Le fameux droit du sol est une de ces vaches sacrées de notre République. Il serait donc, par définition, intouchable. « Un des piliers fondamentaux de notre République », déclare le député LFI des Bouches-du-Rhône Manuel Bompard, vent debout, comme toute la gauche, par les propos de Gérald Darmanin qui veut modifier l’application de ce droit à Mayotte en passant par une révision constitutionnelle.

Droit du sol : un droit fondamental ?

Droit fondamental, vraiment ? En 1993, le Conseil constitutionnel avait été saisi par des députés de gauche (socialistes et communistes) concernant une réforme (déjà !) du Code de la nationalité. Ces parlementaires estimaient notamment que le projet de loi porté par la majorité de droite (on était sous Édouard Balladur) méconnaissait « un principe fondamental reconnu par les lois de la République ». Déjà ! Voici la réponse du Conseil constitutionnel à l’époque : « Le législateur a posé en 1851 et réaffirmé à plusieurs reprises en 1874, 1889 et 1927 la règle selon laquelle est français tout individu né en France d’un étranger qui lui-même y est né, il n’a conféré un caractère absolu à cette règle qu’en 1889 pour répondre notamment aux exigences de la conscription… » De quoi relativiser les embardées lyriques de la gauche sur ce sujet. Ce droit du sol n’est donc pas un droit fondamental. Mais en appeler aux grands principes, aux fameuses « valeurs » de la République, s’appuyer sur ces supposés « piliers fondamentaux » est un grand classique à gauche pour mobiliser ses troupes et tenter de faire rentrer la « bête immonde » dans sa tanière.

Plus d'immigration pour lutter contre l'immigration...

Les habitants de Mayotte n’en peuvent plus de la submersion migratoire ? Manuel Bompard, comme toute la gauche, a la solution : « Je crois que pour résoudre les problèmes de Mayotte, on n’a pas besoin de moins de République, on a besoin de plus de République et donc certainement pas le fait d’entamer le droit du sol… » C’est quoi, « plus de République » ? Investissement dans les services publics, nous dit l'insoumis. Sans doute. Renégociation avec les Comores ? Très bien, mais si les Comores ne veulent pas renégocier, on fait quoi, on envoie la canonnière ? Et puis, « plus de République » - nous y voilà -, c’est aussi, pour Bompard, accueillir une partie des mineurs étrangers présents sur l’île dans l’Hexagone. En fait, à l’écouter, on n’a pas besoin de plus de République mais de plus d’immigration. On n’y avait pas pensé.

La République une et indivisible ?

Autre étendard brandi à gauche après la déclaration de Darmanin : l’indivisibilité de la République. Elle est menacée, estime l’historien de gauche Patrick Weil, spécialiste des questions d’immigration et de citoyenneté et directeur de recherche au CNRS et, accessoirement, ancien membre du PS. On répondra que dans son Histoire, la République a montré à de nombreuses occasions qu’elle n’était pas si indivisible que ça. Ainsi, durant la période coloniale en Algérie, la République ne semblait pas trop inquiète pour son indivisibilité lorsqu’elle accordait des droits différents aux Européens et aux indigènes musulmans. Encore moins lorsqu’elle accorda l’indépendance à l’Algérie, constituée de départements français…

Pour la gauche, l'occasion de repartir en guerre

Mais on l’aura compris, les propos de Darmanin sont pour la gauche l’occasion de repartir en guerre, moins de deux mois après la bataille sur la loi Immigration. Une guerre de postures plus que de positions. Tout était d’ailleurs écrit et la bataille s’est terminée en jus de boudin grâce aux charcutiers du Conseil constitutionnel. Darmanin, qui parle vite et beaucoup, a donc évoqué une révision de la Constitution pour revenir sur le droit du sol à Mayotte. La démarche prospérera-t-elle ? Il faut l’espérer pour les habitants de Mayotte. Là où la gauche a raison, c’est que cette remise en cause du droit du sol dans un département ne peut qu’amener à une réflexion plus large, c’est-à-dire pour l’ensemble du territoire de la République, dans un contexte de non-maîtrise de l’immigration. Mais, entre nous, il ne faut pas trop compter sur Darmanin.

