Contre la littérature classique française, l’offensive de la « halal romance »

Toujours au nom de la pudeur, on promeut le roman à l’eau de rose charia-compatible et anti-France.
Capture d'écran Instagram Mawadab Éditions
Capture d'écran Instagram Mawadab Éditions

La rentrée scolaire aura lieu dans quelques jours. Dans les matières essentielles, notamment le français dans son expression orale comme écrite, le niveau des jeunes est bien souvent catastrophique. Catastrophique, également, la lecture, peu pratiquée, mal comprise, décriée. On martèle à qui veut l’entendre que certains auteurs classiques sont à bannir : trop complexes, trop mâles, trop vieux, trop Blancs. En lieu et place, la culture woke LGBTQIA++++ qu’on cherche à caser dans les têtes est une entreprise de déstructuration des corps et des esprits. Alors on voit surgir une troisième voie, celle de la littérature halal, qui, au nom de la pudeur, lance sur le marché des romans à l’eau de rose charia-compatibles et anti-France.

Un phénomène éditorial

Il y a quelques mois, Sarah-Louise Guille nous alertait sur l’énorme succès d’un livre intitulé Nous, malgré tout (Scrineo). L’auteur, LK Imany, y raconte l’histoire d’Amina, une jeune musulmane qui vient d’arriver à Grenoble. Le récit est celui d’une jeune femme confrontée à l’islamophobie qui, écrit-elle, gangrène la société française, « laïcarde, capitaliste, raciste ».

Au dernier Festival du livre de Paris qui s’est tenu au Grand Palais en avril, l’éditeur Scrineo a vu son stand pris d’assaut. Le livre de LK Imany s’y est arraché, révélant ce qui s’annonce comme un véritable phénomène éditorial : la « romance halal ». Une jeune maison d’édition est née, Mawadab, spécialisée dans le genre, et l’on peut lire dans BondyBlog (un média en ligne né au moment des émeutes de 2005) qu'« on aura vraiment réussi quand ce ne sera pas seulement présent dans des maisons d’édition indépendantes, mais vraiment partout, à une échelle plus nationale. Parce que tout le monde mérite d’avoir sa place dans l’édition. » La romance halal viendrait donc combler un vide, offrant enfin aux jeunes femmes un miroir que leur refuse la société française.

@basmaetseslivres C’est bientôt le Ramadan ! J’ai tellement hâte, cette periode me fait tellement de bien et m’apaise à un point !!! 😫😫 Anyways, dites moi quel est votre PAL 🙂‍↕️ #book #books #BookTok #halalromance #ramadan ♬ original sound - Basma 📖 | booktok 🍉

Europe 1 relate que sur TikTok et autres plates-formes, des influenceuses voilées expliquent combien la littérature classique est incompatible avec leurs valeurs religieuses. L’une d’elles explique : « Une romance halal, c’est une romance qui respecte le cadre islamique pour se courtiser. Pas de relation charnelle, pas de relation romantique avant le mariage » - mariage arrangé, bien sûr. Une autre témoigne, sur un ton revendicatif, de son succès d'auteur : « Vous me croyez si je vous dit que j'ai réussi à faire publier une halal romance dans la France de Macron bollorisée (sic) ? »

S’il ne s’agissait que d’un choix personnel – après tout, il y a bien une clientèle pour les romans de gare et les histoires de princesse de Barbara Cartland –, cela serait de peu d’importance. Hélas, on l’a compris, c’est de conquête culturelle qu’il s’agit, et pas seulement de lectorat.

@lk.imany Happy book birthday à mon équipe @Scrineo mon éditrice @delphine 💌🍉 et moi-même ! Nous malgré tout est peut-être la sortie littéraire jeunesse la plus politique de tout ce mois d’avril ! Et dans la France de Macron et Bollolo c’est un exploit d’avoir réussi à sortir cette histoire sans aucune concession ! Cette histoire c’est pour nous et nos enfants musulmans ou pas 🫶🏼✨ #nousmalgrétout #bookbirthday #booktok #halalromance #litteraturejeunesse ♬ original sound - YAD Oud

 

« L’extension du halal comme espace normatif »

Invitée, ce lundi, d’Europe 1 Matin, l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler voit dans ce phénomène « une extension du halal comme espace normatif, c’est-à-dire quelque chose qui doit régimenter les activités quotidiennes du musulman ». Il ne faut pas oublier que halal signifie « licite », et cela ne sert plus seulement à qualifier la nourriture ou les actes rituels. Cela touche désormais le vêtement, la finance, les voyages, l’enseignement… Maintenant, il faut aussi produire « des récits, des émotions, des imaginaires licites pour les musulmans ».

Il ne s’agit pas d’instaurer une culture en parallèle mais bien une culture de remplacement. L’objectif, à terme, est de supprimer la lecture des auteurs classiques. Plus qu’un « séparatisme », dit l’anthropologue, il s’agit d’un « projet prosélyte ». La romance halal n’est pas l’expression d’une préférence littéraire, « c’est un appel à l’adhésion, qui va de pair avec le rejet ». C’est « une catégorie dans le marché généraliste qui va jusqu’à sa normalisation comme une espèce de sous-genre de romance pour les adolescentes ». Ce qui serait acceptable si ces romances ne véhiculaient pas la haine de la France, et particulièrement de son principe de laïcité dont Florence Bergeaud-Blackler conclut qu'elle est considérée « comme l’instrument de relégation et de rejet des musulmans ».

