[Chronique] Loi Immigration : un psychodrame si révélateur

LOI IMMIGRATION

Durant près d’une semaine, le monde politico-médiatique s’est complu dans le psychodrame à propos du projet de loi sur l’immigration finalement voté après moult péripéties parlementaires. Que faut-il retenir de ce texte ?

La régularisation des travailleurs étrangers pour les métiers en tension, à la discrétion des préfets. À ce sujet, Christophe Guilluy, dans son ouvrage Le Crépuscule de la France d’en haut, avait fort bien analysé les choses : « La faiblesse de la rémunération de l’immigré malien en cuisine permet par exemple au bobo de payer son déjeuner 15 euros au lieu de 30 » (p. 75, Champs actuel, 2017). Ce qui permettait à l’auteur de souligner que la position morale des partisans de la société ouverte « n’est pas pour autant dénuée d’intérêts ».

Le rétablissement du délit de séjour irrégulier, aboli en 2012 pendant la présidence Hollande, en raison de la directive dite « du retour » de 2008 et d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (ce qui nous promet une passe d’armes avec les institutions européennes) ; l’expulsion facilitée pour les migrants condamnés pour des délits ou crimes à trois ans ou plus ; la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour homicide volontaire contre toute personne dépositaire de l’autorité publique. Rien de choquant.

L’instauration de quotas migratoires (dont la Macronie indique déjà que cette disposition serait inconstitutionnelle), l’instauration d’une caution pour les étudiants étrangers et un léger resserrement des conditions du regroupement familial.

Enfin, des mesures dont le caractère symbolique a été souligné : la fin de l’automaticité de l’acquisition de la nationalité à raison du droit du sol et la mise sous condition de présence sur le territoire français (cinq ans si l’on ne travaille pas ou trente mois si l’on travaille) pour bénéficier des allocations familiales, du droit opposable au logement et de l’allocation personnalisée d’autonomie. Certains y ont vu la renaissance de la préférence nationale qu’avait instaurée le gouvernement Herriot (radical-socialiste) en 1932 et que préconise le Rassemblement national. Dans la réalité, nous ne faisons que nous rapprocher de la législation de certains pays européens comme le Danemark ou la Grande-Bretagne. Quant à l’absurde droit du sol, il perd seulement son caractère automatique mais sera octroyé s’il est demandé, sauf si le requérant né en France a été condamné pour crime. Ce qui est bien le moins.

Pas de quoi « fouetter un chat ». Le vrai motif des vocalises de la gauche est que la loi revue par la commission mixte paritaire a été soutenue par la majorité relative macroniste, la droite conformiste et le RN. Ainsi le piège mis en place par Mitterrand pour empêcher la droite d’accéder au pouvoir semblerait perdre de son efficacité. LR, par la voix de Bruno Retailleau, découvre que les députés RN sont des députés comme les autres. Si, d’aventure, une alliance des droites s’avérait possible, la gauche serait écartée du pouvoir pour des décennies. Nous n’en sommes pas encore là.

Les contorsions grotesques du Premier ministre ou de son ministre de l’Intérieur pour expliquer que l’adoption de la loi ne tient en rien au vote du RN démontre que ces gens n’acceptent la démocratie que lorsque les électeurs font les choix qui leur conviennent. Tout comme ces départements de gauche qui annoncent ne pas vouloir appliquer la loi votée par la représentation nationale.

Il reste que le Rassemblement national a bien joué et que les Républicains ont été habiles. Laurent Wauquiez y voit un espoir pour « la droite ». Laquelle ? Celle qui toujours a trahi ses électeurs. Certes, les Français « ont la mémoire courte », mais ils savent que la droite opportuniste partage avec la gauche l’écrasante responsabilité de l’immigration de masse et de son corollaire, l’échec de l’assimilation. Sans doute préféreront-ils la droite de conviction qui jamais n’a transigé sur la nécessité vitale de sauvegarder notre souveraineté.

Agitation à Paris. Satisfaction à Bruxelles où l’UE proclame un « pacte européen sur la migration et l’asile » qui n’est que la mise en œuvre du « pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » de l’ONU. Il ne s’agit pas de contenir les flux migratoires mais seulement de les organiser. En fin de compte, qui gouverne la France ? Question subsidiaire : à quel groupe parlementaire européen appartiennent les députés LR ? Le PPE, qui soutient ce pacte et « le processus d’unification et d’intégration fédérales en Europe » (art. 3 du règlement du PPE). Serait-il possible de cesser de prendre les électeurs pour des idiots ?

Stéphane Buffetaut
Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

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26 commentaires

  1. 32 Départements avec Paris qui refusent d’appliquer cette démontre que la gauche plus Renaissance ne veulent pas se plier au changement d’un moins une amélioration partielle de cette crise migratoire qui nous bouffe la vie au quotidien. Ce refus présage que dans ce pays il n’y aura pas d’alternance d’autant plus que l’Europe en rajoute une couche . Les LR ont donc fait basculer la majorité a droite mais pour autant ont ils des convictions solides pour ne pas revenir en arrière et faire ce qu’ils ont toujours fait : avoir la tranquillité qu’ils les caractérise sommes toutes la mouvance actuelle

  2. Ce système dictatorial européen avait été prévu de longue date par les mondialistes et la « young generation » dont font partie Trudeau, M., Hollande, etc. Aucun référendum ne sera admis par la caste des « saigneurs », aucune révision. Il ne faut pas se bercer d’illusions. Des patriotes commencent à combattre l’Hydre de l’intérieur par la critique, la mauvaise volonté à appliquer des lois iniques, et tout ce qui peut freiner et pourquoi pas entamer l’émergence du Monstre.

  3. L’immigration telle qu’elle est présentée est une vaste fumisterie. Combien rapporte-t-elle à ceux qui la prônent sous couvert d’une pseudo humanité ? L’affaire de l’avion et des passagers confinés est très révélatrice. Combien de nos têtes pensantes participent à des trafics pendant que le bon peuple d’abrutis est concentré et passionné sur ses jeux vidéos ultra violents ? Le réveil va être difficile.

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