Quoique ! Le 15 mars 2018, celui qui était alors ministre de l’Action et des Comptes publics était face à Jean-Marie Le Pen. Vient la question de Mayotte. Le Menhir dénonce une situation déjà catastrophique à l'époque. Mais cela ne fait que dix mois que nous sommes aux affaires, lui répond Darmanin. Aujourd’hui, cela fait bientôt sept ans qu’ils y sont… Et pas question, à l’époque, de revenir sur le droit du sol, rétorquait-il à Le Pen : « Il n’y a pas deux catégories de territoires », déclarait un Darmanin, très républicain. Si, quand même un peu, non, avec ces tristement célèbres « territoires perdus de la République »...

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12 février 2024 à 20:03

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39 commentaires

  1. Le droit au sol c’st uniquement pour les Français Français .
    Je veux pas que mon pays disparaisse.

  2. Le droit du sol, une antienne qui revient toujours et pourtant en France le droit du Sang, autrefois, était la base de l’appartenance à un Pays !!! Mes amis légionnaires qui après 15 de service pour la France ont eu la dure réalité de savoir qu’ils n’étaient pas « encore » FRANÇAIS » alors que ces « racailles étrangères » qui sont nés en France eux ils étaient français par leur lieu de naissance…. Français par le sang versé? il a fallu attendre longtemps avant que cette décision soit prise pour les soldats « étrangers » qui ont servi la France ET QUI LA RESPECTE POUR, EUX, DEVENIR enfin français…. Un certain Jean Marie LE PEN a et avait déjà raison !

  3. Qu’attendons-nous pour organiser une demande conjointe entre tous les patriotes RN, Reconquête, Debout la France , Patriotes de F Philippot pour supprimer le droit du sol par voie référendaire et ceci avant les élections européennes, ceci n’implique pas une liste unique! Cette démarche commune renforcera la mobilisation des patriotes pour ce scrutin car son enjeu est bien la souveraineté française sur l’UE et la maîtrise par la France de son immigration; nous verrons bien si LR se joint aux patriotes ou s’ils se macronisent ! Les patriotes qui refuseraient cette coalition perdraient leur crédibilité

  4. Dans ces polémiques sur ce qui est conforme ou non à la Constitution, que ce soit pour le droit du sol ou pour l’immigration, je m’étonne que personne, apparemment, ne se réfère à l’article 75 de ladite Constitution, et au « statut personnel » des Mahorais.

  5. L’idéologie socialiste commence à réaliser que devant des émeutes et des tueries il faille agir . Les paroles à quelques cablures des élections européennes font un écran de fumée mais les faits ne seront pas aux rendez vous tant les procédures avec l’Europe bloqueront toutes initiatives. Nous le voyons avec la réforme de l’immigration retoquée par le conseil constitutionnel . Les progressistes et l’extrême gauche sont des immigrationistes c’est leur ADN et c’est devant le mur comme à Mayotte qu’il prennent conscience des dégâts. Les lanceurs d’alertes comme Le Pen, Zemmour, ou de Villiers ne furent pas entendu. Que de temps perdu quand l’idéologie socialiste nous tient !!!

  6. Le droit du sol ou le sol de  » non droit » ?
    Quand les piliers de la République s’effondrent menaçant l’ État de  » droit  » et laissant s’étendre les territoires perdus, que reste t’il du  » droit  » ? Un concept fragile manipulé par une idéologie mortifère ?

  7. Abandon du visa de territorialité à Mayotte
    Actuellement, les étrangers régularisés bénéficient d’un visa limité leur interdisant de gagner la métropole. La suppression de ce visa strictement local va donc se traduire par un afflux de migrants vers le territoire métropolitain. On déplace le problème et on l’aggrave chez nous, alors que Darmanin veut évacuer nos migrants de Paris vers la province.
    En conclusion, rien de sérieux n’est entrepris. La suppression locale du droit du sol, si elle aboutit après une modification de la Constitution, ne changera rien.
    Tout le monde sait que Mayotte, avec un visa désormais national et non limité localement, sera la porte idéale pour gagner l’Europe. Ce sera le plus grand appel d’air que puissent espérer les Africains et les Comoriens.
    Mais il est clair que Macron n’a aucune intention de limiter l’immigration. En 2027, il nous léguera un champ de ruines, en proie à un chaos racial sans précédent. C’est cela le programme mondialiste. Mayotte n’est que le laboratoire expérimental du grand village mondial de demain, sans nations ni frontières.

