[CHRONIQUE] Retailleau. Et alors ?

Quelle sera l’attitude de Bruno Retailleau à l’égard du RN au cas où le candidat de cette formation serait au second tour ?
Capture d'écran CNews
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Le spectacle de la droite conformiste évoque les vers de Hugo : « Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine ! » Devant ce morne paysage de défaites accumulées, Bruno Retailleau donne un peu de relief. Certes, c’est un politicien comme d’autres, aisément oublieux d’une main tendue par le passé ou de celui qui l’a fait roi. Comme me l’avait dit son ex-mentor, « la politique, ce ne sont pas des remerciements ». Dont acte. L’activité n’est pas faite pour les cœurs tendres. Et notre homme l’a tout de suite expérimenté avec les réactions de ses « amis », de Copé à Wauquiez en passant par Larcher, qui, en hommes du passé, rêvent de la vieille alliance de la droite molle avec le centre. Qui nous a menés là où la France est tombée.

Soutenu par la base militante

L’homme a donc des ambitions présidentielles et est largement soutenu par la base militante. La tâche sera ardue, tant le pari LR prenait le chemin de lente déchéance que connut le Centre national des indépendants et paysans (CNIP). Réduit à peu de chose après la dissolution de 1962, il se maintenait grâce à un réseau d’élus locaux qui lui assurèrent longtemps un groupe sénatorial. Le temps faisant son œuvre, ce parti, qui fut l'un des premiers au début de la Ve République s’amenuisa jusqu’à n’être presque plus rien. L’avenir tracé de LR.
Pour notre candidat vendéen, le défi est double : redonner force à sa formation, créer la confiance et l’adhésion à sa personne et à son projet. Tâche ardue, tant son parti a trahi son électorat et que la méfiance dans la parole politique est ancrée chez les électeurs.

Il aura à éclaircir trois questions fondamentales

Quelle sera son attitude à l’égard de l’UE, cause directe de bien de nos maux. À cet égard, sa déclaration sur « une Europe forte et indépendante », lors de la défaite d’Orbán, n’augure rien de bon. Le poncif traduit l’habituelle méconnaissance du projet européen tel qu’il est bâti aujourd’hui : construire un État supranational qui, de surcroît, entend imposer une vision woke de la société. La vraie question est de savoir s’il veut que la France reprenne le contrôle de domaines stratégiques comme l’énergie, par exemple, ou la question migratoire sans être sous le contrôle et la menace financière de Bruxelles ?

Deuxième question : aura-t-il la volonté de dénoncer certaines conventions internationales pour retrouver une souveraineté juridique ? Une inquiétante petite musique se fait de plus en plus entendre. L’État de droit, ou plus exactement l’état du droit, serait plus important que la volonté démocratique. Ce qui revient à imposer un fixisme juridique d’essence totalitaire. Le droit n’est que l’expression d’un rapport de force politique à un moment donné. Le droit positif n’est pas une valeur absolue. Il a existé un État de droit soviétique, appliqué avec zèle par des juges. Était-il pour autant respectable ? Un journaliste connu a même laissé entendre que la République serait supérieure à la démocratie ! La vérité est que la forme républicaine du gouvernement n’a jamais été une garantie, ni de démocratie, ni de respect de la dignité humaine. Voyez la Ire République française, la Chine dite populaire, Cuba ou la Corée du Nord. La possibilité d’agir dépendra de la faculté de se libérer de l’emprise juridique d’un certain nombre d’institutions.

Troisième question : quelle sera l’attitude de Bruno Retailleau à l’égard du RN, au cas où le candidat de cette formation serait au second tour ? Appellerait-il à voter pour un candidat de l’extrême centre, c’est-à-dire faire le choix du système et de l’immobilisme ?
Enfin, pour gagner l’élection présidentielle, il faut savoir et pouvoir entraîner, soulever une forme d’enthousiasme, tracer des perspectives de lendemains plus heureux, savoir faire rêver un peu. Promettre un treizième ou quatorzième mois pour récompenser le travail ou répéter que l’on souhaite faire l’unité, alors qu’à l’évidence elle n’existe pas, ne semblent pas de nature à créer un fort élan.
Conclusion de tout cela : Bruno Retailleau n’est pas au bout de ses peines et les Français non plus, sauf s’ils ont le courage de rompre avec le système et de renverser la table.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 28/04/2026 à 9:10.

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Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

126 commentaires

  1. Que Mr Retailleau promette un treizième mois, un huitième jour et surtout une Europe faible et dépendante et mr Buffetaut est prêt à entrer en adoration.

  2. Encore un article sur ce Retailleau, encore des interrogations sur son attitude à venir, ça devient fatigant.
    Mais, on le connait son futur comportement! la trahison, point barre.

  3. J’aimais bien B. Retailleau en tant que ministre de l’intérieur, dommage qu’il ait été pieds et poings liés par Macron. En tant que candidat aux présidentielles j’ai plus de doutes, ne serait ce que par son attitude vis à vis du RN. Il crache sur quelques millions d’électeurs.

    • « Quand on est ministre on obéit ou on demissionne ».. c’est pas un perdreau de l’annee il ne pouvait ignorer que sa marge de manœuvre serait nulle..il y est alle quand même..la gamelle etait trop belle..

  4. Retailleau connait déjà son score aux présidentielles .Le même que celui de sa sa consœur: 4,5%.C’est le tarif pour les LR.

