Il peut paraître paradoxal d’annoncer la création de 1.248 postes supplémentaires à l’école primaire alors que le processus de recrutement normal a été interrompu et qu’on ne connaît pas encore les modalités des concours, qui devraient être dévoilées le mardi 14 avril. Mais le ministère de l’Éducation nationale a plus d’un tour dans son sac.

Selon la rue de Grenelle, il s’agit de « poursuivre son engagement en faveur du primaire tout en préservant les moyens d’enseignement pour le collège et le lycée ». Louable intention ! Il convient aussi de rattraper le retard accumulé par certains élèves durant le confinement. Les zones rurales ne seraient pas oubliées. Sur TF1, Jean-Michel Blanquer a répété qu’« on ne fera pas une seule fermeture de classe en zone rurale sans l’accord du maire ». De quoi satisfaire à la fois les syndicats et les parents. On n’avait jamais vu une telle générosité de la part du ministère ! Mais regardons-y de plus près.

On peut se demander, d’abord, pourquoi les chiffres annoncés avant la crise sanitaire sont, aujourd’hui, revus à la hausse, d’autant qu’il devrait y avoir 42.520 élèves de moins. Comme si le coronavirus faisait prendre conscience de l’importance de l’enseignement primaire. À moins que ce revirement soudain ne soit un élément de la politique nouvelle que notre Président prétend incarner. Ce ne serait pas la première fois qu’un dirigeant promet de raser gratis pour se maintenir au pouvoir.

Même si on laisse de côté ces considérations, on peut s’interroger sur les modalités de recrutement qui vont être mises en place. Pour les concours interrompus, selon des informations publiées sur le site spécialisé AEF, les épreuves écrites du CRPE (concours de recrutement de professeurs des écoles) seraient maintenues, mais les oraux annulés. Les écrits vaudraient alors admission et les lauréats seraient fonctionnaires stagiaires, dès la rentrée 2020. Un oral de titularisation pourrait être organisé à la fin de l’année scolaire 2020-2021, sous la forme d’un entretien de motivation. La motivation après le recrutement, c’est logique !

Admettons qu’il n’y ait pas d’autre moyen d’organiser la prochaine rentrée. Mais les 1.248 postes supplémentaires, d’où va-t-on les sortir ? Sur France Info, le ministre a assuré qu’il n’y aurait « pas plus de contractuels que d’habitude », ce qui peut inquiéter, ajoutant : « Notre objectif est d’avoir des concours spéciaux », à l’instar des concours supplémentaires qui existent déjà dans les académies de Créteil et Versailles, déficitaires. On pourrait aussi prendre des candidats non admis aux sessions précédentes. On souhaite bonne chance au ministère, qui a déjà du mal à boucler la session normale des concours 2020.

Il n’est pas impossible que le ministère arrive à tenir son pari. Mais à quel prix ? Les concours du CRPE sont académiques. Ce n’est un secret pour personne que certaines académies sont moins attractives que d’autres. D’où d’importantes disparités de niveau. Le recrutement de contractuels sans formation n’arrangera pas les choses. Et si l’on arrive à organiser des concours, « forcément plus ramassés », comme le dit Jean-Michel Blanquer, on risque fort de recruter à des seuils encore plus bas que d’habitude.

Cette annonce ministérielle ne présage rien de bon pour la qualité de l’enseignement en école primaire. Il faudrait rendre le métier plus attractif pour y attirer les meilleurs étudiants. Cela prend des années. La politique mise en œuvre ressemble plus à du bricolage de dernière minute ou à une grande braderie qu’au souci d’instruire correctement nos enfants.

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