Les amis, oublions un peu l’épidémie, prenons le large, offrons-nous une virée exotique. Allez, je vous embarque dans une de ces terres lointaines, nimbées de rêves exquis : le Macronistan. Dans ce pays plein d’histoire, la culture livresque ancestrale n’a d’égale, traditionnellement, que la splendeur des monuments laissés par les anciens, la finesse des mets et l’élégance des femmes. Actuellement, gouverne un Président élu pour cinq ans. Appelons-le Emmanuel M., sans le nommer, car je crains, comme ses concitoyens, je vous le dis en toute confidence, ses sautes d’humeur et ses recours aux prétoires d’État. Vous me direz, mais comment connaissez-vous ce drôle de pays ? Entre nous, j’ai de la là-bas, j’y suis très attachée. Chacun a ses faiblesses.

Au Macronistan, donc, le Président Emmanuel M. compte bien se représenter dans un an au suffrage des électeurs. Il s’y emploie à plein temps. Comme tous les potentats du monde, il sait que le contrôle des médias est crucial. Il se trouve qu’Emmanuel M. peut compter, au Macronistan, sur des médias publics financés par un impôt obligatoire levé auprès de tous les ressortissants, de droite et de gauche. Des médias nombreux, une dizaine de chaînes, autant de radios. La tonalité de ces médias est tout sauf neutre. Disons, pour faire simple, que personne ne les soupçonne de rouler pour l’extrême droite. Mais cette utile caisse de résonance très politiquement correcte ne suffit pas à Emanuel M. Figurez-vous qu’une radio locale, baptisée Europstan 1, est à vendre, accompagnée de deux journaux, Macri Match et le Journal du distant.

Bondissant comme le tigre sur la gazelle, oubliant les déficits abyssaux du pays et la sanitaire en cours, le Président Emmanuel M. s’est occupé, toutes affaires cessantes, de ce grave dossier. Il considère que ces trois médias ultra-déficitaires sont influents. Et refuse de tout son être qu’ils passent dans le giron d’un magnat de l’industrie et des médias devenu son ennemi intime, un certain Monsieur Bollo. Il faut vous dire que Monsieur Bollo, plus âgé que le Président M., mais bien plus riche que lui, donne des cauchemars chaque nuit au Président du Macronistan.

Monsieur Bollo dispose d’un groupe audiovisuel très puissant, Choral+. Au sein de ce groupe, une petite chaîne d’information, ChoralNews, a ouvert une heure d’antenne chaque jour (oui, une heure seulement) à un journaliste, M. Zemouran, lequel, de temps à autre, adresse un coup de griffe bien senti au Président. Dans une démocratie, c’est chose courante, me direz-vous. Pas au Macronistan. Furibard, le Président Emmanuel M. a donc cherché par tous les moyens une solution pour qu’Europstan 1, Macri Match et le Journal du distant échappent à l’audacieux Monsieur Bollo. Et il a trouvé la solution : il a suscité un autre milliardaire, très proche de lui, M. Bernararne, pour contrer l’appétit de Monsieur Bollo sur ce dossier.

C’est impossible en démocratie, me direz-vous. Oui, mais la du Macronistan est très particulière. Fin de l’histoire ? Pas du tout. Car Monsieur Bollo ne semble pas vraiment tenté de courber l’échine. Il aurait pris goût à sa nouvelle position d’opposant, d’autant plus que sa chaîne ChoralNews, portée par Zemouran entre autres, jouit d’un éclatant succès d’audience. Monsieur Bollo insiste : il vient ainsi d’acheter le premier groupe de presse magazine du Macronistan, Presma Prisse, qui édite Capitalistan, Femme du Macronistan ou encore Géotinan. Un très gros morceau. Il n’a pas jeté l’éponge sur Europstan 1 et n’a sans doute pas fini ses emplettes, créant une situation inédite. Jamais, jusqu’ici, au Macronistan, on avait vu ainsi surgir un groupe de médias d’opposition aussi puissant. L’histoire n’est pas finie, je vous tiendrai au courant mais je veux vous rassurer, les amis : un Président si occupé à tripatouiller dans les médias de son pays, prenant ses administrés pour des moutons bêlants et dictant ses volontés aux milliardaires pour assurer sa réélection, c’est inimaginable en France, nous sommes d’accord. Il me semble que, dans un bel élan, nous devrions apporter la civilisation au Macronistan. Ça me paraît urgent, pas vous ?

8 février 2021

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