Editoriaux - Polémiques - Société - 22 septembre 2019

PMA sans père : les réserves d’une institution prestigieuse, l’Académie nationale de médecine

À quelques jours de l’examen de la loi de bioéthique qui, sans aucun doute, élargira l’accès à la PMA à toutes les femmes, l’Académie de médecine (par 69 voix pour, 11 contre et 5 abstentions) attire l’attention sur les possibles conséquences médicales du fait de concevoir délibérément un enfant « privé de père ».

Cette attitude courageuse tranche singulièrement avec celle du Conseil national de l’Ordre des médecins qui, par la voix du président de sa section Éthique et déontologie, avait préféré s’aplatir devant la bien-pensance en estimant inacceptable de « hiérarchiser les demandeurs : couples homosexuels, hétérosexuels et femmes seules doivent être traités sur un pied d’égalité ». Non sans préciser comiquement que « sur ce sujet sensible, il n’est pas dans notre rôle de dire ce qui est bien ou ce qui est mal. L’Ordre des médecins n’est pas une instance moralisatrice. » Alors il faut dissoudre d’urgence la section Éthique et déontologie, non ?

L’Académie de médecine, elle, n’a pas à plaire au pouvoir, et encore moins à s’auto-intoxiquer du gaz de combat médiatique dans lequel nous baignons, sans discerner souvent s’il est plus hilarant que lacrymogène. C’est pourquoi la fine fleur de la médecine française « estime de son devoir » de confirmer ce que le bon peuple ressent intuitivement : la conception délibérée d’un enfant privé de père ne semble pas sans risques pour son développement psychologique et son épanouissement.

« L’argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour l’enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de l’enfant », reconnaît l’Académie, mais elle juge ces études méthodologiquement faibles « en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âge des questions existentielles » et « la figure du père reste pourtant fondatrice pour la personnalité de l’enfant comme le rappellent des pédopsychiatres, pédiatres et psychologues ». Et pour le professeur Jean-François Mattei, rapporteur de l’avis de l’ANM sur franceinfo, « le père et la mère n’ont pas le même rôle dans l’éducation d’un enfant ».

Mais quoique admis depuis des millénaires, ce préjugé typique de vieux mâle blanc ne fait-il pas fi des merveilleuses avancées sociétales contemporaines, dont celle de se genrer chaque matin en fonction de la couleur du ciel ?

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