Le metteur en scène (Alien, Gladiator et Blade Runner, entre autres films marquants) vient d’officialiser la nouvelle : son prochain film sera consacré à Bonaparte, avec l’Américain Joaquin Phoenix dans le rôle-titre. Les cinéphiles auront sûrement de quoi se réjouir ; les amateurs d’Histoire peut-être un peu moins, sachant que confier la mémoire de l’Empereur à un metteur en scène anglais n’est pas forcément l’idée du siècle.

En revanche, ceux qui ne se réjouiront pas du tout sont ceux qui déplorent que le cinéma français ne s’intéresse pas plus à l’Histoire de France ; ce qui ne fut, d’ailleurs, pas toujours le cas. En 1897, Louis Lumière tourne Entrevue de Napoléon et du pape, premier film consacré au célèbre Corse. Des dizaines d’autres suivront, parfois français, la plupart du temps non.

En nos contrées, trois se détachent du peloton. Celui d’Abel Gance (1927), évidemment, dont les neuf heures de bobines sont actuellement en voie de restauration, mais encore celui de Sacha Guitry (1955), auquel on peut ajouter celui d’Antoine de Caunes, Monsieur N. (2003) que, bizarrement, les napoléoniens de stricte observance tiennent pour l’un des plus fidèles.

C’est modeste, étant donné le rayonnement planétaire du personnage. Jeanne d’Arc n’a guère plus été honorée dans le pays qu’elle a pourtant sauvé. Bien sûr, il arrive que certaines de nos grandes figures connaissent la consécration cinématographique. Mais c’est rare et, surtout, c’était il y a longtemps, tel le Pasteur de Sacha Guitry, en 1935. Comble : même Antoine de Saint-Exupéry, autre héros de la nation, a attendu 1996 pour qu’un long-métrage retrace sa vie aventureuse. Et pas de chance : il s’agissait d’un film anglais…

Les deux guerres mondiales ne sont pas mieux loties. Pour la première, c’est encore un Anglais, Stanley Kubrick, qui ouvre les hostilités avec Les Sentiers de la gloire en 1957, film modérément francophile, précédant de trente-neuf ans Bertrand Tavernier et son plus que convaincant Capitaine Conan. La seconde n’est pas plus à la fête, se limitant à d’excellentes gaudrioles, telle La Grande Vadrouille (1966) et pochades à la dérive, comme la trilogie de La Septième Compagnie au clair de Lune, entamée en 1977. Ou encore, faute de mieux, à de la figuration plus ou moins intelligente dans des superproductions américaines du type Le Jour le plus long (1962).

Paradoxalement, c’est la guerre d’Algérie qui aura été le plus souvent traitée en nos contrées : de manière critique par Yves Boisset dans R.A.S. (1973) ou plus honnête avec Pierre Schoendoerffer et son Honneur d’un capitaine (1982). Un cinéaste qui a encore consacré trois films à la guerre d’Indochine : La 317e section (1965), Le Crabe-tambour (1977) et Diên Biên Phu (1992). C’est bien, mais c’est peu. Surtout quand on compare avec ce cinéma américain qui n’en finit plus de conter sa pourtant courte histoire sur grand écran.

Il est vrai qu’à Hollywood, on ne doute de rien. Du massacre des Indiens autochtones transformé en chanson de geste héroïque, à Alamo, tourné par John Wayne, en 1960, à la fois chef-d’œuvre du septième art et monument de révisionnisme, tout s’y résume à cette phrase de L’homme qui tua Liberty Valance, de John Ford, en 1962 : « On est dans l’Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. » On la filme aussi, manifestement.

Il est vrai que l’histoire officielle d’un pays n’est jamais rien d’autre qu’une suite de mensonges sur laquelle tout le monde s’est mis à peu près d’accord ; mais pourquoi une telle frilosité, un tel manque d’intérêt de nos cinéastes ? Masochisme national et/ou haine de soi ? Une chose est sûre : les Français ne s’aiment pas. Et ça, ce n’est pas du cinéma.

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