Editoriaux - Justice - Polémiques - Religion - 11 septembre 2019

Comme prévu, Tariq Ramadan sort donc bien son livre… le 11 septembre !

On hésite toujours à évoquer Tariq Ramadan, islamologue suisse d’origine égyptienne, qui publie en ce 11 septembre – la Justice en a finalement autorisé la sortie – son trente-huitième ouvrage, Devoir de vérité. Par crainte de lui faire une publicité dont il a un besoin chronique. Ou à ne pas en parler, au risque de favoriser son influence auprès d’un public cultivé mais malléable. L’indifférence est son pire cauchemar. L’hostilité outrancière à son égard est le meilleur carburant de son djihad par percolation ; on ne lui rendra pas ici ce service.

Descendant de pharaon se croyant l’égal de Chateaubriand, il aime conter l’histoire flatteuse de la prétendue commande d’une introduction aux fondamentaux de l’islam comme miroir au Génie du christianisme. D’où son Génie de l’islam qu’il veut de portée universelle, accessible aux musulmans comme aux mécréants. Le recours à l’intelligence, au bon sens et à des voix plus autorisées devrait suffire à discréditer Tariq Ramadan. Pour autant, on aurait tort de sous-estimer sa capacité de nuisance.

Inutile de recenser les énormités plus ou moins grossières proférées avec ou sans son frère Hani, prédicateur islamiste, comme la comparaison des femmes non voilées à « une pièce de deux euros qui passe de mains en mains »… Ni de s’étendre sur ses démêlés judiciaires avec celles qui se plaignent de sa libido brutale et dégradante. Son verbiage charmeur s’étale à profusion sur la Toile.

Citant volontiers des auteurs très divers pour agrémenter ses logorrhées, Tariq Ramadan sait prodiguer d’une voix suave des paroles mellifluentes à qui recherche une proximité chaleureuse. Hors considération éthique, il a porté un art oratoire consommé « façon loukoum » à un degré élevé de maîtrise. Praticien de la marteau-thérapie simplificatrice, il estime qu’« il y a du bien à répéter les choses parce qu’on les approfondit ». Il maîtrise l’ambivalence comme les politiciens les plus démagogues de notre époque – d’ailleurs, son prêchi-prêcha intello-religieux a une portée politique. Lorsque nécessaire, sa parade face aux récriminations contre ses excès de langage ne varie pas : « C’était de l’humour ! », dont manquent évidemment ceux qui n’ont pas apprécié, mais dont chacun a retenu le message, voire la menace à peine voilée.

Son leitmotiv repose sur des contradictions et des exhortations simplistes à un activisme islamique visible, l’appel à la « sérénité » pour échapper à la « colonisation culturelle » en s’assumant pour le musulman qu’on est comme « cadeau de la société », sans se soumettre aux perceptions biaisées des autres ; l’appel à « la liberté d’être soi-même en dépassant l’altérité ».

Qu’on ne s’y trompe pas, l’objectif de Tariq Ramadan est de préparer le terrain dans des démocraties molles comme la France, par des voies légales et politiques, pour un islam communautaire conforme à la doctrine des Frères musulmans, fondés en 1928 par l’Égyptien Hassan el-Banna, son grand-père. Citoyen-musulman du monde, il développe des réseaux de sympathie clientéliste dans des pays dont la culture est fortement sensible à la « magie du verbe ». Notamment en Afrique, supposée covictime du racisme colonialiste, qui conserve pourtant le souvenir cuisant de l’esclavage par les Arabo-musulmans, de loin le plus ancien et important – et persistant.

Sans faire d’amalgame entre les citoyens français musulmans intégrés et ceux qui veulent substituer la charia à la civilisation chrétienne, ni entre les diverses formes d’islamisme radical parfois concurrentes, voire ennemies, mais liées temporairement par un ennemi commun, nous ne devons plus tolérer le développement d’une cinquième colonne défendue par une armée d’idiots utiles, politiciens, intellectuels et activistes. Jouant d’une fausse solidarité entre les trois religions appelées à tort « du Livre » (1), l’islam selon Tariq Ramadan pourrait bien être « le pire ami » de la civilisation chrétienne.

(1) Rappelons que la Bible, dont on n’honore pas le support mais le contenu, sujet à interprétation, n’est pas une « religion du Livre » comme le sont le Coran et, dans une moindre mesure, la Torah.

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