcé, si j’ose dire compte tenu de ces circonstances, cette caste a sortir du bois et à montrer son véritable visage : le visage de l’incompétence totale et du mépris.

  5. Pour agir plus rapidement pour résoudre ces feux, écoutez seuls les professionnels du feu, pompiers, agriculteurs et court circuiter une bonne partie de ces fonctionnaires qui découvrent ce qu’est exactement un feu de forêt. La meilleure ,lors du COVID le personnel soignant travaillant dans l’urgence n’ a jamais été aussi opérationnel qu’en court circuitant tout cette caste d’administratif. Le top des exemples, la Belgique qui pendant plusieurs mois n’a pas eu de gouvernement , ni de cohorte de ministres, elle a tourné sans le moindre problème, un constat cinglant.

  6. Ce pouvoir jacobin, souvent dénué de bon sens, est aujourd’hui contreproductif, surtout ajouté à une sur administration, et une sur réglementation. Il faut arrêter avec cet état centralisateur, et laisser davantage de pouvoir aux élus locaux qui, eux, connaissent parfaitement les problèmes sur le terrain, et sont en mesure d’apporter les solutions adéquates en urgence.

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