Editoriaux - International - Religion - 21 septembre 2019

Depuis l’Afrique, de nouvelles cloches sonnent fort et clair !

Alors qu’en terre chrétienne de France des lieux de culte catholique sont quotidiennement profanés et des objets de culte – dont des cloches – volés dans l’indifférence quasi générale, en Afrique de l’Ouest, une nouvelle cloche sonne fort et clair dans l’enceinte d’un hôpital de province, exemple d’excellence dans l’engagement social utile et le dévouement discret.

C’est à une heure de route au nord d’Abidjan, capitale de la Côte d’Ivoire, que la chapelle de l’hôpital Saint-Jean-Baptiste de Bôdô, à Tiassalé, financée principalement par des entreprises françaises, a été consacrée, avec sa cloche, ce 19 septembre. Cet hôpital pluridisciplinaire moderne, inauguré en 2015, a déjà sauvé de nombreuses vies. Géré par l’Ordre de Malte France (OMF), il est actuellement dirigé par un ancien médecin militaire français dévoué (1).

Disposant d’un personnel religieux africain et français, il bénéficie du soutien actif inestimable d’une structure locale originale, unique et exemplaire: l’Association des amis de l’Ordre de Malte en Côte d’Ivoire (AOMCI), entièrement dévouée sous diverses formes au service de l’Ordre dans une vingtaine de centres médicaux et dispensaires ivoiriens (2). À l’écart du bruit urbain qui ne fait de bien à personne, ici s’applique la devise salésienne selon laquelle « le bien ne fait pas de bruit ».

Cet exemple illustre le contraste croissant entre, d’une part, une Europe techno-matérialiste atteinte d’acédie, forme aiguë de dépression spirituelle parmi d’autres, et une Afrique en pleine vitalité spirituelle décomplexée. En France, la foi s’exprime désormais à couvert de lieux toujours plus confinés ; des cloches d’église jugées trop bruyantes sont menacées de bâillonnement par des « cloches » d’un autre genre qui donnent le bourdon, activistes laïcards et étrangers sans-gêne qu’on accueille inconsidérément au son de « Bienvenue chez vous ! » ; et des autorités politiques incultes voudraient réduire la cathédrale Notre-Dame de Paris à un lieu de transhumance pour troupeaux de touristes argentés. En Afrique, si proche et pourtant si loin, on peut encore exprimer ouvertement sa foi dans le respect des autres religions et spiritualités, du moins à distance des zones tenues par les islamistes qui profitent de la défaillance sécuritaire des États pour agrandir leurs territoires.

La longue et belle messe de consécration de la chapelle de Bôdô-Tiassalé, célébrée par l’évêque, a réuni deux cents personnes de tous milieux, autorités politiques et administratives locales, diplomates, membres du secteur privé et de la société civile, population locale, patients, réunis dans une même ferveur. L’occasion, pour le célébrant, de rappeler à juste titre les autorités publiques à leurs devoirs de service de l’intérêt général (sens souvent oublié de « ministère ») et de compassion envers les pauvres et les malades, laissés-pour-compte de la croissance. On pourrait ajouter que ces ONG ne devraient pas être indéfiniment considérées par les dirigeants locaux comme des substituts à leurs propres obligations, alors que les budgets existent mais sont bien mal employés, quand ils ne sont pas détournés.

Finalement, c’est à cinq mille kilomètres de la métropole qu’un Français pouvait se sentir davantage « chez lui », en accord avec sa culture et ses valeurs. Exemple de rapport coût/qualité/utilité, l’AOMCI est un modèle d’engagement sociétal spontané et gratuit, plus discret mais tellement plus efficace que les obligations légales et intéressées de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), qui servent trop souvent d’argument marketing sans réalité.

Souhaitons que de nombreuses cloches africaines continuent de résonner jusqu’en France pour que celle-ci n’oublie pas définitivement son identité et ses racines chrétiennes.

(1) Fondé à Jérusalem au XIe siècle, l’Ordre militaire souverain hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte (Ordre de Malte), neutre, impartial et apolitique, réalise des projets médicaux, sociaux et humanitaires dans 120 pays.

(2) Association des amis de l’Ordre de Malte Côte d’Ivoire (AOMCI)

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