[POINT DE VUE] Villepin « veut être candidat ». Très bien, et à part lui, qui le veut ?

Jamais élu nulle part, l’homme ne s’est pas encore déclaré, mais franchement, qui est pressé ?
Capture d'écran BFM
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Dominique de Villepin s’est intéressé à la politique cet été. Il s’y est tellement intéressé qu’on l’a invité pour en parler dans BFM Politique, ce dimanche 30 août. Le verbe, le charisme, la posture, la culture et l’expérience de l’ancien Premier ministre sont bien connus du public, désormais : c’est un peu pour cela qu’il est invité. Villepin sans la forme, c’est Mélenchon. Villepin sans le fond, c’est Macron. Il a les deux, alors il se rêve un destin présidentiel. En cela, il est peut-être le centième d’une compétition désolante. Mais écoutons-le d’abord.

Moitié chaman, moitié châtelain

Villepin s’est fait beaucoup de souci, cet été. Il a vu qu’il y avait un cycle de l’eau, un cycle des forêts, et il raconte tout cela très bien, moitié chaman, moitié châtelain. Il n’a pas changé du point de vue de l’aveuglement chiraquien face à l’immigration : « Nous avons besoin d’immigration », dit-il. Il fustige même Édouard Philippe, l’accusant (non sans raison) de faire du sous-Le Pen avec des mesures bien tardives et bien maladroites sur la lutte contre l’invasion migratoire à Mayotte. « Faire le jeu du RN » est une accusation ringarde, complètement démonétisée de nos jours, mais ça ne semble pas le déranger. Car Villepin sans la cohérence, c’est Chirac, et Chirac, c’est un peu suranné, tout de même.

En revanche, pour ce qui concerne la chasse aux normes et à l’écrasement par l’impôt, le présentateur s’amuse de la « miléïsation » de Dominique de Villepin. « Big bang fiscal », qu’il dit. Ses concurrents, eux, pressés de complaire à leurs électorats respectifs, manqueraient de maturité et de sincérité dans leurs propositions fiscales. « C’est la politique à Neu-Neu », dit-il encore, avec une de ces fulgurances dont il fut jadis coutumier. Plus personne ne connaît la fête à Neu-Neu, mais c’est comme « le jeu du RN » : tout cela relève d’un paysage mental qui est celui de son âge. C’est bien normal, mais on se demande s’il ne le fait pas exprès. Nous y reviendrons.

Et maintenant, qui fait du sous-Le Pen ?

Au sujet des réformes fiscales, donc, le candidat qui ne l’est pas encore veut « ouvrir la boîte noire » et décortiquer les 474 niches fiscales du maquis normatif français. Bon, OK. Mais pourquoi maintenant ? Il ne le dit pas. Et pour quoi faire ? Pour qu’on protège les retraités et les moins favorisés. À rebours de l’esprit du temps, qui souffle à la plupart des candidats une retraite par capitalisation (nécessaire à un pays qui n’a plus d’enfants) et une plus grande vigilance face à l’assistanat, Villepin, lui, est resté en 2003. Devra-t-on travailler plus longtemps ? demandent les journalistes. Souple comme un chat, l’ancien diplomate s’en tire par une série de triples saltos arrière : flexibilité de choix pour ceux qui veulent continuer, départ à 60 ans pour ceux qui ont exercé des métiers pénibles. Et maintenant, qui fait du sous-Le Pen ?

En synthèse, pour faire 125 milliards d’euros d’économies, Dominique de Villepin veut s’attaquer aux riches (successions, ISF, etc.), ne pas toucher (ou presque) à l’âge de la retraite, ne pas toucher à l’administration publique, ne pas toucher à l’immigration mais... changer le système. Face à une question, il ne choisira pas entre Bernard Arnault et Manon Aubry, et enverra d’ailleurs bouler le présentateur avec autant de faconde que de lâcheté.

Marie-France Garaud avait dit de Chirac : « Je croyais qu’il était du marbre dont on fait les statues. Il est de la faïence dont on fait les bidets. » M. de Villepin se rêve en statue du Commandeur, il « veut être candidat » et fustige la « politique à l’ancienne », mais il y a quelque chose dans sa candidature, à la fois démodée et prétentieuse, dont la médiocrité est sous-préfectorale. Jamais élu nulle part, l’homme ne s’est pas encore déclaré, mais franchement, qui est pressé ?

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

85 commentaires

  1. je « savoure » la remarque de marie France Garraud
    n’oublions pas que c’est grâce à lui que Chirac a fait la dissolution de l’Assemblée Nationale en 1997 et une 3eme cohabitation contre l’avis de bernadette qui le traitait de NERON !

  2. Ras le bol de racler les fonds de tiroirs! Il est plus que temps de changer le mobilier et ce qu’il contient. En un mot quittez ce monde dans lequel vous ne comprenez plus rien ; lorsque l’on voit l’état actuel de la France vous et vos congénères y avez vous d’ailleurs compris un jour quelque chose mis à part comment remplir vos poches ?

  3. Un autre ludion qui tente de remonter à la surface. Lui, comme certains autres, s’est trouvé en situation d’infléchir le cours de notre République. Comme eux il s’est contenté de ne rien faire qui puisse compter. Comme eux il est coresponsable et complice de notre situation actuelle. Alors de grâce qu’il nous épargne ses recommandations tardives et saugrenues. Nous n’attendons rien de ce Monsieur.

  4. Quel dommage que Bertrand Tavernier nous ait quitté prématurément, car, que n’aurait-il pas pu tirer des imbroglios politiques et interventionnistes de son modèle, Mr de Villepin, dont il nous avait déjà donné un portrait, avec un croustillant humour, dans son film “Quai D’Orsay”, entre porte parole servile de son mentor, Chirac, et l’étalage d’un ego épuisant et débridé envers son entourage. Cela aurait pu donner un film désopilant qui aurait été l’étalage de la pauvreté mentale et spirituelle de la classe politique française où des tartufes et arrivistes en tous genre peuvent, un jour, prétendre à la fonction suprême sans se rendre compte de leur ridicule…qui malheureusement ne t…..plus, car alors quel vide abyssal dans les rangs de tous les partis !

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