Manon Aubry réécrirait-elle l’Histoire en citant Nakache ?

Pour le CRIF, LFI reprend une méthode soviétique : « Garder du Juif persécuté ce qui sert, taire ce qui dérange ».
@AFP
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Le 3 septembre 2026, l’eurodéputée de La France insoumise Manon Aubry a cité le souvenir du nageur français Alfred Nakache dans le cadre d’un débat sur le choix de Léon Marchand de ne pas s’engager publiquement en politique. Une référence qui, loin de clore la discussion, a déclenché une vive réaction de la famille Nakache, puis l’indignation de plusieurs personnalités. Au cœur de la polémique, un reproche précis : en citant Nakache comme un antifasciste, Manon Aubry a laissé de côté, volontairement, la judaïté du nageur qui fut pourtant au cœur de sa persécution.

Une référence historique qui polémique

Tout commence à la suite de la prise de position de Léon Marchand de garder ses opinions privées. Sur BFM TV, Manon Aubry a alors défendu l’idée que les personnalités publiques doivent prendre position, notamment à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Elle cite les sportifs et intellectuels qui se mobilisent contre le RN comme exemples à suivre. Dans cette optique, elle évoque Alfred Nakache, présenté comme « un nageur antifasciste qui s’est engagé dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale ». C’est précisément là que la référence devient problématique : en ne retenant de lui que son engagement antifasciste, comme s’il s’agissait de son seul fait d’armes et de sa seule valeur - une manière, également, de convoquer le nazisme pour établir un rapprochement avec le RN -, l’élue insoumise efface sa judaïté, pourtant au cœur de sa persécution et de sa déportation.

Réponse de la famille

La réponse la plus cinglante est alors venue d’Annabelle Nakache, comédienne et arrière-petite-cousine du nageur. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, elle reproche à Manon Aubry de réécrire l’Histoire en passant sous silence l’essentiel : « Non seulement il était juif, mais il s’est fait arrêter à la prison Saint-Michel à Toulouse et s’est fait déporter à Auschwitz avec sa femme et sa fille. Elles ne sont jamais revenues », rappelle-t-elle. Cette dernière écrit également : « Quand tu réécris l’Histoire mais que tu ne sais pas écrire… il y a certaines personnes ou références qui devraient être interdites dans la bouche de LFI. »

La formule est claire et rappelle une évidence. Réduire Alfred Nakache à un exemple commode de militantisme, en effaçant sa judaïté, est une manière d’instrumentaliser sa mémoire.

Le destin d’un champion français

Né à Constantine en 1915, Alfred Nakache, d’origine juive, devient l’un des grands nageurs français de l’entre-deux-guerres. Il s’illustre, notamment, en devenant plusieurs fois champion de France, et lors des Jeux olympiques de Berlin en 1936, sous les yeux mêmes d’Hitler. Pendant l’Occupation, il poursuit son activité sportive malgré les persécutions, rentre dans la Résistance juive, mais continue à subir la haine de la presse collaborationniste et antisémite. En 1943, il est alors arrêté par la Gestapo, puis déporté en janvier 1944 avec son épouse Paule et leur fille Annie, âgée de deux ans. Sa femme et sa fille sont assassinées à leur arrivée à Auschwitz. Alfred Nakache, lui, survit aux camps. À son retour en France, il ne pèse plus qu’une quarantaine de kilos. Malgré ces souffrances, il reprend l’entraînement et retrouve les sommets de la natation française. En 1948, il participe à nouveau aux Jeux olympiques de Londres avant de poursuivre sa carrière sportive et professionnelle. Il s’éteint le 4 août 1983, à l’âge de 68 ans. Son parcours demeure ainsi l’un des plus extraordinaires de l’histoire du sport français, précisément parce qu’il est indissociable de la Shoah et de la résistance à la barbarie nazie.

Le CRIF dénonce une réécriture de l’Histoire

Le président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), Yonathan Arfi, a dénoncé dès le lendemain cette instrumentalisation de la mémoire de son grand-oncle. Il a souligné que « cette manipulation n’est pas nouvelle : après guerre, l’Union soviétique réduisait déjà les Juifs exterminés par les nazis durant la Shoah à des "antifascistes". Effacer la judéité d’Alfred Nakache n’est pas un oubli, c’est une méthode : garder du Juif persécuté ce qui sert le récit de LFI, taire ce qui dérange. » Les réactions n’ont pas cessé, sur les réseaux sociaux. Julien Dray, le baron noir de la gauche, a déclaré ainsi que « faire la maline sans connaître l’Histoire conduit à salir la mémoire d’un déporté et d’une figure emblématique de la natation ». Bruno Le Maire a, quant à lui, accusé l’eurodéputée LFI de nier et de déformer le passé.

Cette affaire illustre surtout une mécanique devenue familière, à La France insoumise : dès qu’il faut combattre le RN, rien ne vaut le bon vieux réflexe de la reductio ad Hitlerum ad nauseam, en invoquant la sacro-sainte lutte contre le fascisme, permettant tous les outrages.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

22 commentaires

  1. À force de voir des fascistes partout, les islamo-écolo-gauchistes deviennent complètement parano à tel point qu’ils racontent n’importe quoi pourvu que ça mousse quite à en devenir ridicule.
    On dit souvent  » plus c’est gros, plus ça passe » , mais là c’est tellement gros que même entre eux les islamo-écolo-gauchistes et affiliés se rembarrent.

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