Emmanuel Macron a annoncé, la semaine dernière, à la presse quotidienne régionale le calendrier du déconfinement. Logique sanitaire ou politique ? Le Dr Bertrand Legrand livre son analyse au micro de Boulevard Voltaire.

 

 

Emmanuel Macron l’a annoncé il y a quelques jours, le grand plan de déconfinement a commencé ce matin. Ce plan de déconfinement a-t-il une logique autre que politique ? Cette soudaine envie de déconfiner a quelque chose de presque anachronique, comparé aux décisions prises précédemment.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron est en train d’appliquer un confinement et un déconfinement sur exactement le même nombre de patients malades en réanimation et sur exactement le même nombre de contaminations avant et après déconfinement. Lorsqu’on regarde la courbe, on se trouve face à un plateau. On a pris un point au démarrage et à la fin et il ne s’est rien passé entre les deux.
Médicalement parlant, je suis un peu perdu. Je comprends que ce soit un peu compliqué pour les auditeurs de comprendre qu’un médecin soit perdu, mais là, d’un point de vue purement médical, strictement rien n’a changé. D’une certaine manière, c’est un peu logique puisque l’on n’a pas changé les règles d’isolement et notre capacité à vacciner. C’est normal que tout soit exactement pareil.

Au vu de votre réponse, on serait tenté de se demander si Emmanuel Macron ne gérerait pas cette crise avec un autre calendrier en ligne de vue qui serait celui, plus politique et plus pragmatique, des élections régionales et présidentielles.

Si on regarde le prisme des élections régionales qui arrivent, il est assez évident que La République en marche va avoir du mal à se pointer aux élections et dire que la deuxième et troisième vague qui ne devaient pas arriver sont finalement arrivées, que la France soit dans les derniers pays de l’Europe à vacciner, que l’on vient juste de se faire dépasser par l’Allemagne et qu’en France, on continue d’être l’exception mondiale de la plus courte durée d’isolement des patients positifs. Le plus drôle sera en juin, juillet, août, lorsque tout le monde s’attendra à avoir des vacances. Il vaudrait mieux que l’épidémie s’arrête d’elle-même, car si c’est le gouvernement qui est à la manœuvre, on ne sera pas en vacances mais tous confinés. Emmanuel Macron veut vivre avec le Covid. C’est un choix de société. Son choix est d’avoir plus de 100.000 morts, de laisser des gens se contaminer et de choisir de ne pas discriminer le pauvre malade totalement irresponsable d’être malade. La maladie, c’est pas de la politique. Lorsqu’on est malade et qu’on est contagieux, il faut s’isoler. Je n’en veux pas à ces gens-là.

Aucun choix n’a jamais été posé. Hormis le premier confinement qui a été très drastique, nous avons toujours été sur de la demi-mesure. En réalité, le gouvernement français n’a jamais tranché cette question-là comme les Britanniques ou les Italiens ont pu le faire.

On a définitivement retiré de la tête des gens, la capacité à lutter contre une épidémie. Vous êtes en train de me dire que les deux solutions qui s’opposeraient seraient, d’un côté, vivre avec le Covid et, de l’autre côté, faire un confinement dur. En réalité, gérer une épidémie, c’est isoler correctement les malades, quitte à leur faire supprimer des libertés individuelles.

Le gouvernement français agit depuis le début comme si les gens n’avaient aucune responsabilité individuelle. Des gens organisent des dîners ou des déjeuners en respectant la légalité de la chose et sont menacés d’être mis en examen pour mise en danger de la vie d’autrui, alors qu’ils invitent à déjeuner des personnes « responsables, majeures et vaccinées » qui peuvent prendre le soin de se faire tester avant.

C’est très difficile de savoir à partir de quand on supprime une liberté individuelle et pour quelle raison. Faut-il supprimer les libertés individuelles des gens négatifs ou faut-il supprimer les libertés individuelles des gens positifs en les surveillant ? Est-ce honteux de surveiller des malades ? Personnellement, lorsqu’il y a un risque de contamination, j’aurais tendance à vouloir résoudre le problème du contaminateur plutôt que d’empêcher des gens de se contaminer. Après, c’est une vision politique totalement différente. Emmanuel Macron sert bien la vision de gauche dans la victimisation et où l’auteur des faits est une victime. C’est un choix politique. On ne le voit pas uniquement en matière de traitement sanitaire. On le voit aussi dans un grand nombre d’autres problèmes de société. Il reste sur la même philosophie…
Ce clivage droite/gauche qui a été animé par Macron est-il l’ensemble des valeurs de la déresponsabilisation qui est censée arriver au pouvoir ? C’est une vraie question politique que l’on peut se poser.

3 mai 2021

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