Editoriaux - Histoire - Société - 5 octobre 2019

Bienheureux Juifs séfarades !

132.000 descendants des Juifs expulsés d’Espagne en 1492, que l’on appelle les Séfarades, viennent de demander la nationalité espagnole. Ils ne seraient, pour l’instant, que 6.000 à l’avoir obtenue en vertu d’une loi votée en 2015, sous le gouvernement Rajoy, en réparation de ce que l’Espagne d’aujourd’hui considère comme une « erreur historique ». Le délai pour faire sa demande a expiré le 30 septembre dernier.

En effet, il y a plus de cinq cents ans, par le décret de l’Alhambra, signé le 31 mars 1492, sous le règne du roi Ferdinand et de la reine Isabelle, les Juifs étaient expulsés d’Espagne. La mesure devait être exécutée avant le 2 août. Rappelons que le 2 janvier de la même année, les deux souverains faisaient leur entrée solennelle à Grenade, mettant fin à huit siècles d’occupation musulmane (de nos jours, on dit pudiquement « présence »). Ce décret ne fut abrogé qu’en… 1967, c’est-à-dire sous Franco !

Cette nouvelle péripétie de la passionnante histoire des Juifs séfarades et de leurs pérégrinations autour du bassin méditerranéen (et même au-delà) devrait nous interpeller au moment où l’on s’apprête, en France, à bousculer les règles de la filiation. Certes, « vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », disait Pascal. Et justement, au-delà des Pyrénées, l’on pratique depuis 2006 la procréation médicale assistée pour les femmes de plus de 18 ans, quels que soient leur état civil (célibataire ou en couple) et orientation sexuelle (hétérosexuelle ou homosexuelle). En clair, on fabrique sans état d’âme des enfants privés de la moitié de leur filiation à tour de bras (140.000 par an).

Mais, dans le même temps, on reconnaît dans ce pays des droits de nationalité à des personnes au motif qu’elles « descendent de ». Des personnes qui doivent prouver leur origine, la faire certifier par un rabbin ou par une enquête généalogique, démontrer une filiation sur quinze à vingt-cinq générations. 3,5 millions d’individus seraient ainsi concernés à travers le monde. En 2014, le gouvernement espagnol, en préparation de cette loi d’expiation, avait d’ailleurs publié une liste de 5.200 noms de famille éligibles à la nationalité espagnole, allant de Abad à Zunzunegui. Pas question, ici, d’être un descendant « d’intention », pour reprendre l’adjectif accolé par nos bricoleurs français de l’humain à la « mère » non génitrice. Au fond, cela s’appelle le droit du sang et pas autrement.

Ainsi, on expie aujourd’hui des actes qui se sont déroulés il y a un demi-millénaire en accordant un droit aux descendants des victimes de ces actes. Pourquoi pas. Comment fera-t-on, dans un demi-millénaire – mais peut-être bien avant ! -, lorsque des descendants de PMA sans père demanderont réparation de les avoir privés volontairement d’une partie de leur histoire ? Bienheureux Juifs séfarades qui peuvent aujourd’hui prouver leur filiation.

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