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

73 commentaires

  1. Point de vue d’un joyeux luron Gascon/Bas Poitevin :
    Espérons que l’Esprit Universel réagisse en conséquence, car entre le marteau hallal et l’enclume judéo-chrétienne, l’espace Rabelaisien réaliste, humoristique, humain et cultivé va finir par manquer d’’air pur de nos campagnes !
    Surtout que le lecteur ne pourra bientôt plus relire Rabelais que sur l’écran ubuesque de son Iphone en folie !

    • Aller voter,c’est bien.Le tout est de savoir pour qui.Parceque si c’est pour élire des personnages comme ceux qui gagnent les élections depuis 50 ans,autant s’abstenir.C’est d’ailleurs ce que je fais toujours aun second tour du fait de l’offre électorale restante qui ne me convient pas.Je rappelle Isque le vainqueur se désigne parmi les SUFFRAGES EXPRIMES.Or les abstentionnistes ,ne se sont pas exprimés,EUX ! On ne peut donc pas leur imputer les réultats électoraux itératifs.

  2. Ils sont « forts » quand même, nous mettre du hallal rien que dans la littérature, en plus du reste
    Et ça consiste en quoi (que je ne le lise pas, pour moi le mot hallal est un repoussoir garanti)
    J’imagine que « l’amant de Lady Chatterey  » doit être haram !!!

  3. Je vais peut-être ne pas me faire que des amis ici, mais je comprends les revendications de ces gens. La littérature occidentale n’est effectivement pas en accord avec leurs convictions religieuses et cela peut les mettre face à des difficultés et des choix complexes.
    D’ailleurs, la nourriture occidentale pose les mêmes problèmes, ainsi que la musique (interdite dans l’islam), la peinture et la sculpture représentant des humains (la représentation de l’homme et de la femme est interdite dans l’islam) … parfois nus (!) Je ne parle même pas du cinéma. Les rapports entre les hommes et les femmes dans les pays occidentaux sont également totalement incompréhensibles pour des musulmans rigoristes, quant à la place et aux droits que nous accordons aux femmes dans notre société, cela représente pour eux (et elles, ne mettons pas les femmes de côté) une souffrance permanente. Quant aux tenues vestimentaires féminines admises dans l’espace public des pays non musulmans … là on atteint les niveaux stratosphériques de l’inadmissible !
    C’est vrai, la vie d’un musulman en Occident est une épreuve de chaque instant, une souffrance intolérable. Mon éducation chrétienne m’oblige, ou du moins m’encourage, à me pencher sur les difficultés de mon prochain et j’aimerais de tout cœur aider ces gens à retrouver une vie paisible en accord avec leurs convictions. Pour cela, il faut faire un effort, c’est évident, c’est pourquoi je leur suggère de quitter le monde occidental le plus rapidement possible pour aller vivre dans un des nombreux pays de tradition islamique (il y en a juste de l’autre côté de la Méditerranée) où ils pourront partager l’existence de centaines de millions de leurs coreligionnaires et vivre ainsi leur foi pleinement. De nombreux de nos compatriotes juifs ont fait le choix d’aller vivre en Israël, de faire leur Alyah, pourquoi nos compatriotes musulmans ne feraient-ils pas de même en effectuant la même démarche ? La France n’est pas un goulag, on peut la quitter librement, songez-y.

  4. Mahomet, envoyé d’Allah, ne voulait pas que les femmes lisent, ni qu’elles aillent à la piscine ni qu’elles fassent du sport. Un femme doit rester à la maison s’occuper de ses enfants et de son ma ri, pas d’aller à la fac! Toutes ces femmes sont de mauvaises musulmanes. Qu »elles aillent en Afghanistan ou en Iran voir si elles peuvent lire des romans!

      • La laïcité (LOI de 12/1905) c’est la liberté de conscience, chose éminemment discrète, la séparations des églises et de l’Etat et la pratique des cultes dans des lieux « ad hoc » en respectant un certain nombre de règles d’ordre public. Et quelques dispositions administratives et financières. Je suis presque sûr que le mot religion n’est pas une seule fois employé dans le texte de la LOI. Les manifestations religieuses tenues hors de lieux de culte sont renvoyées au Code des collectivités territoriales.

    • « L’islam est compatible avec la république »,a déclaré une certaine bretonne.Vu les sondages en sa faveur,ça plait bien au troupeau qui,comme elle,s’est déjà soumis.A ce propos,il parait que le terme  » islam » se traduit par le mot soumission,justement.

      • La « république islamique », comme en Iran, n’est pas connu comme oxymore.
        En revanche on n’entend guère parler de République Chrétienne.
        Il faut surement se méfier des qualificatifs de la République.
        La république du Congo n’est peut être pas la plus démocratique.

  5. Le développement du hallal enrichit les élites musulmanes au détriment des musulmans de base, naïfs, qui ne sont que les pourvoyeurs. Ils critiqueront ensuite les riches pour lesquels ils auront contribué à former l’opulence.

    Le pouvoir macronien me fait penser à ces champignons visqueux qui se répandent sur les surfaces. Aucun bienfait à en attendre tant ils sont répulsifs. Ce qui s »applique à tous le secteurs de la FRANCE laissée ivre sur un océan d’impuissances.

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