  8. DARMANIN aux affaires, il.suffit aux vents dominants de tourner et le tour est joué !
    Opportuniste, sans aucun doute.
    Maintenant que la boîte de Pandore est ouverte, plus moyen de faire semblant, il faudra trancher dans le vif ; trancher, oui…

  9. Droit su sol , droit de qui et pourquoi ? Les déclarations du chevalier Bayard Darmanin ne sont que de la communication pour contourner la vérité. D’une part le droit du sol est inscrit dans la constitution française et pourquoi Mayotte et pas l’ensemble de la République française ? En outre le gouvernement du gouvernement qu’est devenu illégalement le conseil constitutionnel refusera comme pour la loi sur l’immigration. Tous ces décideurs ne connaissent pas la réalité ils vivent dans leur cocon et ne pensent qu’à leur carrière. En France rien ne va plus par la faute de ces politicouards.

    1. effectivement, macron à probablement déjà pris contact avec le CC, pour leur demander ce qu’ils peuvent faire pour annuler sous prétexte de constitution cette loi !

  10. Valeur fondamentale de la République????
    1315 un édit de Louis X, 1515 un édit de François 1er où était-elle cette République???
    A l’époque le droit du sol rattachait l’enfant à la terre de sa naissance qui elle-même était rattachée au seigneur qui la possédait.
    Donc pour le seigneur une façon de s’enrichir. Aujourd’hui c’est une façon de s’appauvrir.
    ARRÊTONS de nous suicider.

    1. Certains commentateurs détournent d’ailleurs le sens de l’édit de 1315 de Louis X Le Hutin. Cet édit n’a rien à voir avec un quelconque code de la nationalité, notion anachroniqueau XIV° siècle. Il stipule que l’on ne peut naître serf ou esclave. A la naissance on est un homme « franc ». « Franc » n’a rien à voir avec « français ». Dans ce contexte il avait le sens de « libre ».

  11. Simple formule médiatique ! Le problème sera résolu sans ce détournement de la fonction principale de cette annonce, détourner l’intérêt des français. Les migrants arriveront directement en France avec l’aval de macron et darmanin et le problème sera résolu pour Mayotte. De plus il faudra vivre très vieux pour voir un quelconque micro-changement dans cette loi du sol ! Mais il n’est pas défendu de rêver, il suffit de voir les lr !

    1. De changement, il n’y en aura point, puisque les personnes de culture française et chrétienne, ou juive, auront disparue sur notre sol, ou n’auront plus que la qualité de dhimmis, astreints à obéir aux lois islamiques, ou à rester replié sur soi. Peut-être l’exil pourea être envisagé, en Hongrie ou Pologne, si ces dryx pays tiennent le coup ! Qui pour appliquer les bonnes décisions ? Le président du Salvador, lui, a pris les choses en mains en choisissant une politique sans complaisance.

  12. … « Un pilier fondamental de notre République… »
    Alors, s’il s’agit d’un pilier, alors notre République est bien une bien mauvaise bâtisseuse.
    Ce pilier a été planté dans le sable mouvant sans protection, et menace la République de déstabilisation, d’effondrement, d’effondrement.
    Notre Darmanin national, fanfaron de la fin du vivre-ensembles par le droit du sol à Mayotte, vient de se tirer une balle dans le pied.
    Macron et ses sbires annonçaient qu’il étaient près à écouter Marine Le Pen, eux aussi se sont tirés une balle dans leur pied.
    En annonçant « fiers comme un bar tabac » ; comme disait notre regretté Coluche, qui en avait bien d’autres contre les politiques ; avec l’aide des journalistes politiques aux ordres, sans réfléchir aux conséquences, ils se sont précipités vers l’inconnu, qui les prend de court.
    Maintenant les français demandent, que dis-je « demandent », ils exigent que la loi soit appliquée sur l’ensemble du territoire de la République !
    Et pan, est pris qui croyait prendre !
    Quelle bonheur de voir ces gens-là passer pour ce qu’ils sont, rien que des amateurs, des branquignols, des bons à rien, des nuls en tout.
    Il ont ouvert la boîte de Pandore, que les deux chambres réunies en congrès risquent bien de renverser.
    Et que le Conseil des sages constitutionels devra accepter, que ça leur plaise ou non.
    Tout ça promet des semaines et mois turbulents pour la Macronie… Enfin !

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