Le 13 septembre dernier, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) appelait à renforcer les mesures de santé publique dans le domaine des soins palliatifs et ouvrait la voie à l’application de l’euthanasie en France. Une semaine avant sortait sur nos écrans le film Plan 75, une coproduction japonaise, française et philippine sur les dérives éventuelles d’une telle légalisation au pays du Soleil levant.

Tourné en écho au massacre de Sagamihara survenu en 2016, - un ancien employé d’un centre pour personnes handicapées avait assassiné 19 résidents à coups de couteau sous des motifs eugénistes -, Plan 75 nous donne à voir une société à la fois utilitariste et hyper-individualiste devenue impitoyable à l’égard de ceux qui pèsent sur son économie : « Dans notre société, dit la réalisatrice en interview, nous blâmons et excluons les personnes socialement vulnérables. Pas seulement les personnes handicapées mais aussi les personnes âgées et les pauvres. Je me suis dit que ce n'était pas un incident isolé commis par un fou, mais que ce type d’incident n’attendait que de se produire dans une société dominée par l'intolérance et le rationalisme. Je voulais faire un film pour dénoncer cette société. »

Plan 75 imagine, dans un futur proche, le vote d'une loi permettant aux personnes de plus de 75 ans, malades ou non, de recourir à l’euthanasie si elles le souhaitent. Le Japon est, comme on le sait, confronté depuis les années 60-70 à l’effondrement de sa natalité, lequel entraîne depuis vingt ans le vieillissement de sa population.

Assistées par des professionnels à chaque étape du processus, ces personnes âgées ont ainsi l’immense satisfaction d’œuvrer pour le bien-être des jeunes générations qui les considéraient jusqu’à présent comme une charge financière… Pour les vieillards qui nous sont montrés à l’écran, c’est donc une question de civisme. Chacun a bien retenu sa leçon dispensée par l’ensemble de la caste médiatique et par ses experts autoproclamés. Un nouveau politiquement correct aussi fier et orgueilleux que celui des écolos qui répandent autour d’eux la bonne parole et s’érigent en exemples.

Au fil du récit, on le voit venir, l'état ne cessera d'alléger les conditions d'accès à l'euthanasie : de 75 ans, nous passerons à 65 puis, enfin, nul n'aura besoin d’être domicilié où que ce soit – les SDF ne seront donc pas en reste…

Articulé autour de plusieurs personnages, le récit nous montre notamment une vieille dame sans emploi peinant à obtenir un nouveau logement et envisageant la mort comme une solution ; une accompagnatrice téléphonique sommée par sa hiérarchie d’encourager les vieux à aller jusqu’au bout en cas de doute, alors même qu’elle commence à s’impliquer émotionnellement ; un recruteur de volontaires à l’euthanasie confronté à la candidature de son oncle ; et enfin une employée dans le besoin – payée à trier les vêtements des vieillards – qui éprouve quelque scrupule à garder pour elle la montre d’un défunt...

Peu manichéen, le film nous montre que ces fonctionnaires de la mort ont malgré tout gardé leur humanité et leur bienveillance et ne sont pas encore totalement dupes de ce que le système exige d’eux. Si la cinéaste Chie Hayakawa ne semble pas hostile par principe à l’euthanasie, reconnaissant volontiers les difficultés et la souffrance liées à la vieillesse, elle se refuse à fermer les yeux sur les dérives inéluctables d’une telle légalisation et sur les méthodes de manipulation qu’elle induit : propagande médiatique, culpabilisation des personnes âgées, chantage au civisme, etc.

À l’origine, Hayakawa avait réalisé un court-métrage sur le même thème, inséré dans le film Anticipation Japon avec quatre autres courts. C’est seulement par la suite qu’elle eut l’occasion d’en tirer un long-métrage. Lourd, éprouvant, excessivement clinique, Plan 75 aurait sans doute gagné à durer vingt minutes de moins.

 

3 étoiles sur 5

 

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23 septembre 2022

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10 commentaires

  1. Bonjour à tout le monde,
    Quelques commentaires sur ce texte :
    Corréler le vieillissement à la natalité ne me semble pas très approprié car quel que soit le nombre de jeunes, les vieux sont là ! Le seuil critique de la natalité des autochtones dans nos sociétés pose des questions fondamentales mais je ne vois pas de lien avec l’euthanasie…
    Je ne sais pas si nos sociétés sont dominées par l’intolérance et le rationalisme (vaste débat…) mais par contre, je suis sûr qu’elles sont dominées par le FRIC !!!
    Et dans cette affirmation, je ne partage pas le fait que les vieux ne soient qu’une charge financière pour la société !
    Je pense qu’ils font largement vivre une partie non négligeable de professionnels (labos, corps médical, hôpitaux, établissements d’accueil) qui n’ont aucun intérêt à ce que cette « manne » diminue…
    Il en est de même pour les gouvernements (quels qu’ils soient !) qui perçoivent parfaitement l’utilité de ce pan de l’économie…
    Le bien triste exemple des EHPAD à BUT LUCRATIF est révélateur de cette situation : ces établissements n’existaient pas il y a quelques décennies et les bien-pensants de tout bord feignent de s’étonner des pratiques ! Comme s’il aurait pu en être autrement ! Quelle tartufferie !!!
    L’euthanasie est une question éthique qui interroge toute personne mais le fil conducteur doit être la LIBERTÉ !!! Et j’ai la prétention de pouvoir donner un avis pour avoir vécu un cas extrêmement douloureux !
    Bien sûr que l’euthanasie devrait être dépénalisée depuis longtemps dans notre pays et il appartient simplement au législateur d’encadrer la pratique afin d’éviter les dérives, et en particulier, celles liées à l’héritage (le FRIC, le FRIC, le FRIC !!!)
    Bon week-end

    1. Vous n´êtes pas sans savoir que le législateur, des qu´il rentre dans un sujet relatif à l´éthique, ne fait que légaliser les dérives… C´est le cas pour l’avortement, puisque a présent, en attendant pire, on peur  » avorter a 1 jour, ou moins, de la date de naissance du bébé. C´est abject, d´autant plus que l´adoption d´un enfant est si compliquée à faire aboutir.

