Ce n’est pas le titre d’un vieux SAS. Il n’y a pas, dans cette aventure, de coups d’éclat, de coups de poing et autres portés par l’inoxydable Malko Linge. Un coup d’État, les lecteurs de Boulevard Voltaire le savent, vient réellement d’avoir lieu en Guinée. Un de ces coups d’État à l’ancienne, fomentés par la garde présidentielle ou les unités d’élite (ici, les forces spéciales guinéennes) et qui font de l’Afrique, à des milliers d’années et de kilomètres de distance, l’improbable héritière de l’Empire romain finissant.

Ainsi, donc, les hommes du lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, ancien caporal de la Légion étrangère, ont-ils arrêté le président Alpha Condé, 83 ans, qu’ils accusent de tous les maux. Condé, ancien opposant politique, docteur en droit formé à la Sorbonne, avait jadis promis à son peuple d’être le Mandela guinéen. Il n’aura, semble-t-il, été qu’un nouvel avatar de la figure familière du despote africain.

Doumbouya, qui avait été sélectionné, il y a quelques années, pour suivre l’exigeant cursus de notre École de guerre, a délivré un message au peuple immédiatement après sa prise de pouvoir. Treillis retaillé, béret rouge petit format, lunettes de soleil : un look digne de Bigeard, inventeur du style de la guerre d’Algérie. Les leçons ont porté. Sur son gilet de combat, un casque antibruit, normalement utilisé pour les exercices de tir – symbole de statut dans un pays très pauvre ou goût du confort légèrement déplacé dans ces circonstances ? C’est amusant, en tout cas. Le nouveau maître de Conakry a déclaré vouloir mettre un terme à la corruption, à la dictature et à la « gabegie financière ». On ne le comprend que trop bien, vu d’ici.

Plus tard, le colonel Doumbouya, un drapeau guinéen sur les épaules, a délivré un message surréaliste dans lequel il résume l’esprit national en ces termes : « On n’a plus besoin de violer la Guinée, on a juste besoin de lui faire l’amour. » Comparer son pays à une femme aimée, ce n’est, au fond, guère original. De Gaulle, lui, voyait la France en belle dame de légende – peut-être une « belle dame sans merci », comme dans le célèbre poème de Keats, mais ce n’est pas le sujet. Doumbouya, en ce qui le concerne, voit la comme une femme violée qui a besoin d’amour véritable. Ce qu’on appelle, je présume, un biais culturel.

On ne peut que souhaiter, avec un sourire légèrement désabusé, qu’une ère de prospérité, de travail et de concorde s’ouvre en Guinée. Longue vie au colonel Doumbouya, qui est peut-être un nouveau Cincinnatus, et s’en retournera, qui sait, en son humble campagne, une fois son devoir accompli, dans un pays riche et en paix. Il est permis de rêver.

7 septembre 2021

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