Après les récentes agressions subies par les policiers dans les « zones de reconquête républicaine » (attaque du commissariat de Champigny ou policiers tabassés et blessés par arme à feu à ), Xavier Raufer analyse ce phénomène et la réponse apportée par le gouvernement, en particulier les propositions de Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur.

Revenons sur l’attaque du commissariat de -sur-Marne par une quinzaine de jeunes équipés d’engins pyrotechniques. Gérald Darmanin annonce qu’il va supprimer de la vente les feux d’artifice. Emmanuelle Wargon affirme qu’il faut réinjecter de l’argent dans un nouveau plan d’urbanisme pour -sur-Marne. Et Marlène Schiappa explique qu’il faudra indemniser les jeunes qui sortiraient du trafic de drogue. Que faut-il en juger ?

Premièrement, la temporalité. Dans les faits, il reste dix-neuf mois avant l’élection présidentielle. On ne peut rien faire de sérieux et de durable dans les dix-neuf mois pour rétablir la sécurité dans ce pays. Même s’ils avaient l’intention de bien faire, ils ne le peuvent pas et sont condamnés au tam-tam, au bluff et à ne pas s’attaquer à l’essentiel.
Vous venez de citer un certain nombre de faits. Manifestement, tout tourne autour des zones hors contrôle et des fameux quartiers sensibles. C’est cela qu’il faut résorber. Tant que l’on ne l’aura pas fait, il y aura toujours autant de drogue vendue. Il y aura toujours autant de commissariats qui seront attaqués. Il y aura toujours autant de femmes qui seront agressées parce qu’elles portent une jupe ou parce qu’elles mettent du rouge à lèvres. Cela va donc continuer.
De 1974 à 1977, Michel Poniatowski était le ministre de l’Intérieur. Il est l’inventeur de l’« opération coup de poing ». Cette opération consistait à envoyer les flics lorsqu’il y avait un point de deal. Naturellement, c’est voué à l’échec. Cela ne peut pas marcher.
Ce que faisait Poniatowski et ce que fait aujourd’hui Darmanin, ne dissout pas le crime organisé mais le déplace. La seule question que je me pose est de savoir si Darmanin l’ignore et s’il n’y connaît rien, ou alors il le sait fort bien et il fait du tam-tam en disant « C’est toujours bon pour occuper les couillons jusqu’à l’élection présidentielle ». C’est la seule question qui se pose.

Il faut savoir que le commissariat de Champigny-sur-Marne s’est fait attaquer au moins une fois par mois.

Bien entendu. Quand ce ne sont pas les commissariats, ce sont les policiers en patrouille. Lorsque ce ne sont pas les policiers en patrouille, ce sont les gendarmes quand ils interviennent sur une opération dans les zones périurbaines. Lorsque ce ne sont ni les policiers ni les gendarmes, ce sont les pompiers. Encore avant hier. C’est tout le temps.
Darmanin fait quoi ? On va prendre une comparaison médicale. Un patient a 40° de fièvre. Le boulot du médecin est de ramener le patient à 37°. Dans ces cas-là, on prend la température du patient, on va lui donner tel et tel médicament et il va redescendre à 37°.
Que fait Darmanin ? Il prend sa température à lui. C’est comme si le médecin prenait sa température et disait « Regardez, 37°, tout va très bien ». Il ne mesure pas ce qu’il faudrait qu’il mesure s’il était simplement honnête. C’est-à-dire le nombre d’agressions de policiers, de gendarmes, d’agressions de pompiers, d’attaques de commissariats, de points de deal sur lesquels on tire à l’arme à feu sur la concurrence. Voilà ce qu’il faudrait qu’il mesure. Lui mesure le travail de la police. C’est, naturellement, tout sauf sérieux. Cela n’aura qu’un seul effet. D’ici un an ou deux, lorsqu’on mesurera les choses sérieusement, il va dire « Vous avez vu, j’ai 37° et tout va bien ».
Il mesure sa propre température.