  5. J’ai ouï dire que Retailleau voulait mettre l’Espagne au banc des nations européennes… Il voudrait donc sanctionner l’Espagne pour sa politique migratoire en la mettant au banc de l’UE très très immigrationniste…Il risque de se retrouver bien seul. Alors, déclarera-t-il la guerre à l’Espagne comme Trump à tout le monde ? Non, M. Retailleau, si vous voulez lutter contre l’immigration, c’est la France qu’il faut sortir de l’UE. M. Retailleau mérite bien son surnom de « M. coups de menton ». Il faut arrêter de raisonner en droite/gauche car ils sont tous, jusqu’au RN, de gauche et veulent tous rester dans l’UE. En ce qui me concerne je suis en train de me dire que l’immigration, finalement, est le dernier espoir pour sauver la France car la population actuelle, en voulant rester dans l’UE, est en train de la dissoudre complètement…il n’en restera plus qu’une équipe de foot. Le danger le plus fort pour la disparition de la France, c’est l’UE. C’est là qu’est l’urgence.

    • « les vrais chiffres de l’immigration », démontrent que lors de son passage à l’intérieur, les chiffres ont explosés !

  6. Arrêtons ces palabres inutiles. Les français voteront pour que rien ne change. Ce pays est mort. Avez vous vu des morts voter.

  7. retailleau a déjà montré ouvertement ses choix et à plusieurs reprises, d’abord en devenant ministre de macron, puis en votant macron, en soutenant macron, puis en préférant s’abstenir plutôt que de voter contre lors des censures au gouvernement. Les LR ont toujours fait preuve de traitrise et de lâcheté au moment des votes, l’abstention leur permet de se défiler. Retailleau est un LR qui plus est président des LR donc on ne peut lui accorder aucun crédit.

    • Tout à fait d’accord avec vous… mais alors il faudra lui demander des comptes s’il refait passer la gauche ou le centre idiot !

  8. Poser ces 3 questions c’est déjà y répondre : Face au RN, il votera contre -(il « attend le RN au tournant », ce qui empêche certainement tout le monde de dormir au RN.
    question 2 et 1 : droit supra national ou droit national ? Réponse : Faut voir. ( Bcp de mal à imaginer Retailleau en insurrectionnel : N’est pas de Charette qui veut , surtout en se réclamant de degaulle. Il fera comme la droite libérale a toujours fait : s’accommoder . « Virez-les !  » comme nous le disait JMLP.

  9. La réponse à la question posée est simple.- si le second tour se passe entre un quelconque centriste type Philippe et Bardella, il est certain que Retailleau votera Philippe.
    – si c’est Bardella contre Melenchon, Retailleau votera blanc quoique allez savoir ?

  10. Mon cher Stéphane, tu te fais des nœuds au cerveau. Ton article est parfait mais les réponses à toutes ces questions sont connues. Il fera comme tous les dirigeants de son parti, il refusera de choisir, y compris entre RN et LFi, comme l’a d’ailleurs déjà dit Larcher. Et puis, très simple : crois-tu en un individu qui ne peut pas prononcer une phrase sans nous imposer un selzesseut ? Cette soumission à la connerie me suffit.

    • Tout à fait d’accord avec vous.
      Les canassons deviennent rarement des chevaux de course , sauf pour aller manger à tous les râteliers…

    • Rebâtir une droite crédible exige une alliance avec le RN devenu incontournable.
      Éric Ciotti l’a parfaitement compris et je le trouve plus apte que Retailleau pour représenter une frange représentatrice du peuple français.
      Ce dernier n’est pas magicien et personne de sérieux n’imagine voir Retailleau sur le perron de l’Élysée.
      Même pas David Copperfield!

  11. La République, la démocratie, la révolution ne sont que des mots dont le mode d’emploi dépend de l’usage qu’on en fait. La République d’Iran s’est coiffée d’un turban et les  » islamo-progressistes » ont le progrès en poupe. Retailleau, dans le sommeil bourgeois de son parti a donné le sentiment de vouloir le réveiller. Evidemment, sous Lecornu, il aurait mis Matignon à sa mesure et Macron en demi-teinte. Je le crois fort et déterminé mais cela suffit-il ? Seule l’abomination du centre pourrait convaincre et s’il se rapprochait de Reconquête, renverser la table. Mais il y a toujours chez les républicains une réticence envers le RN. Ils en attendent naïvement la fin. Or plus le temps passe plus les républicains s’embourbent. Pourra-t-on jamais leur pardonner leur macronisme ? Il y a des fautes qui sont des plaies. Ciotti a ouvert un chemin. Retailleau osera-il montrer sa force ?

    • retailleau n’est fort qu’en parole, il n’est pas totalement bête il sait qu’il doit dire ce que les français ont envie d’entendre pour espérer convaincre et surtout nous leurrer, je n’ai aucune confiance en lui. Même avec une bonne propagande orchestrée par certains médias il n’arrivera pas à me convaincre je n’ouiblierai jamais qu’il est macroniste avant tout, comme darmanin, philippe ….

  12. Si l’auteur de cet article voulait vraiment dire la vérité, il préciserait que Retailleau a toujours dit que l’Europe telle qu’elle est ne fonctionne plus, et qu’il faut en venir à une Europe des nations, moins nombreuses que les 27 actuelles, avec des traités multi-latéraux. D’autres sont parfaitement sur sa ligne comme F.X Bellam ou David Lisnard, Concernant l’état de droit, il est celui qui a fait scandale chez les gauchistes en disant que « l’état de droit, c’est l’état du droit, et que le droit, ça ce change ». Juste pour remettre quelques pendules à l’heure.

  13. Même question à poser à tous ces prétendants soit disants patriotiques pour le second tour
    Concernant Retailleau ou Bertrand , ils ont déjà répondu me semble-t-il

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