Editoriaux - Société - 13 octobre 2019

De l’Égalité à la Fraternité universelles ?

L’extension de la PMA se veut un progrès puisqu’il s’agit de rendre égales les femmes pour assouvir leur désir parental. C’est pourquoi les médias peuvent rapporter qu’une majorité de Français est favorable à la PMA pour toutes. Si la question posée est du type « Voulez-vous que toutes les femmes aient le même accès à la PMA ? », une majorité de sondés acquiesce, par attirance pour l’égalité. Mais d’un autre point de vue, à la question « Pensez-vous que tous les enfants doivent bénéficier d’une mère et d’un père ? », la majorité répond aussi positivement. Cette seconde réponse peut s’inscrire dans le même principe d’égalité, mais s’oppose à l’extension de la PMA. Cette contradiction, comme la réticence de l’Académie de médecine, est minimisée dans les médias. On y veut le débat clos : « Pourquoi manifester alors que l’article de loi est voté ? » Celui sur la GPA sera bientôt terminé.

Chacun sait que le même principe égalitaire conduit de la PMA pour toutes à la GPA. Des couples d’hommes ont le même projet que les couples de femmes et nous avons un secrétariat à l’Égalité entre les femmes et les hommes. À défaut d’utérus artificiel, reste un seul frein : la nécessité de louer un ventre, acte plus contraignant qu’un don de sperme. On avancera pas à pas. D’abord par des locations offertes ou remboursées à l’étranger, puis on trouvera qu’il y a une justice à rémunérer ces femmes altruistes, surtout si, déjà, on devait payer des fournisseurs de sperme pour pallier une pénurie de donneurs. On peut déjà franchir les Pyrénées pour sa GPA ou PMA sans père ou post-mortem. Harmonisation européenne et liberté du commerce seront les catalyseurs du progrès.

Cette révolution laissera encore des désirs inassouvis et des frontières à dépasser. Si la filiation n’est pas biologique, mais un simple projet, pourquoi en effet s’opposer à ce que trois personnes ou plus soient coparents, comme l’envisage Bastien Lachaud ? Des enfants auront alors un seul parent, d’autres bien plus. Cette nouvelle inégalité de naissance choquera. Ceux ayant un père et une mère seront déclarés privilégiés si une étude sociétale montre qu’ils vivent mieux. On pourrait alors adopter le projet que les futurs enfants aient pour parents l’État. Égalité parentale parfaite et, du même coup, Fraternité établie et économie du livret de famille. L’éducation serait, bien sûr, collective pour que les enfants restent égaux.

Cela parait très exagéré, mais ne glisse-t-on pas sur cette pente ? La scolarité devient obligatoire toujours plus tôt pour ne pas reproduire les inégalités des parents. À côté, le temps dévolu aux écrans et « réseaux sociaux » réduit encore l’empreinte parentale. La porosité des frontières dissout les peuples. La théorie du genre et le féminisme dévoyé confondent les sexes, à l’image de la poupée Barbie™ unisexe. À force d’égalité, l’être humain s’uniformise. En même temps, beaucoup s’inquiètent d’une disparition de la biodiversité. Combien voudront revoir la suprématie de la valeur Égalité portée à l’extrême par les antispécistes ?

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