      Les coupables sont surtout les jeunes qui ne veulent plus d´enfants.

      Ainsi, lorsque avortements et euthanasies se rejoindront, le peuple japonais n´existera plus. Regardez la pyramide des âges du Japon.

      1. Je suis toujours très perplexe quand on associe avortement et euthanasie…
        Pour le premier, une personne décide de la vie ou de la mort d’une autre personne à venir (cela pose d’ailleurs également la place du papa là au milieu… Mais c’est une autre question…).
        Pour le second, à chacun de décider pour sa propre personne
        En ce qui concerne l’avortement, je n’ai jamais lu ou entendu qu’il soit possible pour une femme d’avorter à 1 jour, ou moins, de la date de naissance du bébé : cela n’a pas de sens…
        D’ailleurs, je ne comprends même pas le « ou moins » : 1 jour de plus, c’est la naissance, non ?

  2. En Belgique ou le suicide assisté est légal (un exemple à suivre dixit Macron) on en est à débattre sur l’opportunité de les personnes atteintes de la maladie d’ Alzheimer. Belle perspective ! Qui va fixer les limites ? Comorbidités, maladies incurables, age trop avancé ? Il y aura toujours la petite musique, au début inaudible, de la mort dans la dignité et le bien commun qui se transformera vite en bruis de fond puis en orchestre assourdissant diffusé par les médias du système. On verra alors s’appliquer des lois qui définiront la date et l’heure de la mise à mort de l’inutile en reculant toujours plus la retraite et rapprochant l’échéance fatale jusqu’à leur croisement. Autrement dit : Allez Pépé et Mamie ! C’est l’heure de faire une bonne action pour la communauté, vous ne sentirez-rien, c’est du Pfizer garanti !
    Je suggère à Line Renaud d’être en accord avec ses convictions et de nous en faire la démonstration, après tout, ça fait un bon moment quelle profite et nous fait bien chier !

  3. Madame Hayakawa peut bien dénoncer le système qui se met en place pour euthanasier tout inutile mais la réalité est dans le suicide collectif de ce Japon où l’on ne fait plus d’enfant . Il en est de même pour nous à peu de choses près : l’égoïsme est prépondérant dans les peuples des pays développés et l’inconscience est le moteur de ceux des pays arriérés .

    1. Le Japon ne se suicide pas. Il garde au contraire sa vie: sa singularité. Qu ‘importe qu’il y ait 40 ou 80 millions d’habitants au Japon ? Ce qui importe c’est la poursuite de l’identité japonaise.
      La population française augmente mais son identité disparaît et soutenir la natalité en France, n’empêchera pas le suicide français.

    2. Les gens en général ne font pas des enfants pour répondre à une situation démographique donnée . La situation de notre natalité est normale dans le contexte que nous vivons . Ce serait malsain de faire venir des populations plus prolifiques pour compenser le manque de naissances hexagonale! Ou de suivre le concept malthusien de restriction démographique . Sur le sujet je suis partisan du laisser faire les choses ! Cela ne me dérange pas que nous fassions dans l’ensemble , moins d’enfants ! Si le monde suit la courbe démographique démentielles qu’elle a pris, les ressources naturelles ne suivront plus . Et nous risquons de créer des drames collectifs et des guerres incessantes pour la survie et la captation des ressources et des matières premières . Je pense que le mondialisme est un truc pour faire perdurer le mirage du capitalisme ! Je suis libéral dans le sens où Il faut laisser les populations vieillir . Ce n’est pas pour cela qu’il faut traiter les choses de façon technocratique et inhumaine . çà c’est la spécialités de ceux qui veulent nous faire croire que nous pouvons progresser indéfiniment en nombre d’habitants et en surconsommation. Mais les gens ne pensent jamais que cela peut engendrer des conséquences tragiques ; Les mondialistes qui supposent que nous pourrons assumer un surpopulation de façon indéfinie sont les mêmes qui envisageraient la possibilité d’une guerre nucléaire, tout cela devant leurs écrans plats, vautrés dans le canapé de leurs salons. Le Nigeria va doubler sa population dans la décennie qui vient . On ne va pas me faire croire que tout ce monde va trouver un solution à l’intérieur de ses frontières . Plus vraisemblablement celle-ci servira de réserve de main d’ œuvre à nos technocrates mondialistes pour compenser un déficit de population dans les pays occidentaux, non pas dans un soucis d’intérêt général mais pour aggraver les fossés entre classes sociales ! je suis un peu pessimiste sur le devenir du monde qui devrait être abordé de façon plus positive comme l’espoir suscité par la naissance d’un enfant, mais je suis d’abord prudent pour ceux qui sont déjà là !

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