Quatre années auront suffi à Serge Trigano pour saborder la marque Club Med forgée quarante ans durant par son père, Gilbert Trigano. Là où ce dernier avait réussi à transformer un camping un peu foutraque en un fleuron du tourisme français, son fils, sitôt aux commandes de la firme au trident, s’attachera à détricoter le travail accompli. Remercié in extremis alors qu’il dirigeait le Club droit dans le mur, l’homme pourrait bien reprendre très bientôt du service et parachever son œuvre destructrice. Les gentils organisateurs en tremblent dans leurs slips de bain.

Rembobinons. En 1993, après 40 ans de bons et loyaux services, Gilbert Trigano raccroche. On lui doit l’introduction en Bourse du Club Med, sa montée en gamme, son internationalisation. Plutôt pas mal... Oui, mais voilà : l’efficacité du GO en chef s’émousse avec le temps. Au début des années 90, le Club prend l’eau, Trigano est poussé vers la sortie.

Il va alors se passer quelque chose d’assez surprenant. Alors que tout portait à croire que le PDG déchu allait désigner Jean Robert Reznik, son bras droit de toujours, comme successeur, il lui préfère… son fils Serge. Ancien GO, ancien chez de village, le rejeton Trigano est un « bon commercial, bien imprégné du produit Club, mais piètre gestionnaire », bref, « un amateur », dixit Le Point.

La suite le démontrera assez. Fin 1996, trois ans après la prise de fonction de Serge Trigano et alors que le nouveau directeur berce son monde de prévisions optimistes, le Club Med se fend d’un communiqué interne annonçant une baisse des résultats pour l’exercice en cours. L’annonce fait l’effet d’une bombe. Les actionnaires du Club commandent un audit à un cabinet américain. Trois mois plus tard, il est publié, accablant. La gestion désastreuse de Trigano fils est épinglée. Dans la foulée, le résultat du groupe tombe, tel un couperet : 743 millions de pertes en 1996. Trigano est remercié. Une dynastie s’éteint.

Enfin, presque. Après plus de 15 ans loin des cases, qui se sont entre-temps muées en hôtels premium, Trigano pourrait bien remettre le couvert. Le fossoyeur du Club vient en effet de prendre fait et cause pour Andrea Bonomi, homme d’affaires italien candidat au rachat du groupe. Si l’OPA hostile de Bonomi est acceptée, il se verra offrir le poste de président non exécutif. Et tant pis si l’offre de l’Italien est jugée dangereuse pour le développement du groupe.

Il y a quelque chose de profondément détestable dans la façon dont un homme, sorti à poil de l’aventure Club Med il y a de cela quelques années, anti-héros façon Jean-Claude Duss tragique (vous vous souvenez ? Blanc dans Les Bronzés...), enchaînant des bourdes aux conséquences graves pour l’avenir d’un groupe français, peut ainsi revenir par la petite porte l’air de rien, en soutenant qui plus est un candidat italien à la reprise d’un fleuron français. Quelque chose de malsain.

Que disent François Hollande, et consorts ? Pour l’instant, rien. Ceux qui se sont commis avec plus ou moins de réussite dans les dossiers Alstom, Peugeot ou encore SFR – Montebourg, en plébiscitant l’offre de Bouygues au détriment de celle de Numericable, aurait mieux fait de se taire – ne pipent mot. Leur colbertisme aurait-il ses limites ? Les centaines d’employés du Club Med menacés par l’OPA de Bonomi et le retour aux affaires d’un incapable espèrent, bien malgré eux, que non.

25 juillet 2014

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