On serait tenté de dire aux habitants de la France périphérique d’aller cramer leur tracteur et leur préfecture s’ils veulent être entendus…

L’interview de Mme Schiappa dans Le Figaro est un absolu collector. Je l’ai conservé et je pense que je ferai encore rire mes petits-enfants avec cette interview drôlissime. On omet de dire que des gens sont agressés.
Dans le temps, il y avait des livres pour les petites filles qui s’appelaient Martine. Par exemple, Martine va à la plage. L’interview, c’est Marlène va en Seine-Saint-Denis. C’est d’une sottise absolue. Si ce qu’elle dit en termes de lutte contre le crime est pour amuser des chaisières ou des dames patronnesses, ça va très bien. Mais si c’est dans le monde sérieux où il faut vraiment prendre conscience de la réalité criminelle et tenter de la ramener au-dessous du seuil de l’insupportable, tant que l’on ne sera pas au royaume des âges, on ne viendra pas au bout du crime dans la société humaine. Fondamentalement, l’homme n’est pas une bête sympathique. Par conséquent, dès qu’il le peut, il pique de l’argent. On peut faire baisser cette quantité de crimes au-dessous du seuil où cela devient insupportable pour la population.
Qu’est-ce qui est insupportable pour la population ? Ce sont les cambriolages, les agressions et les voitures brûlées. C’est cela que M. Darmanin mesure en nous disant « Vous voyez, il y avait tant de cambriolages, et maintenant, il y en a tant en moins ». Sur les vols à main armée et les cambriolages, le ministère de l’Intérieur triche autant qu’il le peut. Si on compare le nombre de cambriolages des grands pays voisins de la France avec une population analogue, cela ne sert à rien de comparer la France avec le Liechtenstein ou la Belgique. En revanche, on peut le faire pour l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne.
Là où, en moyenne, vous avez 130 ou 140 cambriolages pour 100.000 habitants dans ces trois pays là, pour la France, vous en avez 560 pour 100.000. En termes de cambriolages, on a un bilan absolument désastreux. Les cambriolages sont la forme de criminalité qui gêne et qui embête le plus de gens. Non seulement vous vous faites piquer vos bijoux, vos souvenirs de famille et votre pognon mais, en plus, il y a des papiers à remplir à l’infini.
S’il a l’intention de faire les choses sérieusement, qu’il vienne une fois par mois nous dire que les cambriolages ont baissé de tant. Les infractions qui font mal aux Français doivent baisser. Il ne faut pas mesurer la quantité en matière de trafic de drogue. Comme la police infiltre les réseaux et fait livrer à peu près ce qu’elle veut, elle mesure, c’est son propre travail.
Personnellement, en tant que criminologue, je n’en ai rien à faire de savoir si les policiers ont fait ceci et cela. Ils essaient de travailler sérieusement et c’est bien. Il faut mesurer les infractions qui font mal aux Français. On commence à faire un travail que le ministère de l’Intérieur n’a jamais fait. C’est-à-dire que l’on prend les fameux quartiers de reconquête républicaine et on regarde dans le département où sont faits les petits cambriolages et les petits vols à main armée. Vous en avez plus de 60 % à moins d’un kilomètre des zones de reconquête républicaine. À quoi servent les zones de reconquête républicaine si une majorité des actes qui pourrissent la vie des Français se commet à proximité des cités en question ?

On est davantage dans une logique de conquête que de séparatisme…

Il faut rétablir la loi républicaine dans le respect absolu du Code pénal tel qu’il est aujourd’hui. Il n’y a pas une virgule à en reprendre. Je suis prêt à prendre tous les paris que le jour où, de même qu’il s’applique dans Paris, le Code pénal s’applique aussi en Seine-Saint-Denis, vous allez voir cette criminalité des rues baisser de 70 à 80 %. C’est cela qu’il faut faire.

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