Editoriaux - Politique - 15 avril 2019

Ces patrons qui appellent à voter aux élections européennes : de quoi je me mêle ?

Les élections européennes sont traditionnellement celles où le taux d’abstention est le plus fort : 59,35 % en 2009, 57,57 % en 2014, contre 25 % au second tour de l’élection présidentielle de 2017. D’après les sondages, nous serions 59,5 % à ne pas déposer de bulletin en mai prochain et nous risquons, alors, de battre le record de 2009.

Beaucoup de Français n’iront pas voter, car ils sentent que l’Europe n’est pas un vrai État et que l’assemblée européenne n’est pas un vrai Parlement. Car à quoi sert-elle, à part voter des résolutions de peu d’intérêt, voire dangereuses, comme le pacte de Marrakech ? Interdit-elle le glyphosate (sans entrer dans les débats byzantins sur la nocivité effective ou pas de ce produit) ? Non ! Elle en est incapable ! Et on peut multiplier les exemples à l’infini.

Le seul intérêt des élections européennes serait, paraît-il, de donner un avertissement au gouvernement en place. Cela a été le cas en 2014, où le PS avait été étrillé. Parfois, dans les élections européennes, des listes inattendues obtiennent des scores à deux chiffres, comme les Verts en 1989 (11,7 %) ou le RPF de Charles Pasqua en 1999 (13,6 %), qui avait distancé d’une courte tête la liste « officielle » du RPR. Les succès aux européennes sont souvent éphémères et ne se confirment pas aux élections qui comptent : présidentielle, législative, départementale, et régionale. Quand un gouvernement subit une sévère défaite aux élections européennes, on en parle pendant une semaine dans les médias, mais au bout de quelques jours, tout est oublié. Même là, ces élections ne servent à rien !

Dans ce contexte, plus de cent grands patrons ont lancé un appel à voter aux prochaines élections européennes. Ce chiffre de cent est sans doute destiné à impressionner, mais il ne s’agit, en fait, que d’une faible fraction des dirigeants français, même si l’on trouve parmi les signataires la présidente du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI) et le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CGPME). Cet appel ne servira à rien et, surtout, les grands patrons se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Les entreprises signataires se sont engagées à « faire de la pédagogie » pour promouvoir ces élections dans leur entreprise. Décidément, ces patrons tombent dans les mêmes travers que les politiques en prenant les Français pour des attardés mentaux ou des enfants qu’il faudrait guider. Ils ont beaucoup plus de maturité politique que les « élites » se l’imaginent et ils ne voteront aux européennes que s’ils le veulent bien !

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