Shahin, un jeune migrant iranien de 20 ans, quitte son pays. Objectif : l’Angleterre. Le protagoniste n'apparaît jamais à l’écran, seule sa voix résonne sur des images lugubres montrant des autoroutes, des coins de rues sombres et des commerces désertés. Dans une mise en scène particulièrement malaisante et dramatique, des sons de radios, des bruitages et des grésillements ajoutent encore à l’anxiété de l’atmosphère. Ailleurs, partout est un film franco-belge d’Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter sorti en salle le 1er décembre. Usant largement du pathétique, ce film traite du désenchantement des à leur arrivée sur la terre dont ils ont rêvé.

Le scénario nous montre l’exil du jeune homme à travers des vidéos de caméras de surveillance et des échanges téléphoniques avec sa famille, le service d’ et les deux réalisatrices.

Shahin vient d’une famille musulmane iranienne qui ne semble pas vivre particulièrement dans le besoin. Sa sœur et lui sont allés jusqu'à un niveau d’étude « pré-universitaire » et ont grandi dans la ville de Fuladshahr, au nord du pays. Les raisons de son départ ne sont pas claires. Le film évoque deux versions : d’un côté une envie presque humaniste de découvrir et de voyager à travers le monde et de l’autre, la persécution et la crainte du gouvernement iranien. Avec sa mère, Shahin parle des études, il veut gagner de l’argent et rencontrer des filles mais se déclare réfugié au service d’immigration. Il assure qu'il risque sa vie en Iran à cause de sa conversion au Bahaïsme, une religion monothéiste défendant l’unité spirituelle de l’humanité.

Par le biais de plusieurs passeurs, Shahin traverse à pied, en bus et en voiture la Turquie, puis la Grèce, pour une somme d'environ 40 euros. Il reste en Grèce un an et demi sans chercher à régulariser sa situation car, d’après lui, « la Grèce n’est pas un pays sûr ». Son niveau d’études lui permet de gagner un peu d’argent. Il fait office de traducteur auprès des migrants, parvient à prendre un avion pour Londres avec le passeport d’un tiers et touche enfin la Terre promise. Mais il déchante rapidement face à la réalité de cette « vie froide » « il pleut partout ». Londres était plus riante sur Internet. Shahin est transféré dans une ville minière où sont entassés les migrants en situation irrégulière. Dans son seul quartier, trois mosquées sont déjà installées. « Il ne s’attendait pas à une ville aussi pauvre », fredonne la voix off.

En colocation avec deux Kurdes et deux Soudanais, le migrant iranien reste enfermé dans son appartement sans aucun projet, il tourne en rond à la limite de devenir fou et s'endurcit petit à petit. Il écoute au téléphone les lamentations de sa mère inquiète pour son fils. « Tous les matins, je me réveille en colère », dit-il à sa mère. « Il dort le jour pour ne pas le voir passer », précise la voix off. Peu à peu, Shahin tourne l’aigreur de sa déception et de son inactivité non pas contre sa décision de migrer mais contre son pays d’accueil ! Il se sent « trahi par un monde qu’il aurait aimé estimer ».

Finalement, le jeune Iranien obtient sa demande d’asile, se met à suivre des cours en ligne sur l’investissement en bourse, persuadé que sa réussite financière en découlera. L'espoir renait pour lui. Mais pour les autres migrants ? Un film unique pour toucher du doigt la grande misère des migrants ballotés de part le monde. Ailleurs partout entonne, en creux, une ode vibrante à la patrie, cette terre des pères à laquelle tout nous rattache. Sa perte est une blessure qui ne guérit pas. Le film jette enfin un regard réaliste sur l'horreur du sans-frontiérisme.

 

10 décembre 2021

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