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Editoriaux - Polémiques - Politique - 19 février 2020

Dégueulasse : vous avez dit dégueulasse ?

« Le droit pénal ne peut pas tout, même devant des propos déshonorants et dégueulasses. » Propos de l’avocat pénaliste Éric Morain, recueillis par Le HuffPost, après la dernière embardée médiatique de . Chargé du service de nettoyage après Griveaux, le ministre de l’Intérieur réglait son compte sur RTL, ce mercredi matin, à son ex-petit camarade , premier secrétaire du Parti socialiste.

« Les politiques doivent rester des femmes et des hommes, sinon ils se coupent de la réalité. » Jusque-là, rien à dire. Castaner va nous la faire dans l’humain, le compatissant, dans la bienveillance, comme on disait à la haute époque macronienne. Quelque chose trempé dans l’eau bénite, du genre : « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre, nous ne sommes pas en bois (on a vu), dans ce corps fragile bat un petit cœur saignant », etc. Et puis, immédiatement, au virage, le petit tacle, la petite frappe, sur le registre allusif : « J’ai été surpris d’entendre à votre micro Olivier Faure, que je connais bien et que j’ai accompagné dans ses divorces. J’ai été étonné de ses leçons de morale. »

D’abord, de quelles leçons de morale s’agit-il ? La veille, le premier secrétaire du Parti socialiste avait déclaré, sur la même antenne, que Griveaux avait fait preuve d’une « légèreté incroyable ». Le moins qu’on puisse dire. Ajoutant : « Quand vous êtes un homme ou une femme publique, un décideur public, un ministre, vous devez prendre toutes les précautions d’usage pour ne jamais être à la portée des maîtres chanteurs. » Cela ne s’appelle pas une leçon de morale mais tout simplement une recommandation de prudence. À aucun moment Olivier Faure n’a émis le moindre jugement de valeur sur les prouesses de Benjamin Griveaux devant son ordinateur ou son téléphone portable. Une leçon de morale, cela aurait été, par exemple : « Pas de boogie-woogie avant de faire vos prières du soir. » Que voulez-vous, comme souvent chez Castaner, cette terrible difficulté à employer les mots corrects pour qualifier une situation.

Ensuite, en quoi l’allusion aux divorces de Faure apporte-t-elle quelque chose au débat ? D’ailleurs, comment comprendre ces propos ? Comme ceci, par exemple : « Il ne manque pas d’air, Olivier Faure. Il donne des leçons de morale alors qu’il est divorcé. » Serait-il scandaleux de divorcer ? Si oui, il y a du souci à se faire au plus haut niveau de l’État… L’on comprend, alors, qu’Olivier Faure estime que Castaner a « commis une faute grave » et demande au président de la République de convoquer son homme de main.

« Le droit pénal ne peut pas tout, même devant des propos déshonorants et dégueulasses. » Pas tout, mais un peu, quand même. Par exemple, comme dans cette affaire remontant à 1995, évoquée par Marianne, l’an passé, dans laquelle un certain Christophe Castaner, secrétaire général adjoint de la mairie d’Avignon, avait été impliqué. Une sordide affaire de diffusion de bande dessinée à caractère pornographique à l’occasion des élections municipales, où l’on voyait Marie-Josée Roig, candidate RPR à la mairie, caricaturée en dinde et se faisant empapaouter par Alain Dufaut, aujourd’hui sénateur de Vaucluse. À la sortie du procès, l’avocat de Marie-Josée Roig avait déclaré, lit-on dans la presse régionale de l’époque, « ce qui est dégueulasse, c’est que Marie-Josée Roig n’a pas été attaquée sur ses fonctions d’élue, de député ou de candidate, mais en sa qualité de femme ». « Dégueulasse » : il y a, comme ça, des mots qui ne se démodent pas.

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