Le 14 février 2003, Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac, prononçait un discours demeuré fameux dans l’enceinte de l’ONU. À l’époque, le flamboyant ministre tente désespérément d’éviter l’équipée militaire américaine en Irak, fondée sur des mensonges d’État tels que la participation du président Saddam Hussein aux menées terroristes d’Al-Qaïda et ces « armes de destruction massive » qu’il aurait stockées.

D’où ces mots depuis entrés dans l’Histoire : « Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix. Et c’est un vieux pays, la France, d’un Vieux Continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. […] Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur. »

Une fois n’est pas coutume, fut longuement applaudi par une grande partie des délégués présents ; à l’exception notoire et prévisible de celui des USA.

Aujourd’hui, avec le discours d’Emmanuel Macron, principalement consacré à la guerre russo-ukrainienne, ce mardi 20 septembre, on voit que si les temps changent, les hommes aussi. Car il ne s’agit plus de faire entendre la voix singulière de la France mais seulement celle de l’Occident ; ou de la Maison-Blanche, pour faire court. Extraits :

« La Russie a délibérément violé la charte des Nations unies et le principe d’égalité des États. […] Elle a décidé, ce faisant, d’ouvrir la voie à d’autres guerres d’annexion, en Asie, en Europe, et peut-être demain en et en Amérique latine. » Là, on se pince. Car au-delà du procès d’intention, on voit mal le Kremlin déclarer la guerre à autant de pays sur autant de continents. Au contraire des USA et de l’OTAN, son bras armé qui, eux, ont occupé ou frappé militairement des nations telles que l’Afghanistan, l’Irak, la Serbie tout en menaçant, lors du mandat de Donald Trump, d’envahir le Venezuela. Mais il est vrai que depuis sa fondation, en 1776, ce pays n’a jamais cessé d’être en guerre.

« L’universalité de notre organisation n’est au service d’aucune hégémonie. » Ce « notre » est assez révélateur, l’ n’étant pas le « machin », ni de la France, ni de l’Amérique du Nord ; mais seulement une instance censée représenter tous les pays de la planète.

Le 14 septembre, Ursula von der Leyen, patronne de la Commission européenne, à l’occasion de sa causerie sur « l’état de l’Union » - autre emprunt sémantico-politique aux Américains -, avait déjà tracé le chemin, faisant siennes les inquiétudes de Washington vis-à-vis de la montée en puissance de Pékin. Comme si l’agenda européen était devenu américain… Très logiquement, Emmanuel Macron était donc là pour parfaire une feuille de route n’ayant d’européen que le nom, tançant ces États dont le seul crime consiste à manifester une certaine tiédeur à soutenir cette guerre menée par les USA contre la Russie, par Ukrainiens interposés.

Ainsi affirme-t-il : « Qui voudrait mimer le combat des non-alignés se trompe et prend une responsabilité historique [...] Ceux qui se taisent aujourd’hui servent malgré eux, ou secrètement avec une certaine complicité, la cause du nouvel impérialisme, d’un cynisme contemporain qui désagrège notre ordre international sans lequel la paix n’est pas possible. » En ligne de mire ? L’ subsaharienne, le monde musulman, arabe ou non, l’Inde, l’Indonésie, la Chine, la Malaisie, et encore, on en oublie ; même s’il s’agit là de la moitié de la communauté internationale.

Interrogé par Europe 1, ce 19 septembre, Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac, remarquait en substance que le rôle de notre diplomatie consistait à tenter de résoudre les conflits et non point à les attiser, et qu’il fallait bien admettre que l’Occident n’était plus maître du monde et qu’on ne pouvait continuer à traiter les anciens pays colonisés comme s’ils étaient toujours des colonies. Soit un constat sage et lucide. Mais ces deux épithètes peuvent-elles encore être attribuées à Emmanuel Macron ? Il est à croire que non, puisque se comportant à l’ONU tel un vulgaire petit télégraphiste de la Maison-Blanche. Plus que jamais, ce qui nous sert de roi est nu.

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21 septembre 2022

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39 commentaires

  1. Il a oublié de raconter ce qui a poussé Poutine à envahir l’Ukraine , l’impérialisme américain avançant ses pions autour de la Russie.

