[VU D’ARGENTINE] Milei, Flávio Bolsonaro : l’Amérique du Sud vire-t-elle à droite ?

L’Amérique du Sud dans sa quasi-totalité se retrouverait alignée dans une tendance économique libérale.
Flavio Bolsonaro, candidat à l'élection présidentielle au Brésil, le 10 février 2026, au restaurant Laurent à Paris. © Marc Baudriller
Flavio Bolsonaro, candidat à l'élection présidentielle au Brésil, le 10 février 2026, au restaurant Laurent à Paris. © Marc Baudriller

L’automne est déjà avancé, en Argentine, et l’on attend le vent froid « Pampero » qui, depuis le fond de la Patagonie, balaiera le pays, établira l’hiver et chassera les miasmes sans forcément atteindre les virus qui infectent un monde médiatique et politique plus enclin à régler d’anciens comptes et de vieilles rancunes que de s’occuper des vrais problèmes du pays.

Flávio Bolsonaro, futur président du Brésil ?

Sur cette toile de fond de médiocrité, la nouvelle probablement la plus appétissante nous vient du Brésil. En effet, plusieurs enquêtes d’opinion font acte d’un revirement quant au pronostic de l'élection présidentielle prévue pour le 4 octobre prochain. Contre toute attente, la droite, emmenée par Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, talonnerait l’actuel président de gauche Luis Inácio da Silva, plus connu sous le nom de Lula. Si, dans les mois qui viennent, cette tendance se confirmait, l’Amérique du Sud dans sa quasi-totalité se retrouverait alignée dans une tendance économique libérale. Cette situation presque inédite depuis l’après-guerre serait certainement du goût de Javier Milei.

On n’en est pas encore là car le Brésil est devenu, depuis longtemps, une démocratie otage de la très puissante et progressiste Cour suprême « STF » créée, en principe, pour veiller au respect de la Constitution mais qui a considérablement dépassé ses attributions. Son influence politique musclée a permis à Lula de sortir de la prison dans laquelle il était enfermé après une formidable histoire de corruption (le « Lava Jato ») et d’effectuer, en 2022, un come-back impensable. Parallèlement, l’incarcération de Jair Bolsonaro est en grande partie due à la préoccupation des onze « ministres » qui siègent dans cette « vénérable » institution. Nous confions au lecteur la charge de guetter toute éventuelle ressemblance outre-Atlantique.

Quoi qu’il en soit, et malgré l’irruption de l’hiver, les mois qui viennent promettent d’être chauds, peut-être violents. Lula ne devrait pas rééditer son ample victoire de 2022. En effet, la morosité économique et l’usure du pouvoir et de l’âge (81 ans en octobre) sont des handicaps difficiles à surmonter. Il aura certainement l’appui de l’aile gauche de l’Église catholique, mais son concurrent est pratiquement assuré de l’appui des deux tiers des sectes très disciplinées derrière leurs pasteurs. Le pronostic est incertain, mais l’issue du combat est de la plus haute importance pour cette partie du monde.

Brésil et Argentine : deux sœurs jumelles que tout oppose

L’observation de la politique brésilienne est toujours intéressante depuis Buenos Aires parce qu’elle permet d’apprécier le pourquoi de la décadence argentine et, par voie de conséquence, imaginer l’avenir probable du pays libéré du joug péroniste. Il permet aussi de comprendre les réticences, à court terme, des capitaux à migrer au sud du río de la Plata malgré les efforts sincères de Javier Milei.

Le Brésil est aujourd’hui la huitième économie du monde, soit cinq fois celle de l’Argentine. Quand le drame péroniste a commencé au sortir de la guerre, le PIB argentin était de 20 % supérieur à celui du Brésil… Pour donner une idée de l’effondrement argentin, il suffit de considérer l’évolution du cheptel bovin entre 1950 et nos jours. Alors que l’Argentine stagne toujours, avec ses 50 millions de têtes, le Brésil est passé de 40 à 250. La contre-performance est terrifiante.

