On a parfois l’impression de se répéter. À la longue, ça peut même devenir lassant ! Ainsi, le 22 mars dernier, Marc Baudriller écrivait dans ces colonnes : « Coucou, c’est lui ! Invisible depuis des semaines, le président de la République est enfin sorti du silence… » C’était à l’issue de l’adoption de la réforme des retraites à coups de 49.3, Emmanuel Macron répondait aux questions des journalistes de TF1, LCI et France 2. Pas question de changer le Premier ministre, disait-il à l’époque. En juillet, on confirme. Des mots de cet entretien nous reviennent en mémoire et en vrac, notamment ceux évoquant cette « tendance de nos démocraties à vouloir s’abstraire de la réalité ». La réalité nous a explosé à la figure, fin juin, début juillet.

Ce 22 mars, Macron avait choisi le créneau du JT de la mi-journée. Celui de son électorat de prédilection. Et, ce 24 juillet, coucou, le revoilou ! Quatre mois après, il va renouveler l’exercice : il sera l’invité des JT de la mi-journée de TF1 et France 2. Décidément, le chef de l’État va finir par devenir un adepte de cette tranche horaire. Brigitte Macron devrait lui souffler à l’oreille de rappeler de sa retraite Danièle Gilbert.

Innovation, cependant, cette interview aura lieu à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. Le JT de 13 heures est celui des « territoires », comme ils disent. Ce sera, donc - on l’imagine, on l’espère - l’occasion de rappeler que ce territoire est une parcelle du bout du monde de la République française. La France y exerce sa souveraineté. Souveraineté ? Un mot qu’Emmanuel Macron répugne à employer lorsqu’il s’agit de la France. Jeudi dernier, à l’issue du Conseil des ministres, le Président, en traçant sa feuille de route de parfait technocrate, pour les prochains mois (on a compris que cet homme est un adepte du cabotage, pas du long cours !), a évoqué notre indépendance nationale (économique, numérique, militaire, diplomatique ; je cite de mémoire). Pas une seule fois il n’a employé le mot « souveraineté », visiblement réservé à l’Union européenne. Cela doit être pécher que de l’employer pour la France !

Mais on imagine aussi qu’Emmanuel Macron va vouloir dire des choses aux Français, après les jours terribles qu’ils ont vécus ou dont ils ont été témoins devant leur téléviseur. Mais lui a-t-on dit, à Emmanuel Macron, que les Français, en ce 24 juillet, ont sans doute la tête ailleurs ? Peut-on, du reste, le leur reprocher ? Pour ceux qui peuvent partir en vacances (ils sont moins nombreux que jadis, comme le rappelait, la semaine dernière, Arnaud Florac), il y a sans doute ce besoin légitime de « s’abstraire de la réalité », au moins quelques jours. Alors, qui va écouter ça ? À l’heure où l’on achève son deuxième pastis avec la mer pour seul horizon et les cigales comme bruit de fond. Où l’on va coucher les tout-petits en leur disant qu’ils iront se baigner seulement si on ne les entend pas pendant la sieste. À l’heure, aussi, où des millions de Français travaillent encore, malgré la chaleur. On lui a dit tout ça ? Probablement. Mais, depuis longtemps, on a bien compris qu’il ne s’adresse qu’à lui-même et qu’au final, il sera sans doute très content de lui.

8173 vues

23 juillet 2023 à 18:40

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

48 commentaires

  1. Bien sûr je ne l’ai pas écouté, même boycotté toutes les chaînes d’info qui continuent à montrer des extraits de ce pantin triste qui se prend pourtant pour Jupiter ! D’ailleurs, cet honnête président machiavélique donnera t’il e bilan carbone de cette intervention à Nouméa. Il paraît que sa priorité serait l’écologie, mais aussi l’école, et peut-être la sécurité mais aussi l’immigration …. Heureusement que ce mauvais théâtre, que ces textes rédigés par de cabinets conseil à la botte du fric et des Etats Unis, textes lus par un très mauvais comédien, que toute cette mascarade prend de moins en moins auprès des Français échaudés et de plus en plus lucides.

Les commentaires sont fermés.