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Covid-19 en Afrique : le retour du radeau de La Méduse ?

La présence du Covid-19 est officiellement déclarée dans la majorité des cinquante-cinq pays africains. Alors que circulent les diagnostics et les pronostics les plus contradictoires sur l’ampleur de la crise à venir et ses conséquences socio-économiques, des plus scientifiques aux plus incantatoires, peu crédibles car mal informés, on ne peut envisager ce qui s’y prépare qu’en tenant compte de quelques caractéristiques d’un vaste continent désorganisé et livré à lui-même, confronté à un défi majeur d’organisation et de gouvernance qui pourrait lui offrir une occasion inédite d’émancipation.

Le naufrage de la frégate française La Méduse, échouée en juillet 1816 au large de l’actuelle Mauritanie, qui a fait cent soixante morts et dix survivants, nous offre une métaphore éclairante et prophétique. Le célèbre tableau Le Radeau de la Méduse, du peintre-reporter Théodore Géricault, peint deux ans après sur la base de témoignages de rescapés, nous montre dans une scène picturale poignante l’appel au secours de cent cinquante survivants entassés sur un radeau à la dérive.

Comment interpréter la situation actuelle et à venir à la lumière de cette métaphore historique ?

La Méduse, en route vers le Sénégal pour affirmer l’autorité de la France face à la Grande-Bretagne (on pense à la concurrence acharnée des puissances étrangères pour contrôler le continent-réservoir africain, avec la complicité des autorités locales), avait notamment à son bord son futur gouverneur (les institutions de Bretton Woods, agences de développement et bailleurs de fonds institutionnels qui vivent du sous-développement en ).

Plus rapide que les trois autres frégates de la même expédition, le capitaine de La Méduse a voulu distancer les autres (cf. les influences politico-économiques étrangères désordonnées et incompatibles qui créent la confusion dans les domaines régaliens, en particulier de l’Éducation et de la Santé dont l’essentiel des budgets est donné sans conditionnalité ni contrôle à des États défaillants et prédateurs).

Manquant de compétence, le capitaine de La Méduse (les dirigeants africains, les membres de leurs clans et leurs copains cooptés) s’en est remis à un passager qui prétendait connaître l’itinéraire (les innombrables experts étrangers pétris de certitude et de schémas inadaptés, de passage aussi rémunérateur qu’éphémère et inutile alors qu’on trouve sur place de vrais « sachants »). C’est ainsi que le bâtiment s’est échoué sur un banc de sable pourtant connu des navigateurs (l’échec patent des politiques de développement, après celui des décolonisations).

C’est ce qui se passe avec cette crise, aussi « mal barrée » que La Méduse. Les efforts de l’équipage pour la désenliser ont été aussi vains que désespérés (les Africains réalisent qu’ils ne peuvent pas attendre d’aide du reste du monde, soumis au même problème quoique infiniment mieux équipé).

Après quelques jours d’échouage, une violente tempête a provoqué des voies d’eau et brisé la quille (sur fond de communication mensongère, les premiers cas montrent vite l’impréparation totale des systèmes sanitaires, l’inexistence de moyens et de pilotage de crise). L’abandon a été décidé et une liste répartissant les personnes dans les canots de sauvetage constituée en secret (les « rats » locaux et étrangers quittent le navire et les passe-droits fortement rémunérés se multiplient, criminels car ils mettent la vie d’autrui en danger, montrant que tout le monde n’est pas « dans le même bateau »). Le désordre est devenu indescriptible – et ça ne fait que commencer.

Les officiers ont tenté de garder le contrôle de la situation (les autorités locales font ce qu’elles peuvent, mais les ressources municipales sont captées par le trésor national prédateur et redistribuées de façon partielle et discrétionnaire) ; le commandant et les passagers de marque n’ont pas brillé par leur exemple (comme on le voit déjà). Dix-sept hommes sont restés sur l’épave, espérant être secourus plus tard ; trois d’entre eux seulement ont été retrouvés en vie (on recueillera leurs témoignages le moment venu).

Très vite, les amarres n’ont plus relié les chaloupes à la masse considérable du radeau parti à la dérive (l’effet des demi-mesures insuffisantes et mal appliquées). Certaines chaloupes ont gagné la côte mais se sont heurtées à l’hostilité locale (aucune solidarité infra-africaine, mythe persistant, à attendre alors que règnent l’individualisme et la xénophobie). D’autres chaloupes ont atteint leur destination, rejoignant L’Écho et L’Argus amarrés. Parmi les passagers figurait le commandant de La Méduse (!) (on ne doute pas que les « élites » s’en sortiront au mieux).

Les passagers du radeau ont dérivé, causant des noyades, des bagarres et des mutineries, des tentatives de sabordage ainsi que des faits de cannibalisme – au propre comme au figuré – en raison du manque d’eau potable et de vivres (en Afrique, l’économie informelle et les cultures vivrières ne permettront qu’aux ruraux, minoritaires, de s’en sortir). La capture de poissons volants s’est montrée insuffisante (les aides humanitaires en partie détournées, le reste pillé).

On ne souhaite pas aux Africains d’Afrique, ni à ceux qui restent avec eux dans le même bateau, de connaître ce scénario catastrophe. Mais, compte tenu de la mauvaise gouvernance généralisée dont découle le manque total de préparation à ce fléau biologique, on ne peut pas l’exclure alors qu’ici, la vie humaine ne vaut toujours pas cher à « l’argus des droits de l’homme ».

Une fois la crise passée, après avoir demandé des comptes à leurs dirigeants, les Africains prendront peut-être conscience de leurs capacités de résilience et gagneront en confiance pour prendre enfin leur destin en main.

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