Editoriaux - Médias - Polémiques - 12 mai 2019

Concours d’indignation : comme les concours de zizis à la récré ?

Lancer des concours d’indignation ? Il semblerait que ce soit possible… C’est sans doute aussi stupide que la concurrence victimaire ou les concours de zizis à la récréation. Et la métrologie de ces indignations et victimisations est à l’état embryonnaire et pourrait souffrir de critiques sur la méthode.

Dans le monde bruyant des informations véhiculées par les médias en France, un instrument de mesure existe : le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA) qui est en charge de leur supervision. Bien critiquable au demeurant : n’est-il pas, avec ses membres nommés par les présidents de la République et des deux assemblées législatives, condamné à reproduire l’incestueuse endogamie qui sévit dans tous les sommets de l’État et de la société ? N’est-il pas celui qui a censuré, coupé les ailes à la très empathique et touchante vidéo « Dear Future Mum » sur l’accueil des trisomiques dans la société ? Quand aux attributions de fréquences ou aux nominations, elles ne semblent pas exemptes de critiques.

Quelque soient ses carences, il est l’autorité dite indépendante qui peut être saisie par chaque citoyen pour les problèmes perçus par eux dans le fonctionnement des médias audio-visuels. C’est pour cela que j’invitais mes lecteurs dans un billet publié ici-même sur la chansonnette « elle a cramé la cathédrale » de Frédéric Fromet, diffusée par France Inter, à signaler un contenu insultant promu par une radio publique qui se moque éperdument du pluralisme. Je n’étais bien sûr pas le seul à le suggérer, mais Libération / CheckNews indique que cette émission a recueilli 3000 signalements. Nous verrons ce qui sera fait… Rien d’autre qu’une réponse en défense de la liberté d’expression qui inclut celle de caricaturer ?

Claire Nouvian, candidate socialo-écologiste aux prochaines européennes (tendance khmer vert ?) a tenté de lancer un scandale, peut-être pour faire parler d’elle. Prise de bec virulente avec Elisabeth Lévy lors d’une émission animé par Pascal Praud, sélection soigneuse et montage de séquences vidéos pour apparaître comme la victime d’un complot d’odieux climato-sceptiques, lancement d’un hashtag #FolleDeRage pour créer le « bad buzz » stigmatisant ces vilains pollueurs intolérant et préjugés réactionnaires. Résultat : l’affaire secoue le microcosme et les réseau sociaux. Il faut écouter ce qu’en a dit Elisabeth Lévy sur Boulevard Voltaire.  Mais il n’y a, d’après le même Libération, que plus de 90 signalements au même CSA. Autant dire moins de 100, certes sur une moins longue période. Est-il permis de conclure que peu de Français sont dupes de ces manipulations médiatiques ?

L’éthique du débat, essentielle à la démocratie, elle commence bien évidement avec la prise d’un risque, celui d’écouter avec assez d’attention, de bienveillance et d’honnêteté intellectuelle son interlocuteur pour, éventuellement, se laisser convaincre par ses arguments. Même si la rivière qui sépare semble large et profonde, a priori sans gué, cette disposition d’esprit est essentielle. Avec la culture du « clash » et du « buzz », ainsi que le règne sans partage de la bien pensance directement hérité d’un monopole imposé par des marxistes sur la vie intellectuelle, cette éthique du débat ne saurait être qu’encombrante. Dès lors, il est des « débats » totalement univoques, témoin les rieurs de France Inter, et d’autres où un bouc émissaire hors de la bien pensance est livré à la vindicte d’une meute de lyncheurs. Il y a beaucoup de travail pour restaurer des débats non pas forcément sereins, mais équilibrés, ouverts, francs et non biaisés, ceux où la raison s’invite et où la com’ s’efface.

Et puis, il faut lire et relire ces mots de Dominique Jamet à propos de Boulevard Voltaire. Quelle tristesse que si peu de médias s’en inspirent !

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