Editoriaux - Politique - 12 mai 2019

Bellamy, le gendre idéal ?

En littérature française, l’incarnation du bellâtre ambitieux et fielleux était le Bel-Ami de Maupassant. Il est vrai que les Français ont toujours vanté la figure du beau et fier gentilhomme. François-Xavier Bellamy – agrégé de philosophie et adjoint au maire de Versailles depuis 2008 – n’est, pourtant, ni parvenu ni méchant : il souhaiterait, selon toute vraisemblance, siéger au Parlement européen, après le scrutin du 26 mai prochain. Alors, la droite libérale-conservatrice se met à rêver à un sursaut de son camp sous l’égide de celui qui est passé maître dans l’art de reprendre les éléments de langage dictés par la direction de LR. Tous les ingrédients sont là pour incarner le renouveau de cette droite : l’œil perçant, mais rassurant à la fois, ainsi que l’oreille pour Sens commun, le mouvement pensé et dirigé par plusieurs animateurs de la Manif pour tous de 2013 (entre autres, Arnaud Bouthéon, Gaspard Le Pomellec et Sébastien Pilard).

Lors de l’élection présidentielle de 2017, Sens commun avait clairement sauvé la peau du candidat Fillon, empêtré dans les « affaires » que la classe médiatico-politique lui reprochait, en organisant pour lui un vaste rassemblement sur la place du Trocadéro, le 5 mars 2017 : une véritable force de frappe au milieu d’un parti, les LR, jouant déjà la carte de l’implosion. À l’évidence, le fait de contrecarrer la ligne, cyniquement, sociétaliste de cette droite-là (celle qui a voté en faveur du PACS, en 1999) constitue un bon point pour les défenseurs de l’ordre judéo-chrétien.

Seulement, si l’on fait le calcul de ce que représentent 14 % d’électeurs – ce dont est créditée la liste de Bellamy par les instituts de sondage – parmi 40 %, seulement, du corps électoral (l’abstention est estimée, pour l’heure, à 60 %), dont le nombre aurait atteint 46 millions de personnes, au 1er mars 2018, on n’obtient qu’un total d’à peine 2,6 millions de votants.

Ces votants correspondent, globalement, à un électorat de classe bourgeoise et de confession catholique, quelque peu fixé dans une partie de la Normandie, en Occitanie, en Auvergne, dans les Alpes et la Côte d’Azur, mais surtout et avant tout dans l’ouest de l’Île-de-France. De fait, les classes populaires que Nicolas Sarkozy était parvenu à séduire en 2007 ont quitté le navire de cette droite depuis longtemps. Parce que la sociologie est à la politique ce que la géographie est à l’histoire : la quintessence des événements passés et à venir. Dès lors, ceux qui s’étaient progressivement exclus et des élections et des listes électorales devaient revêtir un gilet jaune, depuis novembre de l’année dernière ; d’où l’impossibilité, pour les spécialistes, dans un premier temps, de déterminer leur portrait-robot idéologique.

De façon plus générale, les exclus de la mondialisation peuvent-ils véritablement être représentés par le PPE au Parlement étranger de Strasbourg, PPE auquel est affilié LR ? Car le parti européen majoritaire embrasse, institutionnellement, aussi bien la CDU de la chancelière allemande Merkel que le nationaliste Viktor Orbán, Premier ministre de Hongrie. Un Viktor Orbán empêtré dans le groupe majoritaire PPE mais qui s’allie avec Matteo Salvini : de quoi brouiller les pistes en vue d’un éventuel basculement de Strasbourg vers une ligne souverainiste.

Ce qui signifie, concrètement, que le projet d’un vaste rassemblement des droites nationales et des gauches sociales n’est pas près de voir le jour. Et, dans tous les cas, il n’y a que des icônes mais plus vraiment d’idées.

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