  2. Vous avez remarqué qu’il était très peu question de la guerre en Arménie durant ce sommet ?
    Pourquoi diable parle-t-on si peu de cette guerre, bien plus terrible encore, vu qu’elle est à minima une épuration ethnique, voir un génocide ?
    Si je peux vous éclairer, il se trouve que les armes qui tuent les Arméniens on peut lire les lettres NATO (OTAN en français) et que d’après le site officiel de l’OTAN, il y a une collaboration militaire et financière entre l’OTAN et l’Azerbaïdjan, le pays agresseur.
    Saviez-vous que l’Arménie était totalement inféodée à la Russie ?
    Pour rappel, l’attaque de l’Arménie par l’Azerbaïdjan précède l’attaque Russe en Ukraine d’à peine un an.

  3. Quand Macron parle comme cela, concernant les populations des pays non alignés qui refuseraient l’ordre anglosaxon , on aurait envie de lui dire; mais pourquoi fais-tu entrer ,dans ton propre pays, autant de populations issus de ces pays réfractaires à la politiques internationale des pays occidentaux alignés derrière l’OTAN ?? Pour ensuite les dispatcher dans tout le pays !
    Fidèle à la pratique du « en même temps » funambulesque, a-t-il des visées différents pour son propre pays ? Suit-il à la lettre un agenda pour communautariser la société et donc affaiblir les chances pour la France de retrouver sa souveraineté et défendre ses propres intérêts . Il semble bien chez Macron que les intérêts de l’administration Biden se mêlent étroitement à ceux de la France .
    Un autre question que l’on pourrait se poser légitimement concernant l’aide militaire à l’Ukraine ; est ce que nous aidons les Ukrainiens à empêcher les Russes d’aller trop loin dans leur offensive , ou aidons nous Biden à virer Poutine de la Russie ? Les deux mon général ,pourrait -être la réponse de Macron !

  4. La haine dans les yeux et la hargne dans le ton démontrent bien cet esprit guerrier qui anime macron.
    La France n’est plus rien dans le concert des nations et de tels propos fustigeants plus de la moitié de la planète ne sont pas ceux d’une grande nation.
    Il aurait pu mettre ses baskets et ses lunettes de soleil pour faire « star »…

  5. Veuillez m’excuser d’aller à contre courant, mais quand même, la guerre en Ukraine ressemble quand même pas mal à Hitler et les Sudètes. S’il avait voulu faire respecter les accords de Minsk, Poutine pouvait très bien faire un chantage au gaz pour forcer les européens à se bouger et l’Ukraine a respecter les accords en question, avant d’envoyer les chars, et de tuer de part et d’autre plus de 50000 personnes (pour l’instant). On est quand même dans un cas où il n’y a pas photo, Poutine a envahi un pays, et rien n’empêche d’imaginer que la situation ne va pas empirer. Il s’est mis dans de beaux draps et nous aussi.

    1. Bien sûr
      Putin aurait pu intelligemment soutenir politiquement financièrement l’opposition russophile ukrainienne comme il le fait en Lettonie et dans tous les pays de l’ex-urss
      Mais dictateur depuis trop longtemps entouré de sycophantes, enfermé dans une mentalité paranoïaque de kgbiste de la guerre froide,il a voulu se prendre pour le tsar maintenant son avenir personnel est sombre

  6. Le pion des démocrates américains peut dire ce qu’il veut, le modèle américain né fait plus rêver.
    Aujourd’hui, ma priorité est même de m’en défendre et de faire que mon petit village ne devienne pas un camp de migrants afin que mes enfants ne se fassent pas massacrer par l’évidente 5eme colonne islamiste.
    Alors franchement, j’assume complètement de dire que je préférerais Poutine à Macron ou Biden.

  7. c est abominable la russie bombarderait des populations civiles un crime de guerre apparement qui vaudrait des poursuites …
    pas comme dresde , cologne ; hiroshima, nagasaki , le viernam, l irak….

  8. Ce qui est également remarquable dans ce discours présidentiel, c’est l’usage nouveau de concepts wokes clairement énoncés. Je frémis à l’idée de ce qui va être de ce quinquennat avec un copain de Trudeau à la barre.

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