Qu’ont en commun Homère, Shakespeare, Dostoïevski et… Clint Eastwood ?

Leurs personnages touchent à ce qu’il y a de permanent, d’universel, d’éternel peut-être. On est tous Iago, animés d’une fureur destructrice que rien ne pourra éteindre. Nous sommes toutes Iphigénie, sacrifiée par les hommes aux impératifs de la guerre. Nous sommes tous ce joueur dont rien ne semble pouvoir arrêter la passion.

Et nous sommes tous, un jour ou l’autre, « l’idiot ». Celui qui ne mesure ni la bêtise ni la méchanceté des hommes et leur livre sa pensée pure et nue.

Richard Jewell, c’est justement l’idiot. Sauf qu’il n’est pas prince russe mais citoyen américain lambda.

Il veut être policier.

Servir son pays en empêchant les méchants de lui nuire est son idéal, sa foi, le métier qu’il veut exercer.

Il quitte un emploi qu’il venait pourtant de décrocher pour accepter le poste dans la sécurité qu’on lui propose enfin.

Ce n’est pas encore flic, mais ça y ressemble : il est recruté comme agent de sécurité pour les jeux d’Atlanta.

Il va déployer, dans ses nouvelles fonctions, un zèle et un respect maniaque du règlement qui vont agacer ses nouveaux collègues, mais qui va permettre de localiser une bombe et de sauver des vies.

Fêté comme un héros alors qu’il proteste qu’il « n’a fait que son travail », il voit enfin s’ouvrir à lui son rêve : un poste dans la police.

Las… le besoin de trouver rapidement un coupable pour se débarrasser d’une presse invasive ajouté au goût ambiant pour la psychologie de bazar va faire basculer sa vie dans l’horreur.

Il est gros et laid, donc « he has no sex ». Du reste, il vit avec sa mère. En plus, il s’appelle Bijou (Jewell) !

Dans le bureau du FBI, le front du chef est barré de trois rides profondes.

Le silence, lourd de l’importance de ce qu’il va livrer au staff quand il parlera, cesse enfin. Il va parler.

Il est le type même de l’Américain self-made-man, branché, mince, végétarien, jogger fanatique, poly-sexué, à orgasme quotidien obligatoire, qui vote démocrate.

Il juge donc tout naturellement que Richard Jewell a « un destin de merde ».

Et que, probablement, la seule chance de ce pauvre type d’en sortir était… de tout faire pour devenir un héros.

Donc, c’est probablement lui qui a posé la bombe pour mieux la découvrir après.

Il rappelle à son équipe médusée les cas connus de pompiers pyromanes, de sauveteurs des neiges ayant aiguillé des skieurs vers l’abîme…

Je ne vous dirai pas la suite, comme on le fait lorsqu’on veut dissuader le lecteur d’aller voir un film.

Allez le voir.

Comme Million Dollar Baby, comme Gran Torino, comme Le 15 h 17 pour , comme presque tous les films réalisés par l’ex-implacable justicier de l’Ouest, il pose de vraies questions.

Il n’y répond pas mais nous donne tous les éléments pour qu’on trouve nous-mêmes la réponse.

Trop fort.

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