Et pourtant, les histoires politiques semblent assez proches. Dans les années 50, les deux pays se débarrassent de deux leaders populistes. Getúlio Vargas au Brésil, Juan Perón en Argentine. En 1964, les militaires brésiliens renversent les régime philocommuniste de Joao Goulart. Ils resteront aux affaires pendant vingt ans. Cette période est aussi, en Argentine, pratiquement dominée par l’armée. Cependant, malgré la similitude, c’est là que tout bascule. Les militaires argentins seront empêtrés dans leurs disputes. L’armée brésilienne arrive aux affaires pour administrer un pays encore arriéré et construisent patiemment le Brésil moderne. Quand ils quitteront le pouvoir, les premiers présidents démocratiques de centre droit suivront le processus de modernisation. Puis, au tournant du siècle, la présidence pendant huit ans de Fernando Henrique Cardoso complétera la tâche. Certes, au XXIe siècle, il faudra en passer par une dose de socialisme avec les présidences de Lula et de Vilma Rousseff, mais le Brésil est déjà un État moderne. Le pays n’a connu qu’un épisode important de restructuration de la dette en 1987. L’Argentine peut faire état de neuf défauts. Voilà pourquoi, malgré une conjoncture économique morose, le risque pays du Brésil se situe autour de 200 points, tandis que Milei ne parvient pas à descendre en dessous de 500.

On parle de miracle argentin, et à juste raison. Le miraculé est en processus de forte récupération, mais pour la canonisation, Javier Milei devra attendre un peu. Bien sûr, il y a les formidables perspectives du gisement de « Vaca Muerta » et des mines de lithium et de cuivre. Il faut cependant continuer à faire les devoirs comme les a faits, en son temps, le Brésil. Les investisseurs sont frileux et, en économie, il n’y a pas de « santo subito ».

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 28/04/2026 à 8:58.

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Michel de Saizieu
Essec, vit en Argentine depuis 1973, CEO d’entreprises agricoles, ancien Conseiller du commerce extérieur de la France à Buenos Aires.

Vos commentaires

9 commentaires

  1. L’ultra libéralisme, pour moi, n’est pas la garantie tout risque . Nous le vivons aujourd’hui en France et cela n’a pas amené un mieux ,ni pour notre économie, ni pour les français .
    Ce sont souvent des hommes d’Etat qui font la différence, en dehors même de leur appartenance politique et leurs choix économiques
    Quand le système économique propre à un pays n’est pas capable de juguler la misère à l’intérieur mais exporte vers la terre entière , je n’appelle pas cela une réussite .
    C’est un peu la philosophie de Trump pour palier à ce phénomène , le « America great again  » doit passer par la rénovations des infrastructures de son propre pays , pas spécialement par la priorité à la reconstruction de pays dont on aura participé à détruire les mêmes structures.
    Pour ce qui est du social, cela passe par des équilibres entre produire et protection de celui qui produit en priorité, puisque c’est lui qui amène la plus value à la société et l’aide au plus fragiles .
    Donc solidarité , ancrage dans le lieu d’activité et résidence , et non nomadisme et disponibilité de tous les instants comme on nous l’a chanté pendant des décennies, parce que cela détruit les équilibres , qui n’existent pas que pour les espèces d’animaux, mais pour l’homme qui a besoin de se poser et créé les solidarités et les liaisons sociales au plus près de sa famille . .
    En France on a fait l’exact contraire ; ultra libéralisme , destruction de l’industrie, délocalisation ; d’où obligation de s’expatrier loin de son lieu d’ancrage social et familial , recours à la seule finance , assistanat social généralisé et importation massive de gens qui n’ont pas vocation à travailler mais à bénéficier de l’aide sociale supportée par une part e plus en plus réduite de travailleurs et d’entreprises privées qui ferment aussi vite qu’elles ont ouvertes . Nomadisme de celui qui s’expatrie et nomadisme de celui que l’on importe .Une faillite totale !!

    • La déforestation continue, les descentes « musclées » de la police avec des tueries continuent, mais Bolsonaro n’est plus là pour la critique et les vitupérations, avec lula, maintenant, nos médias sont calmes et muets !!!

      • Attention: les opérations policières de masse sont le plus souvent menées par les maires et gouverneurs, qui ont un pouvoir énorme.

  2. Cela aurait pu etre une analyse brillante sans cette conclusion desarmante de betise sociale democrate ..Quand un pays en est reduit a faire intervenir son armee pour nettoyer tres regulierement ses favellas et qu’il doit faire face a un entrisme islamique inquietant , non , il n’est pas un modele a envier pour un concurrent … Et comparer la qualite du cheptel argentin qui ne connut pas l’epidemie de vache folle avec celui des zombies quadrupedes bresiliens prouve qu’il vous manque une serieuse dimension morale et qualitative .

  3. Rappelons quand même qu’avec 15 ans de pouvoir socialiste sur les 25 dernières années, le Brésil est le deuxième pire pays du monde en matière d’inégalités sociales, juste derrière l’Afrique du Sud.
    Le « risque pays », vous le mesurez en Spread ou en CDS ?

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