Editoriaux - International - 14 octobre 2019

Comme à chaque fois, l’Occident fait la guerre à l’Orient et ce sont les Kurdes qui perdent…

Il doit y avoir des nations oubliées de Dieu. Les Kurdes en font manifestement partie, ce peuple, désormais fort de près de quarante millions d’âmes, n’en finissant plus d’errer entre Turquie, Irak, Syrie et Iran.

Aujourd’hui, Ankara entend pourchasser partie d’entre eux en un précaire réduit syrien tout en leur faisant la guerre en Turquie. Les Occidentaux regardent ailleurs tout en faisant mine de hausser le ton : les Kurdes, éternels cocus de l’Histoire ? Il y a de ça. Ainsi, à la suite du traité de Sèvres, en 1920, les Kurdes ont brièvement caressé l’espoir d’obtenir une sorte d’indépendance, à la fois politique et territoriale, projet tôt douché en 1923, par Mustafa Kemal Atatürk.

Et c’est là que réside en grande partie le nœud du problème. Les empires de jadis, ottomans comme austro-hongrois, maîtrisaient l’art consistant à faire cohabiter les innombrables communautés et minorités composant un ensemble commun. Les Kurdes ? Certes, ils sont musulmans sunnites à 80 %, mais les 20 % restants incarnent aussi toute la traditionnelle complexité orientale : yârsânisme, yézidisme, zoroastrisme, alévisme, sans oublier les juifs et les chrétiens…

En notre époque, la seule nation qui ait réussi à adopter et assimiler la minorité kurde demeure l’Iran. Peut-être parce que sa tradition multimillénaire en la matière lui a donné quelques longueurs d’avance. En revanche, et ce, en Turquie, on en revient une fois encore à l’ambivalence du président Erdoğan. Il se veut dépositaire de l’héritage des sultans d’autrefois ? Fort bien. Mais s’il en acceptait le legs, il ne revendiquerait pas la décentralisation intrinsèque aux empires de jadis tout en faisant sien le legs jacobin voulant que le seul Turc qui vaille soit uniquement autorisé à être turcophone et adepte d’un islam de caserne. Bref, on ne saurait être à la fois Robespierre et Soliman le Magnifique.

De cette contradiction ontologique, Erdoğan peine aujourd’hui à se dépêtrer, d’où son actuelle politique pour le moins erratique. Après avoir voulu se réconcilier avec les Kurdes, aux premières heures de son mandat, voilà maintenant qu’il emprunte le chemin inverse, voyant en ces ancestrales communautés locales d’immémoriaux ennemis de l’intérieur. D’où l’actuelle et aventureuse équipée militaire contre les Kurdes de Syrie, dont il justifie la pertinence au nom de la lutte contre un terrorisme islamiste dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne l’a pas toujours combattu avec ardeur.

En face, Emmanuel Macron fait les gros bras, exigeant de concert avec Angela Merkel qu’on en finisse avec cette échappée militaire allant pourchasser les Kurdes locaux en leurs réduits de la frontière syro-turque au « risque de créer une situation humanitaire insoutenable ». Avec, en ligne de mire, une possible invasion migratoire, Ankara étant prête à déverser en Europe plus de trois millions d’immigrés clandestins. D’où la frilosité d’une Europe dont la seule politique se résume, une fois de plus, à la seule dimension « humanitaire »…

Mais qui écoute encore la parole de l’Europe ? Personne.

En attendant, les Occidentaux sèment le chaos chez les Orientaux. Et à chaque fois, ce ne sont pas les Kurdes qui gagnent.

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